‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 31 sur 250 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Lady Politick.

De la soie brûlée et de l'ambre. Vous avez du bon muscat à la maison...

Voulez-vous en boire avant de partir?

Lady Politick.

Non, n'ayez pas peur. Ne pourrions-nous pas nous procurer du safran anglais ? La moitié d'un grain suffirait. Seize clous de girofle, un peu de musc, de la menthe séchée, de la buglose, de la farine d'orge... VoLPONE, à part.

Elle recommence ! Avant sa venue je feigrfais d'être malade, maintenant je le suis,

Lady Politick.

Le tout appliqué avec un morceau d'étoffe rouge.

VoLPONE, à part.

Uu autre flot de paroles ! Un torrent !

Lady Politick.

Faut-il, monsieur, vous mettre un cataplasme?

VoLPONE.

Non, non! Je me sens très bien, vous n'avez donc plus rien à me prescrire.

Lady Politick.

J'ai un peu étudié la médecine. A présent je suis toute à la musique, excepté l'après-midi; je consacre alors une heure ou deux à la peinture. J'estime qu'une lady doit avoir des lettres, s'y connaître en art, être capable de parler, d'écrire, de peindre, mais le principal, comme le dit Platon et aussi le sage Pythagore, c'est la musique. Quel ravissement, quand il y a accord entre le visage, la voix et le costume ! C'est vraiment le plus bel ornement de notre sexe.

VoLPONE.

Un poète aussi vieux que Platon et aussi savant, dit que le plus bel ornement de la femme est le silence. Lady Politick.

Quel est ce poète ? Pétrarque, Tasse ou Dante ? Guarini ? L'Arioste? L'Arétin? Cieco di Hadria? Je les ai tous lus. VoLPONE, à part.

Tout est pour moi une cause de destruction !

Lady Politick.

Cela me fait penser que j'ai deux ou trois de ces auteurs sur moi.

VoLPONE, à part.

Le soleil, la mer, s'arrêteront plutôt que sa langue éternelle. Rien ne peut l'immobiliser!

Lady Politick.

Voici le Pastor Pido...

VoLPOiNE, à part.

Ne plus répondre, c'est je crois ce qu'il y a de mieux à faire.

Lady Politick.

Tous nos écrivains anglais, je parle de ceux qui ont le bonheur déparier italien, daignent faire de nombreux emprunts à cet auteur, presque autant qu'à Montaigne. Il a une verve moderne et facile, convenant à l'époque et caressant l'oreille des courtisans. V'otre Pétrarque est plus passionné; à l'époque où l'on écrivait des sonnets, on s'en est beaucoup inspiré. Dante est difficile, peu de gens sonl capables de le comprendre. Mais un esprit désespérant c'est l'Arétin. Seulement ses peintures sont obscènes... Vous ne m'écoutez pas?

VoLPONE.

J'ai l'esprit troublé.

Lady Politick.

En pareil cas nous devons nous soigner nous-mêmes. Faites appel à votre philosophie...

VûLPO.NE.

Malheur de moi!

Lady Politick.

Quand nos passions se rebellent il faut leur opposer la raison, ou les détourner en les transformant en une autre humeur offrant moins de danger. Comme on le fait dans les corps politiques, rien ne bouleverse plus le jugement, n'obscurcit plus la compréhension, que de s'entêter, se fixer sur un seul objet. De même l'incorporation des choses extérieures, dans la partie que nous appelons mentale, laisse une sorte de matière fécale qui arrête les organes et, pour me servir de l'expression de Platon, assassine nos connaissances.

VoLPONE, à part.

A présent, esprit de patience, viens à mon aide ! Lady Politick.

Sur ma foi, jeviendrai vous voir plus souvent. Cela vous fera du bien. Il faut rire pour prendre de l'embonpoint. VoLPOXE, à part.

Mon bon ange, secours-moi!

Lady Politick.

Il n'y a qu'un seul homme au monde avec lequel j'ai toujours sympiathisé. Il restait souvent, trois, quatre heures à m'entendre parler. Quelquefois il se sentait tellement empoigné qu'il lui arrivait de répondre à côté du sujet, comme vous. Vous êtes absolument comme lui. Je

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