ACTE II, SCENE I
dont les connaissadices, si votre bonté les égale, dirigeront ma conduite et ma façon de faire encore un peu frustes.
S[R POLITICK.
Vous seriez-vous embarqué sans savoir ce qu'il faut pour entreprendre un voyage ?
PEREGRtNE>
Je connais quelques principes de la vulgaire grammaire, principes que je tiens de celui qui m'a enseigné l'italien.
S[R POLITICK.
Voilà ce qui gâjte les cervelles les plus intelligentes. On confie desgentilshommes sur lesquels on devrait pouvoir compter, à des pédants qui n'ont que la surface ou simplement l'écorce. Vous me semblez être un gentleman d'une noble race. Sans en faire profession, le hasard a Youiu que je fusse toujours consulté sur cette importante matière intéressant les fils de grands hommes, les personnes de race et d'honneur.
{Entrent MOSCA et HANO déguisés, et suivis de personnages portant le matériel nécessaire pour édifier un tréteau).
Peregrine.
Quelles sont ces gens-là?
MoSCA.
Sous cette fenêtre, comme il a été convenu.
SlR POUTIC-K.
Des comédiens qui dressent un tréteau. Est-ce que votre professeur de langues ne vous a jamais parlé des bateleurs italiens?
Peregrine.
Si, monsieur.
Eh bien, en voici.
SlR POLITICK.
Peregrine.
Ce sont des marchands d'orviétan qui vivent en vendant de l'huile et des drogues.
Sir Politick.
Quoi! Voilà l'idée qu'il vous en donnait?
Peregrine.
Autant que je puisse m'en souvenir.
Sir Politick.
Son ignorance me fait pitié ! Les bateleurs sont les hommes les plus instruits de l'Europe, de grands savants, d'excellents médecins, d'admirables hommes d'Etat, des
favoris renommés, des conseillers de cabinet auprès des plus grands princes, enfin les seuls hommes de l'univers qui &'y connaissent en langues.
Peregrine.
J'ai entendu dire que c'était aussi des grossiers imposteurs, abusant de la faveur des grands, comme leur médecine trompe ceux qui s'en servent; ils la recommandent en risquant de monstrueuses protestations, l'évaluent à douze couronnes et finissent par la céder pour deux pence. Sir Politick.
Monsieur, le silence est la meilleure réponse à la calomnie. Vous allez en juger par vous-même {AMosca). Qui monte ce tréteau?
MOSCA
Scoto de Mantoue, monsieur,
Sir Politick.
Lui ! {A Peregrine). J'ose vous promettre, monsieur, que vous allez voir un autre homme que celui que l'on vous a dépeint. Ce qui m'étonne, c'est qu'il établisse son tréteau dans ce coin, au lieu, comme d'habitude, de l'élever sur la place. Le voici.
{Entre VOLPONE, sous le costume d'un maître bateleur et suivi de toute une foule).
VoLroNE, àHano.
Monte, Zani!
La Foule.
Suivons-le 1 Suivons-le !
Sir Politick.
Regardez comme la foule le suiti C'est un homme qui pourrait tirer dix mille couronnes de la banque de Venise. {Volpo7ie monte sur l'estrade). Etudiez son geste; j'ai l'habitude d'observer l'allure qu'il prend quand il monte sur son théâtre..
Peregrine.
Il en vaut, en effet, la peine.
VOLPON'E.
Mes nobles gentilshommes et dignes patrons! 11 peut sembler étrange que moi, votre Scoto de Mantoue, qui ai l'habitude de dresser mes tréteaux sur la place, en plein public, près du pertique des Procurations, après huit mois d'absence de celte illustre cité de Venise, j'aille humblement me retirer dans un coin obscur. Sir Politick.
N'est-ce pas l'observation que je faisais? Peregrine.
Ecoutez, monsieur.