SCÈNE II
MAROT, TIMANDRE.
MAROT. Chez Séline, Monsieur, je vous croyois encor.
TIMANDRE. J'ay trompé mes Argus^ et Lisandre et Clindor, Et me suis échappé par une adresse extrême.
MAROT. En trompant ses amis on se trompe soy-mesme.
N'étiez-vous pas, Monsieur, dans ce lieu seurement
Où l'on parle de noce et non d'enterrement }
La mort, est-ce un ragoust, d'aimer tant à vous battre?
Vostre rival plus On s'est fait tenir à quatre
Par sa sœur, par son oncle, et tous ceux de chez nous.
TIMANDRE. Je voulois me trouver à nostre rendez-vous,
Et je ne pouvois pas sans honte m'en deffendre. Ayant fait un appel, quoy ! manquer à m'y rendre! Damon m'eust justement pu blasmer aujourd'hui D'estre plus querelleux et plus poltron que iuy. Mon honneur m'est plus cher qu'amy ny que maistresse. J'ay proGté chez elle , et sceu par mon adresse Les ruses d'un rival; je perdray qui me perd. J'ay tout sceu, j'ay tout sceu.
MAROT^ à part. Qu'auroit-il découvert?
TIMANDRE. Séline m'a tout dit.
MAROT, à part. La mine est éventée.
TIMANDRE. J'ay sceu que mon rival étoit un vray Prothée,
Garçon, puis tantost ûlle, il change à tout moment
48 LES INTRIGUES AMOIRECSES.
De sexe, de discours, de lion, d'haliillemeDt,
Et la* sœur se déguise aussi bien que son frère. MAROT. Bon, il n'a point encor découvert le mystère. TiMAiNDBE. Je le veux attraper sans attendre à demain.
Marot me |>cut aider dans un si beau dessein. BiABOT. Ce sera de bon cœur, si j'ay quelque industrie :
Commandez seulement.
TiMANDBE. Appreus-mov, je te prie,
Afln que je me venge et le perde d'honneur.
Comme on peut discerner le frère de la sœur? MABOT. Vos curiositez, Monsieur, sont fort nouvelles
D'apprendre t distinguer les masies des femelles. TiMA>DBE. Quand les deux jumeaux sont en habit déguisé.
Les sçais-tu discerner?
MABOT. J'y puis estre abusé :
Ils sont trop ressemblans.
TiMANDBE. Ta maistresse ou ton maistre
I^'ont-ils pas quelque signe où Ton peut les coDDoistre? MABOT. Aucun, ou, s'ils en ont, ils le cachent si bien
Qu'il est fort malaisé qu'on en découvre rien. TiMAKDRE. La chose toutefois m'est bien fort importante :
Hyer Damon changea d'habit avec Yante ;
J'ay pu m'esire trompé.
MABOT. J'y fus aussi déceu :
En donnant le cartel, Yante l'a rcceu.
TiMANDBE. Aurois-tu bien pu faire une telle sottise' BiABOT. Je l'appréhende au moins.
TiMANDBE. QuclIc lourdc méprise !
MABOT. Cest à la bonne foy qu'on me le vit donner. TiMAM)RE. Toy, qui les vois souvent, tu les dois discerner. MABOT. J'aperçois Tun des deux qui paroist sur la porte;
C'est la sœur ou le frère.
TIMANDBE. Abordons-lc, n'importe.
MABOT. Abordez-les tout seul, car je leur suis suspect :
L'on m'a donné congé pour vostre seul respect». TIMANDBE. Vlcns, tu n'as rien à craindre, étant sous mon auspice;
Va donc l'interroger, et me rends ce service.
' A cau^c de vous seul, du lalin retpectus.