ACTE I, SCÈNE I
MOSCA
Reprenez votre silence et continuez de dormir. {Mettant le plat avec les autres richesses). Demeure et multiplie! Maintenant nous allons voir un homme plus malade que celui qui feint de l'être et qui pourtant espère gambader sur son tombeau...
{E7ilre CORBACCIO).
Signor Corbaccio, vous êtes le bienvenu.
CORBAGCIO.
Comment va le patron ?
jVIosca, Comme hier. 11 n'y a pas de mieux.
Corbaccio, qui est un peu sourd.
Il va mieux?
MOSGA.
Oh! non, monsieur! Plutôt plus mal.
Corbaccio.
Bien. Où est-il?
Mosca.
Sur son lit»; il vient de s'endormir.
Corbaccio.
Dort-il bien ?
Mosca.
Non, monsieur, ni cette nuit, ni hier. Il sommeille à peine.
Corbaccio.
Bon. Il devrait consulter des médecins. Je lui apporte une potion opiacée de la part de mon docteur. Mosca.
Il ne veut pas entendre parler de drogues.
Corbaccio.
Pourquoi? Celle-ci a été faite devant moi, je sais de quoi elle se compose, et qu'elle ne peut qu'apporter une amélioration. Sur ma vie, ce n'est que pour lui procurer un peu de sommeil.
VoLPONE, à part.
Oui, le dernier sommeil, si je la prenais!
Mosca.
Monsieur, il n'a pas confiance en la médecine.
Corbaccio.
Tu dis?
Mosca.
Il n'a pas confiance en la médecine. Il estime que la plupart de vos docteurs sont un danger plus grave que la maladie. Je l'ai souvent entendu répéter qu^n médecin ne serait jamais son héritier.
CORBACCIO.
Je ne serai jamais son héritier?
MOSCA
Je parle de votre médecin, monsieur.
CORBAI.CIO.
Je n'ai jamais fait allusion à lui.
MoSCA.
Il ne peut pas digérer leurs médecines. Il dit qu'ils écorchent un homme avant de l'avoir tué.
CORBACCIO.
Bien. Je comprends.
Et qu'ils agissent ainsi, sachant très bien ce qu'ils font, car non seulement la loi les absout, mais les récompense. Or il lui répugnerait de vendre sa vie.
CORBACCIO.
En effet, Ils ont pour vous expédier autant de licence;:qu'un juge.
MoscA.
Plus! Le juge ne tue que lorsque la loi condamne, tandis que le médecin peut tuer le juge.
CoRBACCrO.
Le juge, moi, tout le monde. Comment va son apoplexie? S'en ressent-il encore?
MoscA.
Plus violemment que jamais. Sa parole est saccadée, son regard fixe, sa figure s'allonge de plus en plus.
CORBACCIO.
Bien.
MoSCA.
Sa bouche est toujours béante et ses paupières tombent.
CORBACCIO.
Bon.
MoscA.
Un -engourdissement glacial raidit ses membres et rend sa chair t:ouleur de plomb.
CORBACCIO.
Bien.
MOSGA.
Son pouls bat lentement-
COHBACCIO.
Bons symptômes.
MoscA.
Et de sa cervelle...
C0RBA.CC10.
Je vous entends. Bon.