‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 39 sur 325 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

YANTE, MAROT, BAPTISTE.

YANTE (rt Marot).

Dieux! qu'est-ce que je vois! C'est Baptiste du Mans :

Il s'en va découvrir tous nos déguisemens. MAuor. Abaissez vostre coëffe, et puis me laissez faire. BAPTISTE. Ah! ah! bonjour, Marot.

MABOT. " Ah ! bonjour, mon conapère.

DAMON [à Marot),

Quel est cet homme-là, qui paroist soucieux? MABOT. C'est un homme du Mans, mais un fou dangereux,

Et vous ferez fort bien d'éviter sa rencontre. BAPTISTE (à Marot).

Dis-moy, Monsieur Damon loge- 1- il icy contre? DAMON (à Baptiste).

Vous voyez son logis, n'en soyez plus en soin. MABOT (à Damon),

Vous osez luy parler !

DAMO>. Je parleray de loin;

Je veux m'en divertir, et prens plaisir à rire.

Je suis Monsieur Damon.

BAPTISTE. J'ay beaucoup à vous dire.

Je n'ay pas cet honneur d'estre connu de vous. DAMOiN ( tout bas ).

Cet honneur est fort grand d'estre connu des fous. BAPTiTSE. Soyez couvert. Monsieur. Le lieutenant du Maine

Vous envoyé une lettre, étant en grande peine

De nos deux chers neveux qu'il avoit fort connus ;

Mais il n'a pu si^avoir ce qu'ils sont devenus.

Je les regrette aussi, car ma deffunte femme

Les a nourris tous deux.

MABOT. Dieu veuille avoir son ame!

DAMO\. Monsieur le lieutenant m'écrit-il de sa main ? BAPTISTE. Ouy, mais l'on m'a volé celte lettre en chemin :

La lièvre m'ayant pris dans une hostellerie.

Je fus près de vingt jours dans une resverie • .

• Délire.

MABOT. Il confesse la dette.

DAMON. Il a l'esprit gasté.

MAROT. Quand il dit qifil est foi, il dit la vérité. YANTE (à Marct),

Je crains fort que mou oncle enfin se désabuse. MAROT {bas). Laissez- moy jusqu'au bout conduire cette ruse. DAMOiN (à Baptiste).

Je plains fort Taccident qui vous est survenu . BAPTISTE. Si j'ay perdu récrit, j'en sçais le contenu :

Monsieur le lieutenant m*en a fait la lecture. DAMON. Que dit la lettre euûn.' BAPTISTE. La lettre vous asseure

Que vostre cher neveu, sans estre aveugle ou fou,

Est cheu dans une trappe et s'est rompu le cou. YANTE {tout bas).

Je crains qu'à ce discours il ne donne créance. MAROT (à Damon).

Il commence d'entrer dans son extravagance. DAMON (à Marot).

D'où vient qu'il fait couler des larmes de ses yeux }

Les fous ne pleurent pas.

MAROT. C'est un fou sérieux.

DAMON {à Baptiste).

Poursuivez.

BAPTISTE. Sa sœur vint au bruit, toute épleurée

£t de cet accident étant désespérée ;

On creut, parce qu'au Mans nul ne la vit depuis.

Qu'elle s'étoit tuée, ou jettée en un puis :

C'est là le bruit qui court.

DAMON. Quoy! de ma nièce Yante !

BAPTISTE. Ouy, d'elle asseurément.

DAMON {montrant Yante,) Vous la voyez vivante.

BAPTISTE. En croiray-je mes yeux? ne me trompé-je point.' DAMON. Ah! qu'il est ridicule!

MAROT. Il Test au dernier point.

BAPTISTE. Ah! que je suis surpris! ah! ma joye est extrême!

Belle Yante, est- ce vous.' YANTE. Baptiste, c'est moy-mesme.

BAPTISTE. Vostre frère est deffunt, j'en suis fort asseuré :

Je Tay veu sur son lit tout prest d'estre enterré. MA BOT (à Damon),

Il revient de nouveau dedans la resverie.

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