ACTE IV, SCENE IV Î
tête, maître Hoard ? En remercieras-tu jamais assez le ciel ? Supposes-tu possible de te trouver plus heureux ? Espères-tu encore des temps meilleurs? Non seulement te voilà pourvu d'une femme riche, mais heureuse ! Une femme riche, jeune, belle et sage. Quand je veille, je pense à ses terres, ce qui me rajeunit; quand je me couche, je songe à sa beauté et cela me suffit. Son cotillon représente quatre cents livres de rente, pour un homme qui saura les faire valoir. Nous parcourrons la province pour visiter nos terres, et les autres suivront. Mon frère et d'autres dignes gentlemen que j'ai envoyé chercher, nous accompcigneront avec leurs belles barbes, leurs longues casaques de velours, leurs chaînes d'or à deux ou trois rangs ! Cependant, je mettrai sur pied une dizaine de mes domes^ tiques en livrées ! A cette vue, — car nous passerons exprès devant sa porte, nous nous y arrêterons quelques instants, nous ferons caracoler nos chevaux sous ses fenêtres — mon rival deviendra si furieux qu'il se pendra de jalousie ?. [Entre UN SERVITEUR).
Quelles nouvelles, encore des gens qui m'offrent leurs services ?
Le Serviteur.
En effet, Monsieur, ils atlendent plusieurs à la porte, sollicitant qu'on les introduise Hoard.
Des gens capables de m'être utiles ?
Le Serviteur.
Oui, Monsieur.
Hoard.
C'est différent. Qu'ils entrent ! (Sort le Serviteur). Des gens à cheval galopant derrière moi en livrée bleue, avec des chapeaux jaunes ! Voilà qui le défrisera !
{Entrent UN TAILLEUR, UN BARBIER, UN FAUCON- NIER et UN PIQUEUR). Eh bien ! quel état exercez-vous ?
Le Tailleur.
Celui de tailleur, n'en déplaise à votre Seigneurie.
Hoard.
Tailleur? Très bien ! Vous me ferez les livrées ! Et vous?
^ Le Barbier.
Barbier.
Hoard.
Barbier ? Parfait ! Vous raserez toute la maison,, et an besoin, moissonnerez pendant l'été. Vous?
Le Pari'umedr.
Parfumeur.
HOARD.
Je le sentais ! Parmi les hommes, les parfumeurs sont particulièrement obligés de se conduire loyalement. S'ils commettent une fourberie, on les renifle vite. Et vous ? Le Fauconmer.
Fauconnier.
HOARD.
Sa ho ! Sa ho ! Sa ho ! Et vous ?
Le Piqueur.
Piqueur.
floARD.
Approche. A mon âge on peut se promettre encore de beaux jours. Je vous prends tou« à mon service. Vous porterez bientôt ma livrée. Vous spécialement, le fauconnier et le piqueur, nous vous utiliserons dans le manoir de ma femme. Vous y trouverez de beaux parcs et des lévriers. Nous pratiquerons tous les sports, et les gentilshommes de la contrée viendront nous distraire. Le Fauconnier.
Nous nous arrangerons de façon que tout le monde vous admire.
HoARD.
La chose ne sera pas difficile. Tailleur?
Le Tailleur.
Présent !
HoARD.
Occupe-toi de suite de mes livrées.
Le TAiUXBUR.
Bien, monsieur.
Barbier?
Présent.
HoARD.
Arrange-moi tous ces gens-là. Epouille-les bien? Surtout mon piqueur. Tailie-moi toutes ces barbes à la polonaise. Parfumeur?
Lk Parfumeur.
Je reste à distance de votre odorat, monsieur.
HoARr».
Répands des parfums sur tous ces gens-là, pour chasser l'odeur des pieds de mon tailleur, ei celle des iolioas de mon barbier.
Le Parfumeur.
Je n'y manquerai pas, monsieur.
Le Barbid.