‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 260 sur 325 · LA DÉBOUTE DES PRÉTIEVSES · texte numérisé non relu

LA DÉBOUTE DES PRÉTIEVSES

Cette pièce est un document oublié dans Thistorique de la question des Précieuses, Beaurhamps Ta mentionnée dans ses Recherches sur les théâtres, mais il n*en est pas question dans le volume de la Vallière sur les ballets. Il est d'ailleurs douteux qu*elle ait été représentée, et si elle l *a été, nous ne savons en quelles circonstances. Ni Loret ni la Gazette n*en disent mot. Aucun dos commentateurs de Molière ni des historiographes de la Société polie ne semble Tavoir connue. Elle parut au moment de la g rande guerre contre les Précieuses, dont Molière venait de donner le signal, la même année que les Précieuses ridicules, et prol)ablement quelque temps après. Cesik cette date de 1659, ou aux deux années sui\-antes, que se rapportent la plupart des pièces de tout genre, comédies, romans, épigrammes et satires , dirigées contre ces survivantes de THôtel Rambouillet ; les rentables Précieuses, le Procès des Précieuses , le Dictionnaire et le Grand Dictionnaire des Précieuses^ de Somaize, la Précieuse, de Tabbé de Pure*, le Cercle des Femmes sa^'antes, de

' On sait que, outre cet ouvrage en quatre volumes, de Pore avait fait auparavant Jouer parles Italiens une comédie des Précieusei^ qui eèi entièrement perdue, et que Somaize, dans la préface de ses Féritahles précieuse»^ et dans la scène VII de cette comédie, accuse Molière d*avoir copiée. Un passage peu ooddq de la Muse royale (3 mai 1600 ) avance la même chose, non sous forme d*aocasation, mais comme un fait sur lequel il n*était pas besoin d*appayer autrement : ayant a annoncer la translation en vers des Précieuses ridicules par Somaize, Tau leur du journal semble la présenter comme la troisième évolution d*ane n^éme œuvre, qui était primitivement écrite en italien :

Ln earleai et curieoies Apprendront que les Précieaies Ridieoles, cela t'entend, • Qn'uB fénie «nieB éclatent,

SçaTOir le sieur abbé de Pore, En lamgne iaseaine fort pure.

Fit dane Bourbon parler Jadli, Et qui, depuis des mole bien dii, En firanfois, mais en simple prose, Au meeme lien disoieni leur glose* Vont maintenant Jaser en vers...

On doit ce bien an sieur Somalie.

A la suite de sa pièce, Tabbé de Pure, pour calmer l'irritation causée parmi des

502 NOTICE SUR LA DÉROITE DES PRÉTIEUSES.

J. de La Forge; et la Déroute des Précieuses doit figurer à son rang parmi les pièces du procès.

Nous avons dit que cette petite pièce parut proidaldeiuenl quelque temps après la comédie de Molière, dont elle fut sans doute une conséquence. La tourl)e des écrivains anonymes, toujours à la piste de l'à-propos, durent suivre le signal donné par celui-ci. Ce qui nous le fait croire encore, c*est que la Déroute des précieuses cite une chanson qui, comme on le verra dans une note, semble avoir été composée après la première représentation de U comédie.

Cette mascarade est fort rare. Elle parut clie/. Alexandre Lesselin, rue de la Vieille-Draperie, proche le Palais, 1659, in-*". L*auteur en est inconnu.

femmes du haut rang, déclara, par un arliiice analogue à celui que Molière devait employer plus tard, ii*avolr voulu jouer que les fausset précieuses : • Alors, les fausses précieuses furent en déroute, et les autres se calmèrent ». (Somalie, Diclionn, des préc^àrU Prédiction,) Les paroles de Somalie semblent avoir fourni le titre de notre mascaralie , mais Tauteur de celle-ci a jug^ inutile de prendre les mêmes précautions et de faire les mêmes distinctions.

LA OÉROUTR

DES PRÉTIEUSES.

PUEMiftRE ENTRÉE.

L'AttOi'R, voyantqiieses loix, qui avoient toujours été fort respectées de tout le monde, u*étoient plus en si grande considération, et que le pouvoir qu'il avoit eu jusques icy sur les cœurs commençoit à se diminuer, depuis que les Prétieuses s*étoieut introduites dans les compagnies, d'où elles avoient résolu de le banuir entièrement, entra dans une colère dont on n'eust jamais cru qu'un enfant eust été capable, et jura de se venger d'elles à quelque prix que ce fust , et voulut mesme engager ses fidèles sujets en cette occasion, leur ordonnent de se déclarer ouvertement contre ces ennemies communes ; ce qui leur fit chercher un moyeu de contenter leur petit Dieu, et crurent ne le pouvoir pas mieux faire qu'en les decreditant parmy le peuple, dépeignant dans un Almanach leurs figures grotesques et leurs belles occupations, ce qui fut aussi tost fait.

Pour r AMOUR dé/tiié.

J'ay toujours fait sentir aux cœurs les plus rebelles Ce que peuvent les traits du puissant Dieu d'Amour : I^s laides ont appris, aussi bien que les belles, Qu'il faut que^ tost ou tard, chacun aime à son tour.

J'apperçois cependant que certaines cruelles, De dépit de se voir déjà sur le retour Sans s'estre encore soumis quelques amans fidelles, Empeschentla plupart de me faire leur cour.

Mais, pour bien me venger des fières Prétieuses Qui, pour rendre mes loix en tous lieux odieuses. M'appellent un enfant, un aveugle, un badin,

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