ACTE I, SCÈNE I
Tothill-fields, les Londoniens et ceux de Middlesex attendent gaillardement dans Finsbury, impatients d'entendre sonner l'heure du départ.
Ils ont leurs insignes, leurs vêtements et leurs armes et, s'il plaît à votre cousin Lacy de A'enir jusqu'au Guildhall, il recevra sa paye. Mes confrères lui remettront vingt livres, comme gages de notre reconnaissance. Lacy.
Je remercie Votre Honneur.
Lincoln.
Tous mes remerciements, mon cher lord-maire.
Sir Roger.
Nous vous attendrons au Guildhall.
{Il sort).
Lincoln.
(( Comme gages de notre reconnaissance ! » Pas tant de subtilités ! Neveu, ces vingt livres, il te les donne dans sa joie de t'éloigner de sa fille Rose. Je ne voudrais pas te voir perdre ton temps à te faire aimer d'une fille gaie, folâtre et fardée. Je sais que ce manant, cédant à l'orgueil, estimerait une honte de mêler son nom au tien. Rappelle-toi, neveu, la fortune qui t'attend. Encourage l'amour du roi qui brille sur toi et dose tes espérances. Je n'ai pas d'autre héritier que toi, à moins que ton esprit chagrin ne te compromette aux yeux de mon amitié.
Lacy.
Milord, je ne tiens ni aux terres, ni aux bénéfices, ni à votre héritage. Je m'embarque pour la France, dans l'unique but d'ajouter de la gloire au nom de Lacy. Lincoln.
Pour ces paroles prends ces trente portugaises. Il y en a aussi pour toi, neveu Askew. Les plus grands honneurs vous attendent en France. Donc, neveux, volez rapidement pour accomplir vos desseins. Allez vite au Guildhall où je vous retrouverai; ne vous attardez pas. Quand l'honneur vous appelle, le retard devient une honte.
{Il sort).
Askew.
Notre oncle semble pressé de vous voir partir.
Lagt.
En effet, cousin, mais je tromperai ses projets. J'ai une
sérieuse affaire à terminer qui demandera trois jours,
une affaire pour laquelle ma présence est indispensable.
Avec les compagnies, faites hâte vers Douvres où je vous
retrouverai. Si je dépassais le délai que je me suis assigné, partez pour la France; nous nous rencontrerons en Normandie. Je vous enverrai les vingt livres que l'on m'aura remises et, en outre, dix portugaises sur les vingt qu'il m'a données. Pensez à vos lourdes responsabilités. Je connais votre sagesse pour l'avoir expérimentée dans des conditions aussi graves.
ASKEW.
Je me tiens à votre disposition, mais surtout ayez soin de vous cacher dans Londres. Notre oncle Lincoln a des yeux jaloux qui ne vous dévisagent que pour vous prendre en faute.
Lacy.
Qui vient là?
{Entrent SIMON EYRE, MARGERY, son épouse, HODGE, FIRK, JANE et RALPH portant une paire de souliers).
Eyre.
Assez pleurnicher ! Assez de gémissements, de soupirs et de larmes ! Je ferai libérer ton mari, je te le promets, ma chère Jane.
HoDGE.
Maître, voici les capitaines.
Etre.
Paix, Hodge! Fi, vous n'êtes qu'un coquin!
Voici les cavaliers et lés colonels, maître. Eyre.
Paix, Firk! Paix, mon brave Firkl Laissez-moi tranquille avec vos bavardages! J'incarne un homme de la meilleure société et leur parlerai, fussent-ils papes. Gentlemen, capitaines, colonels, commandants! Braves gens, braves chefs, veuillez m'accorder une audience. Je suis Simon Eyre, le cordonnier de Tower-Street. La personne avec cette bouche doucereuse qui jamais ne se fatigue, est ma femme, je puis vous l'affirmer. Voici Hodge, mon valet et mon premier garçon; voici Firk, mon bel amour, et voici Jane la gonflée. Nous venons tous accompagner l'honnête Ralph. Autorisez-le à rester chez lui et, aussi vrai que je suis un bon cordonnier et un gentilhomme habile, si vous achetez des éperons je vous fournirai de bottes pendant sept ans.
Margery.
Sept ans? .
Eyre.
Paix, diaphragme, je sais ce que je fais.