ACTE .iV, SCENE I
Peregrine.
Excepté vous?
Sir Politick.
Je poursuis. Dans ces conditions j'avertis l'Etat à quel" point il conviendrait que nul (sauf les bons patriotes connus, ceux qui aiment véritablement leur pays) ne pût introduire des briquets dans sa maison ; encore faudrait-il qu'ils fussent estampés par quelque office, et assez volumineux pour qu'on ne les dissimulât pas dans une poche. Peregrine.
Admirable !
Mon second projet a pour but de m'enquérir, d'une façon indéniable, si un bateau nouvellement arrivé de Soria ou de quelque autre contrée suspecte du Levant, est infesté de la peste. D'habitude on les garde quarante, quelquefois cinquante jours dans les environs d'un lazaret pour s'en rendre compte. Je sais le moyen d'éviter cette obligation, une perte pour les marchands, et de rendre l'examen décisif en une heure.
Peregrine.
Vraiment ?
Sir Politick.
Au cas contraire j'aurais perdu ma peine.
Peregrine.
Ce serait dommage.
Sir Politick.
Ecoutez-moi bien. Cela me coûtera peut-être trente livres d'ognons.
Peregrine .
Ce qui équivaut à une livre sterling.
Sir Politick.
J'ai en outre la machine hydraulique. Car il m'en faut une. Je mets notre bateau entre deux murs de briques construits à la charge de l'Etat. Sur l'un de ces murs, j'attache une grosse toile goudronnée sous laquelle je place mes ognons coupés en deux; Tautie mur est percé de meurtrières par lesquelles passent des becs de soufflets, soufflets, grâce à ma machine hydraulique, mis continuellement en mouvement. Rien de plus facile. L'ognon attire naturellement l'infection. Les soufflets envoyant l'air sur eux, il suffira de constater s'ils changent de couleur pour s'assurer s'il y a contagion. Dans le cas contraire ils demeurent aussi sains qu'auparavant. Quand on le sait, ce n'est rien:
Peregrine.
Vous avez raison, monsieur.
Sir PcLiTiCK.
Je regrette de n*avoir pas mes notes.
Peregrxxe.
Moi aussi. Mais en voilà assez.
Sir Poutick.
Si j'étais un traître; ou si je voulais le devenir, je vous montrerais comment vendre l'Etat aux Turcs, en dépit de leurs galères, ou de... Mais j'ai oublié mes notes. [H cherche dans ses poches).
Peregrine.
.le crains que ce ne soit ce livre...
Sir Politigk.
Non, ce livre est le carnet sur lequel je couche mes observations quotidiennes.
Peregrine.
Voulez-vous me permettre? Qu'est-ce que cela? (Lisant). « Notandum : un rat a grignoté le cuir de mes éperons. Néanmoins j'ai acheté un cuir neuf et suis sorti quand même. J'ai jeté trois fèves sur le seuil. Jiem. J'ai acheté deux cure-dents, dont un que j'ai immédiatement brisé en disputant avec un marchand hollandais à propos d'une raison d'Etat. En le quittant j'ai payé un moccinigo pour qu'on mit une pièce à mes Las de soie. En chemin, marchandé des éperlans. Uriné devant Saint-Marc. » Voilà des notes politiques?
Sir Politigk.
Je n'accomplis pas une action dans ma vie, sans la noter.
Peregrine.
Une sage habitude.
Sir Politigk.
Continuez de lire.
{Entrent, à distance LADY POLITIGK WOULD-BE, NANO et DEUX FEMMES DE CHAMBRE).
Lady Politigk.
Où trouverons-nous mon chevalier? Sûrement il est rentré chez lui.
Nano.
Alors il est fastK
Lady Politigk.
Il joue un double jeu avec nous. Demeure, je te prie. Cette chaleur échauffe mon teint plus que ne le mérite son cœur. Je me soucie peu qu'A se moque de moi, mais
1. Le jeu de primero consistait a piquer sur une table une jarretière enroulée. Si on pouvait l'enlever le joueur était loose, sinon on le déclarait fast.