ACTE I, SCÈNE I
Laquelle?
MOSCA
Votre femme, monsieur.
{Sort Corvino).
Il n'y a pas d'autres moyens de le faire sortir !
VOLPONE.
Mosca, tu es divin! Aujourd'hui tu t'es -'surpassé! {On frappe au dehors). Qui est là? Je ne veux plus être importuné. Prépare-moi des musiciens, des danses, des banquets, tous les plaisirs ! Le Turc n'est pas plus sensuel dans les plaisirs que veut l'être Volpone.
{Sort Mosca).
Voyons. Une perle! Un diamant! De l'argenterie! Des sequins ! La matinée aura été profitable. Cela vaut mieux que voler dans des églises ou, par gloutonnerie, de s'engraisser tous les mois d'un homme!
{Rentre MOSCA).
Qu'est-ce qu'il y a?
Mosca.
La belle lady Would-be, l'épouse du chevalier anglais. Sir Politick Would-be (c'est de la façon qu'on m'a dit d'annoncer) envoie demander comment vous avez passé la nuit et si l'on peut vous voir.
Volpone.
Pas maintenant. Dans trois heures... lorsque je serai gris de joie et de vin. Par le ciel, je m'étonne de la confiance absolue de ces téméraires Anglais qui ne craignent pas d'exposer leurs femmes à toutes les rencontres.
Le chevalier ne s'appelle pas pour rien Politick. Il sait que si sa femme affecte des airs étranges, elle n'a pas la physionomie d'une malhonnête personne. Oh ! s'il s'agissait de l'épouse de Corvino... Volpone.
Elle est si jolie que cela?
MoscA.
C'est l'étoile étincelante de l'Italie ! Une donzelle toute
jeune I Une beauté mûre pour la moisson, dont la peau
est plus blanche que le cygne, l'argent, la neige, le lis!
dont les douces lèvres appellent une éternité de baisers !
dont la chair aussitôt effleurée se colore en rouge ! Elle
brille comme votre or, et comme votre or elle est belle!
Volpone.
Pourquoi ne l'ai-je pas encore aperçue?
MoscA.
Hélas ! monsieur, je ne l'ai découverte qu'hier.
VOLPONE.
Pourrais-je la voir?
MOSCA
Impossible ! Elle est surveillée aussi étroitement que votre or ; jamais elle ne sort, jamais elle ne prend l'air, sauf par la fenêtre. Ses regards sont doux comme les premiers raisins ou les premières cerises, et surveillés d'aussi près.
VoLroNE.
Il faut que je la voie.
MoscA.
Une garde composée de la maisonnée et qui représente une dizaine d'espions ne la quitte pas des yeux, et chaque espion est celui de son voisin, de telle sorte que pas un ne peut faire un mouvement qui échappe à l'autre.
VoLPONE.
Je yeux la voir, quand ça ne serait qu'à la fenêtre.
MoscA.
Déguisé, alors ?
VOLPONE.
Ce sera plus sûr. Nous y réfléchirons.
FIN DU PREMIER ACTE