‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 51 sur 250 · ACTE IV, SCÈNE II 8ë · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II 8ë

Que ses plaintes n'en imposent pas à Vos Sagesses. Au-

-jourd'hui même elle prenait à l'hameçon un étranger, un

grave chevalier, avec ses regards agaçants et ses baisers

plus licencieux encore. Cet homme les a surpris ensemble

sur l'eau, dans une gondole,

MOSCA

Ici est la dame qui les a vus débarquer, et les a poursuivis dans les rues pour sauver l'honneur de son chevalier.

Premier Avocat.

Faites comparaître la dame.

{Sort Mosca).

Quatrième Juge.

Tout cela est stupéfiant!

Troisième Jdge.

J'en demeure pétrifié !

{Rentre MOSCA avec LADY-POLITIGK VOULD-BE) MoscA.

Du courage, madame.

Lady Politick, regardant Celia, Oui, c'est bien elle. Arrière, prostituée ! Tes yeux rivalisent de larmes avec les hyènes! Oses-tu regarder mon visage indigné? Je vous demande pardon d'avance d'avoir oublié la réserve que je dois à la dignité de la Cour!... Deuxième Juge.

Non, madame.

Ladt Politick.

D'avoir dépassé...

Rien du tout, madame.

Quatrième Juge.

Les preuves sont concluantes.

Lady Politick.

Sûrement, je n'avais pas l'intention de scandaliser Vos Honneurs ou les personnes de mon sexe.

Troisième Juge.

Nous vous croyons.

Ladt Politick.

Vous pouvez sûrement m'en croire.

Deuxième Juge C'est ce que nous faisons.

Lady Politick.

Vous avez raison. Je n'ai pas été assez mal élevée...

Quatrième Juge.

Nous le savons.

Lady Politick.

Pour offenser arec insistance...

Troisième Jiîge.

Madame...

Ladt Politick.

Une pareille assemblée. Certainement.

Premier Jdge.

Nous vous croyons.

Lady Politick..

Vous le pouvez.

Premier Juge.

Ne l'interrompez plus. (A Bonario). Quels témoins avezvous pour rendre solide votre accusation?

BoNARlO.

Nos consciences.

Celia Et le ciel qui n'a jamais abandonné l'innocence!

Quatrième Juge.

Ce ne sont pas là des témoignages.

Bonario.

Dans vos Cours de justice où la multitude et les clameurs l'emportentl

Premier Jdge.

Vous devenez insolent !

(Entrent LES OFFICIERS portant VOLPONE sur un lit).

Voltore.

Voici le témoignage qui doit vous convaincre et condamner au silence ces langues audacieuses! Examinez, graves Pères, voici le ravisseur, le débaucheur de femmes, l'imposteur, le voluptueux! Ne pensez-vous pas que ces membres doivent, en effet, se complaire aux plaisirs de Vénus? ces yeux convoiter une concubine? Ces mains ne sont-elles pas faites pour jouer avec des poitrines de femmes? Peut-être dissimule-t-il ?

BOXARIO.

Certainement.

Voltore.

Voulez-vous qu'on le metft à la torture?

Bonario.

Je voudrais qu'on le mit à l'épreuve.

Voltore.

Eprouvez-le avec des aiguillons, des fers brûlants, menez-le à l'estrapade. J'ai entendu dire que la roue guérissait la goutte. Mettez-le donc sur la roue pour soulager ses maux! Montrez-vous courtois. Je démontrerai à plusieurs de ces honorables Pères, qu'il lui restera encore

Page 1