‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 7 sur 250 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

pellerait le grand avocat, d'où il tirerait cette conclusion qu'il n'y a rien d'impossible.

VOLPONE.

L'impossible c'est qu'il soit savant.

MOSCA

Bah 1 II serait riche et c'est le principal. Couvrez un âne d'une pourpre imposante; il vous suffira de dissimuler les deux oreilles ambitieuses et le voilà passé docteur de cathédrale 1

VOLPONE.

Mon bonnet, mon bonnet, Mosca. Introduis notre homme.

Mosca.

Attendez, monsieur; votre onguent pour les yeux.

Tu as raison, dépêche-toi ! Il me tarde d'entrer en possession de mon nouveau présent.

Mosca.

J'espère que vous en recevrez beaucoup encore...

VOLPONE.

Merci, mon bon Mosca.

MoscA.

Quand je serai poussière et qu'une centaine d'autres m'auront succédé.

VOLPONE.

Tu exagères, Mosca.

Mosca.

Vous vivrez assez longtemps pour abuser ces harpies.

VoLPONE.

Mon cher Mosca! Bien. Mon oreiller. Tu peux le faire entrer.

{Sort Mosca).

Maintenant feignons la toux, la phtisie, la goutte, l'apoplexie, la paralysie et le catarrhe. Venez à mon secours, vous qui, depuis trois ans, entretenez leur espérance ! Le voici ! Je l'entends! {Toussant). Eum\ Hum! Oh!

{Rentre MOSCA, introduisant VOLTORE, qui tient un plat d'argent).

Mosca.

Vous n'avez pas avancé d'un pas, monsieur. Seulement il vous aime plus que les autres, et vous manœuvrez comme un homme sage en l'entretenant dans ce sentiment par des visites matinales, des preuves d'affection, lesquelles, je le sais, ne peuvent qu'augmenter sa gratitude. Monsieur! Patron ! C'est le signor Voltore. VoLPONE, faiblement.

Qu'est-ce que vous dites?

MOSCA

Le signor Voltore vient ce matin vous rendre Tisite.

VOLPONE.

Je l'en remercie.

MoscA.

Il vous apporte un plat ancien, acheté à Saint-Marc et qu'il vous prie d'accepter.

VOLPONE.

11 est le bienvenu. Dis-lui de venir plus souvent.

MoscA.

Oui.

Voltore.

Que dit-il ?

ilosCA.

11 vous remercie et désire que vous reniez plus souvent.

VoLPONE.

Mosca !

MoscA.

Patron?

VoLPONE.

Dis-lui d'approcher. Où est-il? Il me tarde de lui serrer la main.

MoscA.

Le plat est là, monsieur.

Comment ça va-t-il?

VoLPONE.

Je vous remercie, signor Voltore. Où est le plat? J'ai les yeux bien malades.

Voltore, lid mettant le plat entre les mains. Je suis désolé de vous trouver encore aussi faible 1

MosGA, à part.

C'est-à-dire qu'il ne le soit pas davantage.

VoLPONE.

Vous êtes trop généreux.

Voltore.

Non, monsieur. Plût au ciel que je pusse vous donner la santé comme je vous donne ce plat!

VoLPONE.

Vous donnez ce que vous pouvez. Je vous remercie. Je ne demeurerai pas un ingrat devant une telle preuve d'amitié. Je vous en prie, venez souvent me voir. Voltore.

Je vous le promets.

VoLPONE.

Ne vous tenez pas si éloigné de moi.

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