‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 12 sur 250 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

MOSCA

Je dis qu'il faut que Votre Seigneurie se hâte.

CORBACCIO.

Ta as raison. Je pars.

VoLPONE, se levant.

Je vais éclater! Oh, mes côtes! mes côtes!

MOSGA.

Contenez ce flux de rires. Cette espérance, vous le savez, est une amorce qui dissimule un hameçon.

VOLPONE.

Mais avec quelle habileté tu l'auras accroche ! Je n'en puis plus ! Bonne canaille, laisse-moi t'embrasser. Je ne t'ai jamais vu dans d'aussi bonnes dispositions. MoscA.

Hélas, monsieur, je fais comme on m'a appris; je suis vos graves instructions; je les paie en bonnes paroles, je leur graisse les oreilles avec de l'huile et je les congédie.

VOLPONE .

C'est vrai!... Quelle punition porte l'avarice en ellemême!

MosGA.

J'y suis bien pour quelque chose.

VOLPONE.

Les soucis, les maladies, la crainte, qui font cortège à la vieillesse, la mort si souvent appelée, sont leur partage. Leurs membres deviennent faibles; leurs sens s'émoussent; la vue, l'ouïe, le mouvement sont morts avant eux; leurs dents, ces instruments avec lesquels on mange, tombent, et ils comptent sur la vie ! En voilà un qui retourne chez lui, et désire prolonger ses jours! Il ne sent plus sa goutte, ni sa paralysie. Il rajeunit de vingt ans, il s'illusionne sur son âge auquel il oppose un démenti. Ainsi qu'Aeson, il espère, à l'aide de charmes, retrouver la jeunesse, et il s'engraisse de ces espérances comme si le docteur pouvait être aussi facilement dupé que lui. Et autant en emporte le vent ! (On frappe à nouveau). Qui vient encore? Un troisième?

Recouchez-vous! Je reconnais sa voix. C'est Corvino, notre gai marchand.

VoLPONE, se recouchant.

Je suis mort.

MoscA.

Encore une petite dose sur vos yeux. {Il les frotte avec la pommade). Qui est là?

[Entre CORVINO).

Signor Corvino! On vous attendait avec impatience. Comme vous seriez heureux, si vous saviez... Corvino.

Quoi ?

BIOSCA.

La dernière heure est venue, monsieur!

Corvino.

Il n'est pas mort?

MOSCA

Non, mais il n'en vaut guère mieux ! Il ne reconnaît plus personne.

Corvino.

Que dois-je faire alors ?

MoscA.

Pourquoi cette question?

Je lui apportais uae perle.

MoscA.

Peut-être lui reste-t-il assez de mémoire pour vous reconnaître. II vous appelle encore. Votre nom est le seul qu'il prononce. La perle est belle?

Corvino.

Venise n'en a jamais possédé une pareille.

VoLPONE, faiblement.

Signor Corvino...

MoSCA.

Il vous réclame. Donnez-la lui. Il est ici, monsieur. Il vous apporte une riche perle.

Corvino.

Comment ça va-il? Dites-lui qu'elle pèse douze carats.

MoscA.

Monsieur, il ne peut pas entendre, il est sourd. Cela semble pourtant lui faire du bien de vous voir. Corvino.

Dites-lui que j'ai un diamant à son intention.

MoscA.

11 faudrait mieux le lui montrer. Mettez-le dans sa main. Il a encore sa connaissance. Regardez comme il s'en empare.

CoRvmo.

Hélas! mon bon monsieur! Quel spectacle pitoyable!

MoscA.

N'y pensez pas. Les larmes d'un héritier sont des rires sous un masque.

CoRvmo.

Je suis son héritier?

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