‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 5 sur 250 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

que tu dis est vrai et ce sont les envieux qui t'appellent parasite. Va me chercher mon nain, mon eunuque, mon fou, afin qu'ils me divertissent.

(Sort Mosca).

Que puis-je faire, sinon choyer mon génie et profiter librement de tous les avantages.que peut me procurer la fortune? Je n'ai ni femme, ni parent, ni enfant, ni alliés à constituer comme héritiers. Héritera qui je choisirai. C'est pourquoi les gens ont l'œil sur moi, pourquoi de nouveaux visiteurs aifluentjournellement dans ma maison, hommes et femmes de tout âge, m'apportant des présents, m'envoyant de la vaisselle d'argent, de l'argent monnayé, des bijoux, dans l'espérance, lorsque je mourrai, (ce qu'ils attendent impatiemment), que je leur retourne dix fois plus qu'ils ne m'auront donné. D'autres, plus intéressés encore, cherchent à ra'accaparer et luttent entre eux à qui me comblera le plus de cadeaux et me donnera le plus de preuves d'affection. Je les laisse faire, m'amusant de leurs espérances, en tirant tout le profit possible, entretenant leurs tendresses. Je les tiens tous dans la main, laissant la cerise effleurer leurs lèvres, pour la leur retirer aussitôt de la bouche. Eh bien?

(ile«<reMOSCAaoecNANO,ANDROGYNOe<CASTRONE).

Nano.

Maintenant, place pour ces nouveaux joueur?. Us ne vous apportent ni pièce de théâtre, ni représentation comme on en donne dans les Universités. Ils vous supplient donc, quel que soit le récit, de ne point trop éplucher la cadence de leurs vers. Si cela vous étonne, vous serez plus étonné encore d'apprendre que dans le corps d'Androgyno est enfermée l'âme dePythagore, ce jongleur devin, comme vous le verrez par la suite, laquelle âme vint d'abord d'Apollon, puis fut insufflée dans Aethalides, fils de Mercure, où elle acquit la faculté de rappeler tout ce qui avait été fait. Elle quitta Aethalides et alla aussitôt se loger chez Euphorbus aux cheveux d'or, qui fut tué de belle façon au siège de la vieille Troie par le cocu de Sparte. Elle se réfugia ensuite (je trouve cela dans ma charte) chez Hermolinus. A peine y était-elle qu'elle demanda asile à un Pyrrhus de Délos qui lui apprit à pécher. De là nous la retrouvons chez le sophiste de Grèce. Abandonnant Pythagore en faveur d'un joli morceau, Aspasie la courtisane, elle passa dans le corps d'une autre catin, pour s'agiter dans un philosophe, Cratès le cynique, comme elle le raconte. Depuis, des rois, des chevaliers, des mendiants, des esclaves, des lords,

des fous l'ont enfermée; puis des bœufs, des ânes, des chameaux, des mules, des boucs, des blaireaux, où elle s'est complue à parler comme le coq du savetier'. Mais je ne suis pas venu pour discourir sur cette matière, sur son un, deux, trois, son grand serment par quatre, sa musique, son trigone, sa cuisse d'or, son discours sur la rotation des éléments 2, mais pour te demander comment tu as supporté ta dernière transformation et si tu as changé de vêtement dans ces jours de réformation? Androgyn'o.

Je me suis habillé en réformé, autant dire en fou, ainsi que vous le voyez, considérant toutes les vieilles doctrines comme des hérésies.

Nano.

N'as-tu jamais risqué des mets défendus par ton matîre ?

AXDROGYNO.

J'ai d'abord mangé du poisson quand je suis entré chez les Chartreux,

Nano.

Pourquoi alors as-tu renoncé à ton silence dogmatique?

A.N'DROGYNO.

Un avocat turbulent l'a voulu.

Nano.

0 changement qui stupéfie I Quand le sieur avocat t'at-il chasse? Pour l'amour de Pythagore, quel corps as-tu alors habité?

An'drogyno.

Celui d'une bonne mule.

Nan'O.

De la façon tu pouvais manger des fèves?

Androgyno.

Oui.

Nano.

De la mule, où as-tu passé?

Androgyno.

Dans une bête tout à fait étrange, quelques écrivains l'appellent un âne; d'autres un frère précis, pur, illuminé, de ceux qui mangent de la viande et quelquefois se dévorent entre eux; de ceux qui publient des libelles, colportent des mensonges sanctifiés entre chaque cuillerée de pâté de la Nativité 3.

Nano.

Maintenant, par le ciel, assez de cette notion profane et parlons de la transmigration qui suivit.

d. Dialogues de Lucien.

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