‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 28 sur 250 · ACTE III, SCÈNE I i'ê · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I i'ê

Je me trompais sur ton compte. Pardonne-aioi et dis-ljioi ce dont il s'agit.

MOSCA

Cela vous concerne. Quoique, au premier abord, je vais avoir l'air de manquer au respect et à la gratitude que je dois à mon maître, je sais une chose, eu égard à l'amitié désintéressée que je vous porte et aussi l'horreur que m'inspire le mal, que je ne peux pas vous cacher. En ce moment votre père est en train de vous déshériter.

BONARIO.

Gomment!

MoSCA.

Et de vous écarter comme un simple étranger. C'est vrai, monsieur. L'affaire m'importe peu, mais je cède à l'intérêt que je ressens pour la bonté et la vertu, qualités qui abondent en vous ; j'agis donc par devoir et sans arrière-pensée.

BoNARIO.

Ce conte te fait perdre beaucoup de la confiance que tu m'inspirais tout à l'heure. Cela est impossible! Je ne peux pas arriver à croire que moû père se montre à ce point dénaturé !

Votre confiance convient à votre piété ; il faut sans doute l'attribuer aussi à votre innocence; c'est pourquoi le tort que l'on cherche à vous faire ne m'en semble que plus monstrueux et plus détestable. Eh bien, monsieur, je vais vous en apprendre davantage. A cet instant même où je vous parle, c'est fait ou ça va être fait. Si vous voulez bien venir avec moi, je vous conduirai dans un endroit, je n'ose pas dire où vous verrez, mais où votre oreille sera témoin qu'on vous taxe de bâtardise et vous accuse d'être on ne sait comment sur terre.

BoNAPvIO.

Je demeure stupéfait!

MoSCA.

Monsieur, si je ne fais pas ce que je vous dis, tirez votre épée et inscrivez votre vengeance sur mon front; marquez-moi comme un vilain. L'injure que l'on vous réserve est trop sanglante et j'en souffre pour vous, monsieur! Mon cœur pleure du sang, tant mon angoisse est grande.

BONARIO.

Va devant, je te suis !

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