‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 40 sur 325 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

BAPTISTE. Damon, hélas! est mort.

Damon. Son frère! Il se marie;

Le jour est déjà pris et le contract passé. BAPTISTE. Peut-on se marier quand on est trépassé? DAMON. -Son, au pauvre deffuat on feroit des reproches,

Et Ton célébreroit sa noce au son des cloclies. MAROT. Mais si son frère avoit oublié qu'il est mort,

Et qu'il se mariast !

DAMON. Il nous surprendroit Fort.

BAPTISTE. Il raille à contre- temps.

DAMON. La plaisante folie !

MABOT. Il faudroit à Damon donner de la bouillie :

Il ouvre bien la bouche et rit honnestement. BAPTISTE. Pourquoy rire.^ MABOT (rt Baptiste tout bas). Parlez de son enterrement,

Et d'en faire les frais : il n*osera plus rire. DAMON. Avez-vous tout conté ce qu'on vouloit m'écrire? BAPTISTE. De Id lettre, Monsieur, c'est tout le contenu. DAMON. Vous pouvez rctoumcr d'où vous estes venu.

Mon neveu n'ast point mort, puisque son mariage

Est un témoin fort seur que vous n'estes pas sage. BAPTISTE. Je soutiens qu'il est mort, contre mille, moy seul,

Après que je l'ay veu cousu dans un linceul. MABOT. ('.e vieillard est avare, et craint que ce message

Ne l'oblige à payer les frais de ton voyage *,

Te traitant de la sorte, il s'en veut dispenser,

Et te donne congé.

BAPTISTE. Qui Fauroit pu penser!

DAMON. Allez, retirez-vous ; vous estes fou, bonhomme. BAPTISTE. Est-ce ma récompense ? est-ce ainsi qu'on me nomme

Pour avoir élevé dès leurs plus tendres ans

Les jumeaux, vos neveux, comme vos deux enfans ?

Mais vous estes vous-mesme, ame ingrate et barbare,

Un fol, un usurier, un Arabe', un avare. DAMON. Si tu ne nous fais voir promptement tes talons.

Je m'en vais te donner trente coups de bastons.

' C'esl-à dire un homme dur, sans piUé, avare, usurier, voleur :

Enfiurch-toi le cœur, soU Arabr, corsaire, InJiHte, vloleat, sans foi, double, rau«5airr.

(RoiLBAU, S'itirc vni.)

n Pour moy, je crois que vous n'esles ni (irec ni Lalin, mais vous estes un peu Arabe. >» ( Comédie de» proverbes^ d'Adrien de MooUuc, I, se. 4. )

46 LES INTRIGIES AMOL RELSES.

IIAROT (à Damon).

11 commence à rouller les yeux dedans la teste :

Appréhendez^ Monsieur, cette méchante beste. DAMON. Je m'en vais tout de bon promptement t'étriller.

Si tu ne fuis bien viste et ne pense à driller '. YA.NTE. Ah ! mon oncle , épargnez !

DAMON. Non, non, laissez-moy faire.

MABOT (à Baptiste),

Retirez-vous d'icy, croyez- moy, mon compère ;

11 frappe comme un sourd, évitez un malheur. BAPTISTE. Je m'en retourne au Mans pour le perdre d'honneur. MABOT. Cest fort bien fait à vous. — Il drille d'importance. DAMON. Je m'en suis bien défait.

MABOT. C'est user de prudence :

Si cet homme enragé vous eust pris au collet.

Il vous eust déchiré comme on fait un poullet;

Il prend les gens au cou, dès l'abord, pour le tordre. DAMON. Sur mes gardes toujours, j'y donnay fort bon ordre.

Yante avoit firand'peur.

YAisTE. Je criiignois plus que vous.

DAMOiN. On est sage, ma nièce, alors qu'on craint les fous.

Oublions pour jamais cet homme sans cervelle ,

Et pensons à Thymen et de son frère et d'elle. YANTE (à Marot).

Ah ! que je redoutois ce fascheux entretien ! MAEOT. J'ay bien joué mon rolle, et le bonhomme eu tient».

' Courir vite, se sauver prccipilamment.

3 Cette scène aomsaute, où le rusé Marot fait si à propos passer pour fou un homme qui pourrait le compromettre, et dont chaque pnitestation parait une preuve de folie de plus â des yeux prévenus, a souvent élé mise alors au tliéAtre. Voyez, par exemple, le Pédant joué, de Cyrano (I, se. 1 )\ M. de Pourceniignac ( I, se. 9 et 11 ); les Nobles de province^ de Uautcroche ( II, se. 3-lo; 111, se. 7j.

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