SCÈNE PREMIÈRE
CRISPlN, MARTINE.
MARTiNB. Chut. Nostre procureur est là dans son étude ; Parlons bas.
CBISPIN. !N*en ayons aucune inquiétude :
S'il me trouve, un procès de mon invention Soudain auprès de luy sera ma caution ; Cette fourbe^ au besoin , me tirera d*affaire.
MARTINE. Mais avec cet habit, dis-moy, que veux- tu faire ? Pourquoy n'en pas changer? qui t'a fait Fouhlier? Nos filles toutes deux tecroyoient chevalier; Tes beaux ajustements , ton grand air, ta noblesse , Des deux, en ta faveur, a surpris la tendresse. Quels mépris aujourd'huy feront-elles de toy, Si l'on sçait que tu n'es qu'un valet !
CRI&PIN. Par ma foy,
J'avois choisi tantost un habit de mon maistre. Avec lequel icy je prétendois paroistre. Je te laisse à penser, étant dans mes appas , Si près de nos deux sœurs j'eusse fait du fracas; Mais en vain j'en ay cru voir ma figure ornée , Car mon maistre a chez luy passé l'après-disnée : Je n'ay pu luy présent endosser son hamois ; Je l'ay donné dans l'ame au diable cinq cens fois. Mais, entre nous , le diable est sourd à ma prière , Mes dons ont été vains. Ne sçacbant plus que faire, Voyant l'heure approcher de me rendre en ces lieux , J'ay, ma foy, tout risqué pour paroistre à tes yeux , Et ne te point manquer.
MABTiNE. Pourquoy cette saillie?
Nous pouf ions bien remettre à demain la partie : Un billet de ta part m*en eust dit le pourquoy.
CBiSPin D*accord. Mais mon bon sens, vois-tu, n'est plus à moy. Et depuis le moment que tu m'as fait connoistre L'esprit impertinent du procureur ton maistre^ Qui! est bourru, taquin, ladre, avaricieux, Jusqu'à cbercher pour rien des gendres en tous lieux. Que les Olles aussi, donnant dans la chimère. Sont folles toutes deux à Texemple du père. Que prenant à leurs yeux un air de qualité. Ce qui ne couste rien, j'en serois bien traité. Et qu'un peu de micmac et de bonne fortune M'en feront tout au moins des deux épouser une, L'espoir de voir sur moy tomber un si beau choix, La gloire d'estre un jour le gendre d'un bourgeois y L'ardeur de mettre à Gn une intrigue si belle , * Le plaisir de coucher auprès d'une femelle , L'aise d'en voir sortir de petits embrions , L'amour... enfin... ma foy, tous ces brimborions, Ma pauvre enfant, ont mis ma cervelle en débauche. Ma raison de travers , et mon bon sens à gauche.
MARTINE. Si bien donc que l'amour, offusquant ta raison. Entre nous, t'a fait boire un doigt de son i)oison?
CBispiN . Un doigt ! Le petit Dieu , Martine, je te jure ,
M'en a fait boire au moins trois chopines, mesure De Saint-Denis.
MARTINE. Pour toy je n'ay donc plus d'attraits ?
Moy, que tu promettois d'aimer à tout jamais?
CRISPIN. Au contraire, bouchon, cet amour qui t'offense Te fait plus que jamais voir mon obéissance : Friponne , n'est-ce pas de ton invention , Que vient tout le projet du matrimonion ? En ces lieux, sans qu'aucun puisse y trouver à mordre, Si je suis chevalier, ce n'est que de ton ordre ; Tu ne me fais l'époux de l'une ou l'autre sœur Que pour nous emparer des biens du procureur. Ainsi, quand cet amour brusle d'impatience. .. Pour toy par conséquent... il est sans conséquence. Car si cet hymen donne à l'une ou l'autre sœur Une place en mon lit, tu l'auras dans mon cœur. L'épouse que j'auray ne sera que ma femme;