‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 38 sur 325 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Klles vont librement faire dfts pronTenades , Et peuvent recevoir cadeaux et sérénades , Faire partie aussi pour la foire et fe jeu, Tout cela de leur chef.

YANTE. Moy, j'en feray fort peu :

.Te sçais que les maris ont ces choses en haine.

SBL1NE. Vrayment vous estes bonne, on s'en met fort en peine ! De prendre leur avis ce n*est plus la saison : On fait ce que Ton veut, qu'ils l'approuvent on non ; Ils ont beau murmurer, en gronder et s*en plaindre, Et l'on n'est plus d'humeur pour eux à se contraindre. On se lève à peu près à midy tous les jours, L'ondisne, Ton s'ajuste, on va le soir au Cours, Dans la belle saison ; le reste de l'année. En galans entretiens on passe la journée. On voit la comédie, on va le soir au bal , On est de cent festins durant le carnaval. L'on est hors du logis presque la nuit entière. Car avec un mary l'on ne s'arreste guère ; L'on ne revient jamais qu'il ne soit endormy. L'on se fait ramener par son meilleur amy, AGn de l'apaiser en cas qu'il se réveille, Et lorsqu'il fait du bruit, on fait la sourde oreille. C'est la façon d'agir des femmes de Paris , Quand ou est du bel air * .

YANTE. J'admire les maris

D'avoir tant de boutez.

SÉLINE. A quoy sert leur colère?

A donner des soupçons. Ils font mieux de se taire. Vostre frère, à propos, ne me dira-t-il rien?

YANTE. Il sera complaisant.

sÉLiNE. Je l'aimeray donc bien.

Lisandre asseurément vous traitera de mesme ; Vous l'aimerez beaucoup.

YANTE. Il faudra que je l'aime.

SÉLINE. Parlons à cœur ouvert.

YANTE. C'est un fort grand plaisir.

* Ces beaux préceptes, calqués Jusqu'à un certain point sur la réalité, comme nous auronsplus d*une fois occasion de le voir dans la suite de ce recueil, ont été mis CD action avec beaucoup de verve par R. Poisson, dans sa comédie des Femmes coquettes, où l'on pourrait retrouver, presque trait pour trait, tous les détails de ce tableau.

SBUNB. La deffensô ne fait qu'augmenter le désir :

Tant plus on se contraint, plus on est malheureuse.

Certain désir que j'ay me rend fort curieuse. YÀNTB. Quel est donc ce désir que vous voulez sçavoir? SBL1NE. Ce que pense mou sexe, et ne fait jamais voir. YÀNTE. Et quoy?

sÉLiNB. Le sentiment d'une fille accordée,

Qui n'a jamais d'hymen couceu la moindre idée ;

Je voudrois qu'on m'apprist, ou pouvoir deviner

Ce qu'une ame ingénue en peut imaginer. YÀNTE. Séline peut sans moy se le dire elle-mesme,

Puisqu'elle est accordée et confesse qu'elle aime. SÉLINE. Je sçais mon sentiment, et souliaiterois fort

De sçavoir si le vostre et le mien sont d'accord ;

Yante ! parlez donc.

YANTE. Que diray-je, Séline?

SÉLINE. Tout ce que là-dessus vostre esprit s'imagine. YÀNTE. On a, quand on s'engage et quitte ses parens,

Un mélange confus de penscrs diftérens;

La nouveauté surprend.

SÉLINE. Elle doit bien surprendre ,

Car la chose est terrible : on ne se peut deffendre

D'accorder tout alors ce que l'on veut de nous;

Si ce cousentetnent est ou fascheux ou doux,

C'est là la question! Enfin, que vous en semble?

Est-ce un bien , est-ce un mal, ou tous les deux ensemble? YÀNTE. Vous me faites rougir.

SÉLINE. Vous pensez donc fort bien,

Car quiconque rougit ne rougit pas de rien. YÀNTE. Je suis sur ce sujet tout à fait ignorante. SÉLINE. Et moy, non plus que vous, je n'y suis pas sçavante. YÀNTE. Je n'ose m'expliquer.

SÉLINE. Moy, je pense que c'est

Certain trouble secret... Mais mon oncle paroist.

(Se. 3.) Clindor, rencontrant Yante en habit de iille, la félicite en badinant sar le pouvoir de ses ctiarmes, cl fait allusion à la scène du contrat, que Marot lui a expliquée à sa façon. Il lui rappelle que, la prenant pour son frère, il lui a compté la dot, et Y'aule répond qu*elle Ta remise & celui-ci. Dans la se 4 , Damon et Yante se rendent compte de ce qu'ils ont fait pour accommoder la querelle du Jaloux Timandre avec le faux neveu de Damon.

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