‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 8 sur 250 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

MOSCA

Entendez- vous, monsieur ?

VOLPONE.

Ecoutez-moi encore. Il s'agit de vous.

Nous êtes un homme heureux, monsieur. Appréciez votre cîiance.

VoLPONE.

Je ne peux plus maintenant vivre longtemps...

MoscA.

Vous êtes son héritier, monsieur.

VOLTORE.

Tu crois?

VoLPONE.

Je sens que je m'en vais ! Oh ! oh ! oh ! oh ! Je fais voile vers le port! Oh! oh! oh! oh! Et je me réjouirai d'y toucher.

MOSGA.

Hélas! mon bon monsieur! Tous nous devons partir...

VoLTORE.

Mais, Mosca...

MoSCA.

L'âge est notre maître...

VoLTORE.

Je t'en prie, écoute-moi. Tu es siir que je suis son héritier?

MoscA.

Si vous l'êtes? Je vous en prie, monsieur, inscrivez-moi parmi les gens qui vous servent! Toutes mes espérances dépendent de votre honneur ! Je suis perdu si le soleil levant ne brille pas sur moi!

Il brillera, Mosca, et te réchauffera de ses rayons. Mosca.

Monsieur, je suis un homme qui n'a encore rien fait pour gagner votre reconnaissance. Je porte vos clefs, je sais où sont vos cassettes et vos coffres fermés, je tiens l'inventaire de vos bijoux, de votre argenterie, de votre argent, je suis votre intendant et je surveille vos biens.

VoLTORIv.

Mais suis-je le seul héritier?

Mosca.

Sans un concurrent, monsieur. Il le confirmait ce matin. La cire est encore chaude et, sur le parchemin, c'est à peine si l'encre a eu le temps de sécher.

14 YOLPOiNE OU LE RENARD

VOLTORE.

Quel bonheur pour moi! Mais, mon cher Mosca, quel hasard me vaut cela?

Mosca.

D'abord rotre mérite. J'ignore la seconde raison.

VoLTORE.

C'est ta modestie qui t'empêche de la connaître. Elle aura sa récompense.

Mosca.

Il a toujours aimé vos façons, monsieur. Quand je suis entré à son service, je l'ai souvent entendu exprimer son admiration pour les hommes de votre belle profession, capables de défendre, jusqu'à l'enrouement, toutes les causes, fussent-elles les plus contraires, et par simple amour de la justice ; les hommes qui, comme vous, avec une étonnante souplesse, vont et viennent, font et défont, donnent des conseils à deux fins, acceptent l'or qui les tente et l'empochent. Pour sa part, il s'estimerait béni du ciel s'il pouvait faire son héritier un de ces esprits patients, sages, graves, possédant une langue à la fois si embrouillée et si bruyante, qui ne risquent pas un mot, pas même un mensonge, sans honoraires, et pour qui chaque parole tombée représente un sequin. [On frappe au dehors). Qui est là? On frappe! Il ne voudrait pas que Ton vous vit, monsieur... Vous pouvez pourtant être venu en passant, à la hâte... Oh, monsieur, quand vous nagerez dans ce lard de l'or, quand vous aurez du miel par-dessus les épaules, lorsque votre menton se haussera pour en éviter le flot, pensez à votre vassal et souvenez-vous de moi. Je n'aurai pas été le moins bon de vos clients.

VoLTORE.

Mosca...

Mosca.

Voulez-vous parcourir l'inventaire? voir une copie du testament? Avant peu, je vous les apporterai. Maintenant, partez et prenez l'attitude d'un homme affairé.

[Sort Yoltore).

VoLPONE, se levant.

Excellent Mosca ! Viens que je t'embrasse !

Mosca.

Reprenez votre position, monsieur, voici venir Corbaccio.

VOLPONE.

Cache le plat. Après le vautour, le corbeau!

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