S VIE N N E T
je l'ai lue avant-hier chez le duc de M***. Tout le monde a pleuré, tout le monde, je vous l'affirme. Eh bien, je l'ai lue hier à la Comédie Française, et tout le monde a ri! Comprenez-vous cela? Je veux que vous en écoutiez vous-mêmes la lecture, afin d'avoir votre sentiment. Voltaire, après tout, n'était pas un sot, messieurs, et il ne savait pas faire de comédies. A la rigueur il se pourrait donc que je n'eusse pas le génie tragique. Soyez mes juges, et venez demain matin déjeuner chez moi. Vous entendrez mes vers.
Ils promirent de s'y rendre.
Mais le coup d'œil qu'ils échangèrent entre eux laissait voir que la promesse
tait dénuée de franchise.
Le lendemain, pas un seul ne se trouvait au rendez-vous.
Chacun aurait cru payer son écot trop cher.
En sorte que l'infortuné Jean-Pons, faute déjuges compétents, en est à se demander encore aujourd'hui :
— Suis-je un tragique ou un comique '.'
A sa place, nous saurions parfaitement que répondre. Toutes les queues-rouges ne sont pas au théâtre,
Et Jocrisse, parfois, se promène à la ville.
Un autre jour, au foyer de l'Opéra, devant Merle et plusieurs autres journalistes, M. Viennet, se posant en orateur, et voulant démontrer à ces messieurs < pi' i 1
n'était point un écrivain de la veille, leur apprit qu'il cultivait déjà les belles-lettres au milieu des camps, ni plus ni moins que Polybe, Xénophon et le poëte allemand Kœrner, qui se battit contre les Français.
— A Lui zen, dirait Jean-Pons, je portais sur moi mes tragédies à'Arbogasle et de h Mort de César.
— Quel surcroît de bagages ! murmura perfidement un des journalistes.
Yiennet n'entendit point ou fit la sourde oreille.
— Une balle, continua-t-il, vint me frapper en pleine poitrine. Elle se perdit dans les feuillets de mes manuscrits, et le lendemain je la retrouvai au milieu de la
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