‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 85 sur 250 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Barabas.

Ils me permettront bien encore une fois, je suppose, ie rentrer chez moi ?

ÂBIGAÏL.

N'y comptez pas. J'ai laissé le gouverneur mettre des nonnes à ma place. De la maison ils ont l'intention de Paire un couvent où, sauf les femmes, nul ne pourra 3ntrer.

Barabas.

Mon or! Mon or! Mon or et tout le reste parti! deux, si vous êtes impartiaux, ai-je mérité un pareil châtiment? Etoiles mauvaises, conspirez-vous contre moi au point de me désespérer dans ma pauvreté? Sachant combien je supporte mal la détresse, me croyez-vous assez fou pour me pendre moi-même, m'évaporer de cette terre sans laisser un souvenir de ce que j'étais? Non! je veux vivre; et puisque, après m'avoir ainsi jeté à la mer, vous me réduisez à couler ou à nager, puisqu'il faut que je prenne un parti, je rentrerai en possession de moi-même! Fille, tu vois dans quelle situation m'ont mis ces Chrétiens? Laisse-toi guider par moi, car dans l'extrémité où nous sommes nous n'avons pas le choix.

Abigaïl.

Que ne ferait pas Abigaïl pour venger votre injure!

Barabas.

Bien, Tu me dis qu'ils ont transformé ma maison en an couvent et que des nonnes y sont déjà installées? Abigaïl.

Oui.

Barabas.

Alors, Abigaïl, ma fille, il te faut supplier la supérieure de te prendre avec elle.

Abigaïl.

Comme nonne ?

Barabas.

Comme nonne. Sous le couvert de la religion, on dissimule bien des méfaits.

Abigaïl.

Mais, en pareil lieu je serai suspecte.

Barabas.

Laisse-les te suspecter, mais conduis-toi de façon à ce que l'on croie à ta conversion. Supplie-les, parle-leur 2;entiment, laisse-leur supposer que tu es une grande coupable et elles te recevront dans leur sein. Saurai-je dissimuler à ce point?

Bâràbas.

Tu dissimuleras d'autant mieux que tu agiras contre tes convictions. Une profession de foi simulée vaut mieux qu'une hypocrisie cachée.

Abig.û'l.

Soit. Une fois en place, que ferai-je?

Barabas.

Je connais une cachette sous le plancher de la chambre supérieure, renfermant l'or et les joyaux que je gardais pour toi. Les voici qui viennent. De l'adresse, Abigaïl. Abigaïl.

Venez avec moi.

Barabas.

Non. En la circonstance mieux vaut que je ne paraisse pas et que l'on croie que ta décision m'offense. De l'adresse, mon or est à ce prix!

{Ils sortent).

{Entrent FRÈRE JACOiMO, FRÈRE BERNARDIN, L'ABBESSE et UNE NONNE).

Jacomo.

Mes sœurs, nous voici presque arrivés au nouveau couvent.

L'Abbesse.

Tant mieux, car nous n'aimons pas que l'on nous voie. Trente longs hivers se sont passés depuis que nous nous dissimulons dans la foule.

Jacomo.

Vous vous trouverez très bien dans cette maison transformée en couvent.

L'Abbesse.

Puissiez-vous dire vrai ! Qui vient là ? {Entre ABIGAÏL).

Sainte Abbesse, et vous, heureuses tutrices des vierges, ; prenez en pitié l'état d'une malheureuse jeune fille ! L'Abbesse.

Qui es-tu?

Abigaïl.

La fille désespérée d'un malheureux Juif, le Juif de;

Malte, l'infortuné Barabas, autrefois possesseur d'une,

riche maison que l'on vient de transformer en couvent.

L'Abbesse.

Bien, ma fille. Que nous veux-tu ?

Abigaïl.

Craignant que la douleur que ressent mon père né pèche contre la foi, je voudrais passer ma vie dans I^

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