CHRONIQUE
que MM. Barni, Vacherot et Despois peuvent venir frapper à notre porte et nous demander, afin d'éviter tout scandale, la preuve des anecdotes que nous racontons ! . Enfin Ton ne croit pas M. Taxile Delord, le détracteur acharné de M. de Falloiu, lorsque la rage de voir notre sentiment contraire au sien lui dicte contre nous, dans le Siècle, des articles pleins de malveillance et de mensonge. Cet écrivain charivarique, aux yeux des hommes sages, ne passera jamais pour un aristarque de bon aloi.
1 A ce sujet, nous aurons à mettre en cause, dans notre prochain volume, la Revue de Paris et d'autres feuilles aussi peu estimables, qui nous font l'honneur de nous poursuivre de leur haine.
Paillasse est mal venu quand il veut endosser la robe de docteur es lettres.
Allez, allez, pharisiens du journalisme ! Vos traits s'émoussent contre notre cuirasse. Rongez la lime, usez vos dents de couleuvre, et que Dieu vous donne, un jour, la conscience que vous n'avez jamais eue !
Paris, 4 novembre 1S50.
EUGÈNE DE MIRECOURT
Au moment où nous mettons sous presse, un commissaire de police arrive chez notre éditeur et saisit le 69mC volume delà collection, consacré à Gustave Planche. Nous attendons avec le plus grand calme l'issue de cet incompréhensible et nouveau procès.
i Je confesse ouvertement et franchement que tout ce qui a rapport, dans mon livre De l'Allemagne, à la grande question divine, est aussi faux qu'irréfléchi.
« Aussi irréfléchi que faux est le jugement que j'avais répété, d'après mes maîtres des différentes écoles philosophiques, que le déisme, détruit en théorie par la
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logique, ne subsiste plus que piteusement dans le domaine d'une foi agonisante.
« Non, il n'est pas vrai que la critique de la raison par Kanl, qui a anéanti les preuves de l'existence de Dieu, telles que nous les connaissions depuis Anselme de Cantorbéry, ait anéanti en même temps l'idée même de Dieu. Le déisme vit; il vit de sa vie la plus véritable, la plus éternelle ; il n'a pas expiré et il n'a pas été le moins du monde frappé à mort par la nouvelle philosophie allemande. Dans les toiles d'araignée de la dialectique berlinoise, une mouche même ne trouverait pas la mort, et d'autant moins un Dieu. »
Écrites, ou plutôt dictées par Henri Heine sur ce lit de douleur qu'il devait quitter bientôt pour s'étendre dans la bière,
HENRI HEINE lu
es lignes trahissent mi regret véritable.
On peut dire qu'elles servent de concluion définitive à ses œuvres.
Nous y trouvons le dernier mot de ses octrines.
C'est le cri suprême d'une àme en butte mille agitations et bouleversée par tous 3S orages de la philosophie incrédule.
A l'heure où le poëte formulait en faur de l'existence de Dieu celte page élolente, son être physique offrait déjà Tapirence d'un cadavre, et le cadavre s'est mimé pour maudire l'athéisme, l'alhéisîe hideux et sombre, l'athéisme au serice duquel nous avions vu Henri Heine onsacrer toutes les forces de son mereilleux esprit, les traits les plus aigus
du sarcasme, la dialectique la plus amère et la plus fougueuse.
Un pas encore, et le pauvre moribond retrempait ses lèvres arides à la coupe fraîche et vive de la foi.
Le charme diabolique était rompu.
Si la vie du héros de ce livre se fût prolongée de quelques jours, nous n'aurions pas tardé sans doute à le voir saluer la religion, cette loi suprême dictée à l'homme par le ciel, et qui découle, même philosophiquement , de la croyance en Dieu.
Ainsi Henri Heine, quand la mort vint le prendre, n'était plus athée.
Il répudiait sa folie monstrueuse, et, nous le constatons avec joie, car, en dépit de nous-même, nous ne pouvions nous
empêcher de l'aimer, le charmant poète, le tendre et spirituel impie!
Dusseldorf est sa ville natale.
Il naquit, le Ier janvier 1800, dans cette capitale du duché de Berg, qui faisait alors partie de l'apanage des princes électeurs du Palalinat.
« Je suis le premier homme de mon siècle, » a-t-il écrit en riant, sans rélléchir «pie l'année de sa naissance appartient encore au siècle des encyclopédistes1.
Le père de Henri négociant juif, mourut très-jeune.
.Madame Heine resta veuve avec trois
1 Une lettre imprimée de Henri Heine, que nous avons sws les yeux, porte la date de sa naissance au là décembre 1799. Si cette lettre n'est point apocryphe, il en résulte qu'il se contredit lui-môire.