Christmas Pie
\ ACTE I, SCENE I t
Androgyno.
J'haUtai le corps où je suis encore. .
Nano.
Un corps de délices, valant mieux que celui d'antan, le corps d'un hermaphrodite I Maintenant, dis-moi, chère âme, parmi '.ous ces changements quel corps choisiraistu s'il fallait t'y fixer?
And~,ogyno.
Celui que j'habite. Je vjudrais même n'en plus changer.
Nano.
Parce que tu peux jouir à la fois du plaisir de chaque sexe.
Androgyno.
Hélas I Ces p' xisirs sont vieillis et abandonnés! Je'me félicite d'être l'âme d'un fou, la seule créature que je puisse qualifier de bénie, car les autres formes ne m'ont pas porté bonheur.
Nano Parle franchement, comme si tu habitais toujours le corps de Pythagore. Nous célébrerons cette savante opinion, camarade eunuque, comme il nous convient, avec tout notre esprit et tout notre talent, pour dignifier des membres spéciaux de la fraternité.
VOLPONE.
Hé bien! hé bien! Mosca, cela est-il de toninveation?
MOSCA
Oui, s'il plaît à mon patron.
Cela me plaît, mon bon Mosca.
MoscA.
En ce cas, j'en suis bien l'auteur.
Nano et Castrone, chantant.
Les fous sont la seule nation
Digne de l'envie et de l'admiration des hommes.
Libres de tout souci, de tout chagrin,
Ils sont heureux et rendent heureux les autres.
Tout ce qu'ils disent est d'or.
Le fou est le préféré de nos grands hommes,
L'amusement et le plaisir de nos dames.
Une langue et une marotte sont ses trésors.
Sa figure provoque la gaîté
Et il peut s'exprimer franchement sans qu'on l'en blâme.
C'est la grâce de toute fcle.
C'en est quelquefois le principal convive.
Il a son couteau et son tabouret
Quand il a de l'esprit.
Oh ! qui ne voudrait être fou ?
Lui, lui, lui!
10 VOLPONE OU LE RExNARD
{On frappe au dehors).
VoLPONB.
Qu'est cela? Sauvez-vous I
{Sortent Nano et CastreAe).
Va voir, Mosca. Fou, retire-toi.
{Sort Ândroçfyno).
Mosca.
C'est le signor Voltore, l'a, ^cat. Je le réconnais à sa façon de frapper.
VOLPO.N'B.
Va me chercher ma robe, mes fourrures et mon bonnet de nuit. Dis-lui que je me lève et laisse-le se morfondre un peu dans la galerie.
{So. ' Mosca).
Mes clients commencent leurs visites. Va tours, milans, corbeaux, corneilles, tous les oiseaux de proie qui espèrent me réduire à l'état de carcasse, s'abattent sur ma demeure. Je ne suis pas encore pour eux. {Rentre MOSCA, portant la robe, etc.).
Quelle nouvelle?
Mosca.
Une pièce d'argenterie, monsieur.
VoLPONE.
Importante?
MoscA.
Enorme, massive, ancienne, avec votre nom inscrit et vos armes gravées.
VOLPOiXE.
Dieu! Il aurait dû faire graver aussi un renard s'étirant avec une apparence trompeuse et se moquant d'un corbeau à la bouche ouverte !
MoscA.
La plaisanterie est subtile, monsieur.
Donne-moi ma fourrure. {Il met sa robe de malade). Pourquoi ris-îu?
Mosca.
Je ne puis m'en empêcher, monsieur, en songeant à ce qu'il doit penser en marchant de long en large. Il se demande si ce n'est pas le dernier cadeau à l'aide duquel il cherchera à vous séduire. Si vous mouriez aujourd'hui après lui avoir tout laissé, qu'adviendrait-il de lui demain? Comme il se sentirait récompensé de toutes ses avances ; comme il deviendrait digne et honoré ! Il caracolerait avec ses fourrures et ses housses de pied, escorté d'un troupeau de fous et de clients ; on s'écarterait devant sa mule aussi lettrée que lui-même. On l'ap-