‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 77 sur 325 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LISIDOR, MARIN.

MABiN. Quoy, Monsieur? vous voulez vous remarier, dites-vous?

Lisii>0R. Ouy, ouy, je veux me remarier; et pour cet effet j'ay envoyé mon fils à Bourges, sous prétexte d'étudier encore quelque temps la jurisprudence*.

VABiN. Suffit; mais peut-on vous demander comment se nomme celle que vous voulez épouser ?

LisiDOB. C*est Alcine.

MARIN. Quoy! la fille de Monsieur le médecin Mirobolan?

LISIDOB. Ouy.

MABIN. Vous VOUS raiUez, Monsieur : cette fille n*a pas plus de dixhuit ains, et seroit plus propre pour Monsieur vostre fils que pour vous.

LISIDOB. Je ne veux pas que mon fils se marie de trois ou quatre ans.

MABIN. Mais, Monsieur, pensez- vous bien à ce que vous faites^ quand vous formez le dessein d^épouser Alcine?

LISIDOB. Comment ! si j*y pense? Ouy, ouy, j'y pense fortement. Elle est belle , elle est sage, elle est jeune, elle est spirituelle; enfin, elle a des qualitez qui ne sont pas à mépriser.

MABIN. Hé, ce sont toutes ces belles qualitez qui devroient vous empescher d'y songer ; car, à dire le vray, toutes ces choses ne s'accordent guères bien avec un vieillard.

LISIDOB. Hé, je ne suis point tant vieux.

' L'univenité de Bourges était sartoat célèbre poar remelgnement du droit romain; il saflira de citer Alciat et Cajaa parmi les éminenta juriaconaaltes qui y avaient professé.

MABKN. Non dà : si nous étions au temps où les homiues vivoient sept ou huit cens ans, vous ne seriez encore qu'un jeune adolescent; mais dans celuy où nous sommes, je vous tiens fort avancé dans la carrière.

MS1D0R. Mais soixante ans...

MAB1N. Ma foy, à n'en point mentir, je crois que vous en avez pour le moins douze ou quatorze de plus ; car je me souviens que l'autre jour le bonhomme Pyrante, beuvant avec vous le petit coup, disoit qu'il en avoit soixante et six, que vous étiez en philosophie qu'il n'étoit encore qu'en cinquième ; et qu'à la tragédie du collège il jouoit le Cupidon , quand vous représentiez l'empereur ' .

LisiDOR. 11 ne sçalt ce qu'il dit là-dessus : il est de ces gens qui se veulent faire plus vieux qu'ils ne sont.

MAniN. Laissons Tâge à part; aussi bien, comme on dit, il n'est que pour les chevaux , iMonsieur. Mais parlons un peu de vostre mariage. Croyez-vous que Monsieur Mirobolan et Feliante, sa femme, vous accordent leur Glle, n'ayant que cet enfant-là? Quand on n*a qu'une fille unique, et qu'on la marie, c*est dans l'espérance de voir naistre de petits poupons ; mais, à ne rien déguiser, si vous l'épousez, ils courent risque de n'avoir jamais cette joye, à moins que la Cour des Aydes... Vous m'entendez.

L1STD0R. Ce n'est pas là ton affaire, et je sçais bien ce que je fais. Quand elle sera ma femme, nous ferons tout ce qu'il faudra faire.

MARIN. Ma foy, je doute qu'elle la soit jamais.

LisiDOR. Et moy, j'en suis fort asseuré. Mirobolan est un homme de parole : il me l'a promise, de luy à moy.

MARIN. C'est quelque chose que cela ; mais vous sçavez que Feliante est une maistresse femme, et, si je ne me trompe, elle a la mine de porter le haut-de-chausses.

LisiDOB. Je sçais qu'elle est un peu fière , mais les avantages que je feray à sa Glle adouciront cette fierté ; et puis, un mary est toujours le maistre de sa femme.

MABiN. Toujours? Ma foy, j'en vois beaucoup qui n*en demeurent pas d'accord , et qui voudroient de tout leur cœur que vous eussiez dit vray. Mais voilà Monsieur Mirobolan qui sort de chez luy.

' Dans chaqae collège important, il était d*usage de donner, à la fin de l*année scolaire, la représentation d'une tragédie, généralement latine, Jouée par les écoliers. Voir le cil. VI de nos Curiosités théâtrales^ 1859, in- 16.

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