ACTE V, SCENE II
Lincoln.
Quel Hammon?
Ralph.
Oui, ma femme! Le premier d'entre vous qui oserait mettre la main sur elle, je lui brise la caboche avec ma béquille!
FiRK.
Vas-y, Ralph le boiteux! Voilà une véritable plaisanterie !
Ralph.
Pourquoi l'appelez-vous Rose? Son nom est Jane. {La démasquant). Regardez-la. La voyez-vous maintenant? Lincoln.
Est-ce là votre fille !
Sir Roger.
Non, pas plus que celui-ci votre neveu. Milord de Lincoln, on s'est moqué de nous deux et c'est ce misérable valet!
FiRK.
Je ne suis pas un valet, je ne suis point un misérable, seulement un aimable plaisant.
Sir Roger.
Où est ma fille Rose? Où est mon enfant?
Lincoln.
Où mon neveu Lacy s'est-il marié?
FlRK.
Je m'étais bien promis de me moquer de vous.
Lincoln.
Je te châtierai!
Tu puniras l'ouvrier, mais pas le cordonnier ! (Entre DODGER).
DODGER.
Milord, je viens vous apporter de mauvaises nouvelles. Votre neveu Lacy et votre fille Rose se sont mariés ce matin au Savoye ; nul n'était présent sauf la femme du lordmaire. J'apprends aussi, par des officiers, que le lordmaire entend les défendre contre tous ceux qui chercheraient à les désunir.
Lincoln.
Eyre le cordonnier prendrait-il leur parti?
FiRK.
Oui, seigneur. .Quand les cordonniers sont décidés à protéger une femme, je vous le garantis, rien ne les en empêcherait.
DoDGER.
Aussi bien. Sa Grâce dîne aujourd'hui avec le lord-maire. C'est à genoux qu'il implorera le pardon de votre neveu.
LmcoLN. ■ Je le préviendrai ! Venez, sir Roger Oateley. Le roi nous fera justice. Quelles que soient les mains qui les aient unis, je ferai casser le mariage, ou je veux perdre la vie t
{Ils sortent).
FlRK.
Adieu, monsieur Dodger ! Au revoir, messieurs les fous ! Ah ! ah! un peu plus, je les cinglais de mes railleries. 0 mon cœur ! Ma braguette est prête à s'envoler en morceaux chaque fois que je pense à mistress Rose! Mais laissons pisser le mouton, comme dit lady Mayoress !
HODGE
La cause est entendue. Viens, Ralph, rentre avec ta femme. Nous, les habiles cordonniers, irons retrouver notre maître, le nouveau lord-maire, et passerons joyeusement le mardi-gras. Il nous promet du vin, et Madge garde la cave!
Tous-
Madge est une brave femme !
FiRK.
Et de la nourriture aussi, puisque la naïve Suzanne surveille l'office. Sus aux victuailles, mes braves soldats ! Suivez votre capitaine... Ecoutez!
[Une cloche sonne).
Tons.
La cloche sonne les crêpes ! La cloche sonne les crêpes!
FiRK.
0 douce cloche ! 0 crêpes délicieuses ! Ouvrez les portes mes cœurs et fermez les fenêtres ! Qu'on fasse sauter les crêpes! Ah! mes cœurs! Dirigeons-nous ensemble, pour l'honneur de saint Hugh, vers le somptueux hôtel de Gracions Street que notre maftre, le nouveau lord-maire, a fait bâtir!
^ Ralph.
Bien des braves compagnons dîneront aujourd'hui aux frais du lord-maire !
HoDGE.
Par le ciel, mon lord-maire est un fameux homme ! Que les apprentis s'apprêtent à prier pour lui et aussi les gentlemen cordonniers ! Mangeons et engraissons-nous de la bonté de milord!
0 cloche harmonieuse! 0 Hodge ! 0 mes frères! Voilà de la ripaille pour les cieux ! Les pâtés de venaison vont et viennent fumants, comme des sergents ! Les quartiers de bœuf et les pains tranchés s'avancent dans des barils !