ACTE I, SCENE I
Je ne peux pas voir son testament avant qu'il soit mort. Nous avons eu ici Corbaccio, Voltore, et tant d autres, trop nombreux pour que je les aie comptés, impatients d'hériter. Moi, profitant de ce qu'il vous appelait, j'ai pris du papier, une plume, de l'encre, et je lui ai demandé qui il choisissait comme héritier : « Corvino », m'a-t-il dit ; qui serait son exécuteur : « Corvino », m'a-t-il dit encore. Et s'il ne répondait pas à une de mes questions, je comprenais aux signes qu'il me faisait de la tête, malgré sa faiblesse, que c'était bien vous qu'il consentait à choisir. Alors j'ai renvoyé chez eux les autres sans rien leur léguer, sauf des malédictions.
Corvino, l'embrassant.
Ah! mon cher Mosca! 11 ne nous voit pas? MoscA.
Pas plus qu'un ménestrel aveugle. Il ne reconnaît personne, pas même la figure d'un ami. Il ne se souvient même plus du nom du serviteur qui lui a apporté son dernier repas, versé sa dernière tisane. Pas même de ceux qu'il a engendrés et élevés.
Corvino.
A-t-il des enfants?
MoSCA.
Des bâtards, une douzaine au plus, qu'il a eus avec des mendiantes, des Egyptiennes, des Suisses, des négresses, quand il était ivre. Vous ne le saviez pas? C'est la fable commune; le nain, le fou, l'eunuque, tout ça c'est sa progéniture. Il est le père de tout son entourage, sauf six, mais il ne leur laisse rien.
Corvino.
BienI très bieni Tu es sûr qu'il ne peut pas entendre?
Absolument sûr. Regardez, jugez par vous-même. {Criant à l'oreille de Volj)one), Que la vérole vienne et s'ajoute à toutes vos maladies, si elle doit vous expédier plus tôt pour vos incontinences, car elles l'auront mérité, monsieur, et que la peste s'en mêle ! (A Corvino). Approchez, monsieur. (A Volpone). Puissiez-vous fermer une bonne fois vos yeux ignobles, qui pleurent de la vase comme deux citernes à srenouillesl Nous cacher le spectacle de ces joues pendantes, couvertes de cuir au lieu de peau... (A Corvino). Venez à mon secours, monsieur. (A Volpone).., et qui ressemblent à des vieux torchons de cuisine gelés.
CoRviNo, riant.
Ou à un vieux mur enfumé sur lequel la pluie en j tombant a laissé des traces. |
MOSCA. '
Parfait! Vous pouvez crier encore plus fort. C'est à peine s'il entendrait une coulevrine qu'on déchargerait à son oreille.
Coi.VINO.
Son nez est comme un égout.
MoscA.
Bien dit! Et la bouche?
CoRVINO.
Une latrine. -
MoscA.
Fermez-la.
CoRVINO.
Pas moyen!
MosCA.
Laissez-moi faire. Je pourrais l'étouffer avec un oreiller aussi facilement que si j'étais sa garde.
Faites comme il vous plaira, mais je m'en vais.
MoscA.
Allez-vous-en, car je crains que votre présence ne prolonge ses derniers instants.
CoRVINO.
N'usez pas de violence.
MoscA.
Pourquoi? Qu'est qui vous rend aussi scrupuleux?
CoRVINO.
Faites ce que vous voudrez.
Moscà.
Bon. Partez.
CoRVINO.
Vous croyez que je peux sans inconvénient reprendre ma perle?
MoscA.
Et le diamant? De quoi allez-vous vous inquiéter? Ici tout ne vous appartient-il pas? Ne suis-je pas là, moi dont vous avez fait votre créature, et qui tous devrai l'existence?
CoRVINO.
Cher Mosca! Tu es mon ami, mon compagnon, et tu auras ta part dans toutes mes bonnes fortunes Mosca.
Excepté une.