LE BALLET DES MUSES
Le Bailet des Muses , dont les paroles sont de Benseride et la musique de Lutli , fiit donné pour la première fois le 2 décembre 1666, à Saint-GertsMtk en Lajws <>ùla cour avait passé Thi ver. La mort d* Anne d'Autricbe, arrivée le M JMiTier précédent, avait empêché les divertissements habituels du carnaval, et c^est ce qui explique la date un peti insolite de ocluî-d. Il avait été précédé, le 7 novembre, d'un petit lÂUet donné dans les entr'actos dNiDe comédie '. On voit que la mort de la reine mère n*avait pas en le pouvoir de suspendre pendant Tannée entière les Mtes de la Cour.
Le BailH des Muses est Tun des phn importants, iioii'aeuleHieBt par les dimensions , par les personna^ qui y dansèrent, an «ombre desquels figuraient le Roi , Madame, mesdames de Montespan , de La Vallière, etc., par iesMccès extraordinaire qu'il obtint et qui se prolongea longtemps , mais encore par Tintérèt et la vuriéfé des spectacles divers qu'il réunit dans son oadre, par la mnltitude des acteurs qu'il mit en jeu, enfin par les additions et àes transfbnnations qu'on lui fit subir. La troupe du Paiais-Boyal , avec son chef Molière ; odle de l'hôfei de Bourgogne, celle des comédiens italiens et espagnols y alors à Paris, prirent une part active à ce divertissement.
Jfoliète , par un lumunage délicat à son talent , ftit duirgé d'konorrr Tbalie» la muse de la comédie , en intercalant dans la 3* entrée , à laquelle présidait cette muse» une pièce des>a Caçon, qui fut jouée pur lui et sa troupe. Il composa tout exprès pour la ctrconslanœ , en essayant de plier son génie aux. nécesâlés du genre , les deux premiers actes de Melieerte , qu'il n'eut pas le temps d'achever, — et qu'il ne termina janu^is, sans doole parce qu'il n'y attachait ancunc importunée eu deliors du Boiiei, — - puis la Fnslcraie continue , dont il détruisit ensuite le manuscrit , et dont il ne nous reste que la paitie chantée , conservée pur le livret.
Dans la €• entrée , «onsaerée 4 GalKope, fut introduite, après 1rs pn^mières l'eprésentations , une autre petite comédie {les Poètes), qui était jouée YMr PHùtel de Bourgogne et qui se composait de sept scènes dont nous n'avons que les sommaires. Cette ptt»ce n'a probablement jamais été imprimée, et nons en ignorons l'auteur. Elle renfermait raie Mascarade tspagnolf,
I Ga^m éê 16t6, >. 1199,
S7S NOTIGK
dout le titre uVst |>as dési^çuô. 11 iitst [las 4iteslioii de la Ma^carado fe^spagnole, et il semble que la piète «les Pacte.^ si^ bonia d*abord à une danse ou à iine pautomime; c'est ce qui ivsulte aussi du premier comple-n»i*«lii de Robinet, à la date du 1 2 décembre :
Qaaot tt U noble (««liiope,. .
Det i*oftes de UleoU divers
I^ divertisse nt par leur danse.
Comme entendue en la cadence.
Voici y d*ailleurs, les principaux )Kissai;rs de relie loiif^ue dcsciiptioii ' , qui , comme celle de la Gaztife, nous nionti'c le ballet dans l'état où il fut d'abord, et peut remplacer j(L*u(u*à un certain [Mtint la {lerte du livret primitif.
Ce bnllet, fait avec dépense,
Digne d'un mnnarque de hruuce .
Est le ballet des neuf Iteantc/,
Ou sravantes Divinitez,
De qni toat pacte an Parna!l^<'
Pour riaier implore la grâce.
C'est qu'on feint agréablement,
.Autant comme équitahlement ,
Qae leur noble troupe, cbarmcc
De la brillante renommée
De l'incomparable Ixiais,
Et de tons set faits ia^ais,
Quitte leur montagne cornue ,
Proche voisine de la une,
Afln d'établir leur séjour
En son aimable et belle cour.
l,ct Arts, qui sous loy rajeunissent
Kt de tous coslec redeu rissent ,
Sçacbaot l'arrivée eu ces lieux
Des filles du premier des Dirui ,
Comme d'rlles ils cruycnt nui.strc ,
Ils Tiennent les en rccoiinoUtre ,
Faisant tout à fuit galamment ,
An son de maint dous instrumeut.
Pour rbacuue exprès une cntivc
Di^ne d'r^tre considérée ,
Et qui convient encor, do i)lii> ,
A ses célestes attributs.
Ainsi, pour la grande l'rante
Qai des deux coonoist l'barmoaie.
De» danseurs lestes et friogans -
Font les sept plauctes erran».
Afln d'honorer Mcipomène
Qui préside, comme inhumairr,
Aax tragiques éréoemens.
On Injr fait voir ces deux amans
Qui dessous un roeurier s'occireul '.
Dont les meures bJauohcs rougirent.
' Je ne elle pas la Muse Uauphine de Sabligny, qui neutre dans aucun ilêtail inléres-sant.
^Pyrame etjhisbé (Note do Kobinct).
SUR LE BALLET DES ML'SKS. .vy
'riiall«, alin«nt plas ••Rcmrnt Ce ^m\ à— ne de l'tnjAutineat , bt «loiii^vtmtnt divntic i*«r aae b«IU comédie ^ Dont Molière, ca cela docteur, Est le tris-admirable auteur.
Pour Buterpe la pactorale, iien dignement oa la régale Par le dialogue ctoelleat D'un chnrur et rharmaut et hrillatt , Tant de bergers que de bergères...
