‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 252 sur 325 · CHACUN FAIT LE MÉTIER D'AUTRUY · texte numérisé non relu

CHACUN FAIT LE MÉTIER D'AUTRUY

Ce ballet, qui est de l'invention de Beaucbamp, fut dansé le 18 mai fG69, dans le château de Beniy, qui appartenait au ministre d'Ëtat, de Lyonne, non moins connu par son amour pour le faste et les plaisirs que par ses talents diplomatiques. 11 faisait partie d'une fête splendide offerte à Louis XIV et à U reine mère, pour célébrer Theureuse issue des négociations avec l'Espagne , où de Lyonne avait joué un rôle très-important. La trêve de deux mois, qui allait être le point de départ d'une paix définitive, scellée par le mariage du roi avec Tinfante Marie-Thérèse, avait été décidée depuis quelques jours, le 7 mai précédent.

Le comte de Pimentcl, négociateur du roi d'Espagne, assistait à cette fête, et Ton peut même dire que c'ét aitpécialement en son honneur qu'on la donnait.

La splendeur extraordinaire déployée dans celte circonstance, et, mieux encore, le caractère tout diplomaticpie de la fête, organisée par les soins de Mazarin, ne pouvaient manquer d'attirer vivement l'attention. Aussi trouvons-nous à ce sujet, dans la Gazette^ des enseignements al>ondant8, que nous ne pouvons mieux faire que de reproduii-c. C'est, en quelque sorte, un récit officiel.

« Le magnifique régale fait à Leurs Majestés par le s'eur de Lyonne dans le chasteau de Bemy.

«Ce jour-là, qui étoit le 18 de ce mois (mai) et la nuit suivante furent si &vorables à cette grande festc qu'on ne pouvoitpas souhaiter qu'ils le fussent davantage: l'astre de la lumière sembla prendre plaisir à estre luy-mesme le décorateur de cette maison de plaisance... Ce n'étoit pas assez que le lieu fust des plus délicieux et que rien n'y manquas! pour donner tous les plaisirs d'un palais enchanté : ses illustres hostes l'avoient encore cml)elly de toutes parts, pour y recevoir plus dignement les testes couronnées, avec leur brillante suite.

« Il n'y avoit aucun appartemtMit qui ne fust superl>ement paré, et où l'on ne vist la richesse des meubles jointe à celle de Tor et de l'azur des lambris ; et surtout le parc, destiné à la plupart des allégresses de cette charmante journée, exposoit tant d'autres l)eautez (jue l'art avoit ajoutées a celles que luy fournit la nature qu'il ne se pouvoit rien voir de plus galant aussi bien que de plus magnifique.

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«( Il y avoit (iiiatre salles artistcment coustruitcs de fruillages, avec des festons, coniiches, frises et tous les autres oraemens de l'Architecture, où étoient dressées autant de tables, sur des estrades éle\ées d*un pied et couvertes de riches tapis de Turquie : Tune ]>our Leurs Majestés, Monsieur et les dames, la seconde jtour Sou Imminence et les seigueurs, et les autres pour les principaux officiers.

<( Il y avoit aussi des dais au-dessus, garnis de festons, avec plusieurs chandeliers de cristal; et, dans le fond de ces salles, de grands buffets chargés d(^ liassins, de \ases et d'autres pièces d'argenterie vermeil doré, toutes cis<>léeset embellies de figures en relief, dans une si prodigieuse quantité qu'on eiist cru voir ces su|>erbes et pompeux autels que di-essoit Pautiquitépayeane pour ses plus célèbres sacrifices.

<( Au bout de ces salles, on en trou^oit une autre, accommodée de ta mesmc manière, où étoit dressé le théâtre pour la comédie et le liallet, encore avec un dais au-dessus du lieu où dévoient estre Leurs dites Majestés, et, à l'issue d'une longue allée de palissades, se découvroient plusieurs pyramides d'une hauteur si excessive (pi Viles surpassoient de beaucoup les plus granib arbres, avec un vaste portique à la Corintienne, dont les proportions étoient si parfaitement observées que les pins habiles architectes n'y auroient pu rien trouver de contraire aux règles de leur art.

*t Leurs Majestez , avec lesquelles étoient Monsieur, Mademoiselle, Son Ëminence et presque tous les seigneurs et les dames de la cour, y arrivèrent sur les trois heures après midy, au bruit de grand nombre de l)oëtes... Aussitost qu'elles eurent mis pied à teiTe, elles appereeurent quanti té de masques, qui, remplissant les croisées du corps de logis, les balcons et les terrasses, jouoient de toutessorles d'instrnmens, et |)aruii merveilleux coucertcommen- (^oient le^ divertissemeiis qu'où a> oit préparés. Mais, afin que cet avant-jeu eust quelque chose de plus martial, on ouït incontinent un autre concert de plusieurs trompettes, timbaliei^s et tambours, placés sur la terrasse du corps de logis, dont tous les dehors éloient pareillement ornés detapisdeTur({uieet de couvertures de velours en broderie, en sorte quePouïe et la vue se trouvèrent également charmés à cet abord.

<( Leurs dites Majestés y entrèrent ainsi fort délicieusement, et, api*ès avoir passé dans cette superl>e maison une partie de l'après-dinée, vinrent au jardin où se faisoit la course de l>ague et des testes, dans une grande caiTÎère faite exprès ; ensuite de quoy, elles se rendirent en la salle de théâtre, où la troupe royale leur donna , avec cet applaudissement qu'elle re(^oit de tous ses spectateur», la représentation de Chtilde, poème des plus achevés de ce temps, et com- ]K)sé par le sieur Boyer, de manière que ce divertissement qui étoit assaisonné du concert des vingt-quatre violons, satisfit nierveilleusenienf toute la cour.

« Aloi-s, l<n nuit étant suneniie, trois cents chandeliers de cristal formèrent un nouveau jour des plus brillans, pour éclairer les festins, qui parurent à l'instant sur les table;;, mais dont il est impossible d'exprimer la somptuosité, la politesse et l'éclal, qu'en les comparant âceiix des ces Illustres Magnifiques, tant vantés par les histoires.

<* Leurs Majesté/., sortant de là aux fanfares des trom|)ettes qui s'étoicnt fait

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