‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 25 sur 250 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

La mort de son maître serait une bonne chose qui m'aiderait à supporter une mauvaise.

{Entre MOSCA).

Sois le bienvenu, Mosca, je devine ce qui t'amène.

MoSCA.

J'ai bien peur que non, monsieur.

CORVINO.

Il n'est pas mort?

Mosca.

Au contraire.

Il est sauvé?

Oui.

CoRvmo.

Mosca.

CoRvmo.

Je suis damné, ensorcelé! Toutes les mauvaises chances s'accumulent sur moi ! Comment a-t-il été sauvé?

MOSGA.

Par l'huile de Scoto. Corbaccio et Voltore lui en ont apporté tandis que je m'occupais autre part.

CORVINO.

Par la mort! Le damné saltimbanque! Sans la crainte de la loi, je tuerais le drôle ! Il est impossible que son huile renferme cette vertu? Ne l'ai-je pas connu, coquin vulgaire, jouant du violon dans une auberge, avec une drôlesse qui faisait la culbute et, quand il avait terminé ses tours, se trouvant bien content d'une pauvre cuillerée de vin tourné avec des mouches dedans? Cela ne peut pas être. Tous ses ingrédients sont du fiel de mouton, de la moelle de chienne rôtie, quelques perce-oreille bouillis, des chenilles écrasées, de la graisse de jeune chapon et de la salive de jeûne. Je les connais goutte par goutte. Mosca.

Je ne sais pas, monsieur. Mais il a suffi de quelquesunes, versées dans l'oreille, ou dans la narine, pour le sauver. Cela tient peut-être au mélange ?

CoRVINO.

Le diable soit du mélange!

Mosca.

Afin de montrer l'intérêt qu'ils portent à sa santé, ils ont, sans marchander, convoqué le Collège des médecins pour le consulter sur le moyen de le sauver tout à fait. L'un a conseillé un cataplasme d'épices; un autre un singe écorché qu'on lui appliquerait sur l'estomac ; un troisième, un chien; un quatrième, une huile étendue avec des peaux de chats sauvages. Enfin ils ont décidé que pour le remettre sur pied, le seul remède serait une

jeune femme, vigoureuse, sanguine, et qui, immédiatement appelée, coucherait avec lui. Avant de lui rendre ce service, que je regrette, et que je lui rendrai bien malgré moi, je viens prendre votre avis, à vous, le plus intéressé dans l'affaire. Pour tout au monde, je ne voudrais pas que cela pût gêner vos intentions d'où dépend mon sort. Si je ne leur obéis pas, ils m'accuseront devant mon patron de négligence et me nuiront dans sa confiance. Alors voilà toutes vos espérances, tous vos projets détruits. Voilà ce que je voulais vous dire, monsieur. D'ailleurs, ils sont tous là, se disputant à qui lui amènera le premier la femme en question. Je vous conseille, en quelque sorte, de prendre un parti. Arrivez avant eux si possible.

CoRVINO.

La mort de mes espérances ! Voilà bien ma mauvaise fortune! Le mieux serait de louer quelque fille publique. Mo se A.

J'y ai songé. Mais elles sont toutes malignes, remplies d'artifices... La vieillesse est confiante, facile à manier, on risque de mettre la main sur une coquine capable de se moquer de nous tous.

CORVINO.

Evidemment !

MOSCA

Mieux vaudrait une créature sans ruse, un petit être naïf, fait pour cela ; une donzelle sur laquelle vous auriez de l'autorité. Ne connaissez-vous pas quelque parente ? Pensez-y. Un des docteurs a offert sa fille.

Non ?

MoscA.

Si. Signor Lupo, le médecin.

CoRVINO.

Sa fille!

MoscA.

Et elle est vierge, monsieur. Je connais l'état du corps de mon maître. Je sais que rien, sauf la fièvre, ne peut réchauffer son sang; que nulle incantation ne serait capable de lui monter la tête; qu'une longue abstinence l'a privé de ses moyens. D'ailleurs, qui le saura? Une ou deux personnes...

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