Clion, déesse de l'Iiistoire , Sous qui j'ouvre mou rrritoirr».
A là, jMur son plus digne éh^t, L'ÎMage d'un fameux combat, (joant 4 la dame Terpsicore,
Dont l'entrée est plaidante encore
(Ktaat maisIrcMc, de tout temps, Des danses et rustiques chants),
Huit femmes sauT«{os et Kannes ,
Qui moatrent à maiats leurs baes jaunes
Dans l'art de figurer un saut,
La réjouissent comme il faut,
Ainsi qu'un satyre et bon drole,
Qui, fii&ant après eui son rùle,
Cbaate na air des plus à propos,
Kt tout aussi biea que le Gros >.
Knsuite, en l'unzicme entrée...
Ces Muses dunseut à leur tour...
Avec elles sautent de plus
l.es neuf filles de Pierus...
(Ir, reaauvclaot leur débat,
Qui jadis fit si grand éclat,
Trou JNympbes par elles choisies,
Qui ne sont point Nymphes moisict,
Pour juger sur ce différend ,
Kn dansant viennent prendre rnn:; :
Kt comme, en un mot, les dernirrr.;, I rop pigricches, trop altiercs,
S«» préparent curor, après,
\ lintuiller sur nouveaux frais,
Jupiu , le maistrc delà Foudre,
Knfln de tout, vient en découdre,
En changeont ces olijets ai beaux ,
pour leur rhastimeiit, eu oikcuux.
( Uohiurt, Lettrv en cert à Maâtime^ du 12 «Ircembre lOfiB.)
Qiirl(liics-uiis unt cnt étniirdimeiit que ia tragédie de àWrmme et Tlti%hc (ctlle do Tliéophilc) avait figiii'é dans la 2* ciilrtr, ce qui, après lt\s addilinns postériruies, ertt fait pour le moins quati-e piwes de iht'àtre, dout l'un» eu cinq actes, iuclusi-s dans un seul l)al!ct. Il .suffît île lire avec atteutiou Ic> tenues dont se scrveut les deux coniples-reudus, ainsi que ceux du iivn-t,
\C'ett hty (Note de m blnet).
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pour voir qu*il s'agissait simplement, non de représenter la tragédie, mai$ dVn figurer les deux principaux personnages dans une. entrée ordinaire.
Mais quelle était cette comédie primitive de Molière dont il est question dans la Gazette et dans Robinet ? Évidemment Mêlicrrte (dont le Registre de la Grange et tous les témoignages s'accordent à 4)lacer la première représentation dans le Ballet des Muses) ^ quoiqu'on ne la trouve dans aucun exemplaire du livret . et que tous se l>ornent à reproduire la Pastorale comiqMie dans la 3* entrée. Cette circonstance s'explique en ce (pie Mélteerte, rtsuée inachevée, et dont la représentation devint tout de suite à peu près impossible |)ar le départ du jeune Baron, qui y jouait le principal rôle, fut presque aussitôt retirée, et remplacée par la Pastorale, Elle Tétait déjà, sans aucun doute, lorsque Ballard publia son livret, celui du moins que nous possédons. En quel endroit du ballet figurait Mélicerte ? Beaucbamps la range avec la Pastorale dans la 3^ entrée, qui eût ainsi renfermé deux comédies a elle seide. Les frères Parfaict conjecturent, mais sans apporter aucune raison à Tappui, qu'elle faisait partie de la 4<^ entrée, et dans cette hypothèse comme dans la pi^édente, le Ballet des Muses aurait, dès l'origine, enfermé deux comédies de Molièn*. Mais le compte-rendu de la Gazette, non plus que celui de Robinet, ne mentionnent aucune comédie dans l'entrée IV, et tous deux n'en mentionnent qu'une seule dans la 3(^. Encore une fois, cette comédie ne pouvait être que Mélicerte, qui, retirée ensuite par Molière après la retraite du jeune Baron, était déjà remplacée par la Pastorale quand parut chez Ballard le livret qui est arrivé jusqu'à nous '.
Nous avons , du reste , sur ce fait et sur la date de l'adjonction de la Pastorale comique au l>allct, des renseignements puisés aux sources autlientiques, et qui, bien que n'ayant pas toute la précision souhaitable, ne permettent pas cependant de croire que cette première pièce figurât dès l'origine dans le divertissement.
La Gazette du 7 janvier 1(>67, et Roi)inet, dans sa lettre du 9, en rendant compte de la nouvelle représentation du ballet des Muses qui avait eu lieu le 5 courant , s'acroi*dent à dii*e , la première ({u'il » divertit d'autant plus agréablement la cour ({u'on y avoit ajouté une pastorale des mieux concertées ï> ; le second , que
Le ballet fut des mieux soa train , Mélangé d'une pastorale Qu'on dit tout à fait joviale, Et par Molière faite eiprès.
On voit qu'il n'y a plus guère de doulc possible, au sujet de l'adjonction de cette pièce, et que la comédie, on pièce comique, dont il est parlé dans les premiers comptes-rendus, ne pouvait être que Mélicerte.
> Dans sa lettre du 12 décembre 1660, Robinet annonce vaguement la mise en vente du livret ; mais, s'il faut attacher un scn» précis et absolu k ses paroles, ce premier livret, qui devait contenir Mélicerte et ne pouvait contenir encore la Pastorale, miouièe plus tard, ou bien a reçu un carton, on bien s'est perdu, à cause du peu d'importance qu'on y attachait et de la dépréciation qu'il acquit, spécialement après tontes les transformations successives du ballet, dont il se trouvait ne plus donner que Tembryon.