ACTE I, SCÈNE h
MA ROT. Je sçais, à mes dépens, comment le monde est fait ; La fortune et le temps nVont fait devenir sage: Tay fait plus d'un métier et plus d'un personnage, J'ay veu les pays chauds et les pays glacés, £t n*ay jamais rien veu que des intéressés : Vous Testes , je le suis, Yante Test de mesme. Son père, qui sçavoit ma diligence extrême. Me mit près de son fils, comme un homme d'honneur. Le frère trépassé, je restay chez la sœur ; Elle m'estime fort, car je luy suis fidelle , Elle a besoin de moy, comme j'ay besoin d'elle : J'ay besoin de ses biens, elle de mes avis. Elle proGtera de les avoir suivis; Et devant qu'il soit peu, par ma prudente adresse , On la verra jouir d'une grande richesse. Vous, de vostrecosté, Lisandre, pensez bien A courtiser vostrc oncle afm d'avoir son bien : C'est un riche banquier.
Li SANDRE. Je tasche de luy plaire ,
Quoy que je fasse enûn , je ne puis si bien faire, Que Séline n'en ait pour le moins la moitié , Car Clindor a pour elle une grande amitié : Si je suis son neveu, cette fille est sa nièce. £lle, qui ne sçait pas qu' Yante est ma maistresse, La prend pour un garçon et luy fait les yeux doux. Dans le dessein qu'elle a d'en faire son époux ; Et mon oncle, approuvant ces feux dès leur naissance , Veut faire avec le sien une double alliance.
YANTE. Et tout cela me met dans un grand embarras.
LiSANDRE. Que Ics difûcultcz ne vous rebutent pas.
MAROT. Laissez-moy seulement démesler la fusée : Ayant bien commencé la suite en est aisée , Car vostre oncle, pour vous remply d'affection, Est tout prest à signer une donation.
Mais le voicy qui vient.
YANTE. N'a til pu nous entendre ?
MAROT. Non, il resvoit ailleurs '.
■ Il rêvait à autre chose ; ses rêveries étaient dirigées ailleurs.