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HENRI II FI M

bravade et pour dépiter les vieux académiciens, à l'imitation d'une jeune fille de quinze ans qui s'amuse et pose des mouches, en carnaval, sur la fleur de pèche de ses joues.

Grâce à son incontestable valeur comme écrivain, Henri Heine fut trèsvite accepté par la France comme un de ses enfants.

Toutefois, — chose pénible à dire, — peut-être a-t-il dû chez nous ses lettres de grande naturalisation moins aux qualités qu'aux défauts de son esprit.

L'audace de son impiété fit fortune.

a C'est un émule de Voltaire! » s'écria la stupide cohorte des bourgeois irréligieux, faisant chorus avec tous les ba-

dauds du demi-savoir qui regardent le patriarche de Ferney comme un dieu.

Toujours on trouve là, pour applaudir, cette bande niaise, hypocrite et gourmée.

Henri Heine, par son étrange puissance d'ironie, passa pour un fils du dix-huitième siècle. L'ironie est son arme de prédilection. Entre ses mains elle s'agite, vole, scintille et frappe avec une rapidité si grande, que les coups pleuvent sans qu'il soit possible de voir de quel côté ils viennent et sans qu'on songe même à se garantir.

Parfois sa phrase monte jusqu'aux nues et se prend à éclater à la face du ciel avec une violence diabolique de blasphème, répandant au loin sa matière sulfureuse, comme une bombe de Ruggieri.

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Vous croyez peut-être que les œuvres du poète sont rigoureusement proscrites dans la plupart des États de l'Allemagne, sur cette terre prévoyante où la douane intellectuelle prend si vite l'alarme?

Il n'en est rien.

Tous ces habitants de la blonde Germanie sont d'une candeur antédiluvienne :

ils ne soupçonnent même pas les dangers de l'ironie.

Se bornant à croire à la gravité des choses quand elles sont gravement dites, ils boivent BB poison subtil avec une tranquillité parfaite.

Ce qui provoque le rire ne peut jamais, à leur sensj être aussi destructif que ce qui provoque la colère.

Ils pardonnent tout à Henri Heine.

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Ses phrases les plus coupables, ses moqueries les plus séditieuses, passent à leurs yeux pour de simples tours d'espiègle, pour des boutades d'enfant gâté.

Nous entendîmes, un jour, dire à l'un de ses compatriotes :

— Quel dommage! s'il voulait être sérieux, quel grand poëte Wpourraii devenir!

Et voilà comme tout s'explique.

Freligrath el tant d'autres sont mis à l'index outre Rhin, tandis que les œuvres de Henri Heine circulent en liberté.

Ses vers comme sa prose obtiennent un passe-port, en dépit des nombreuses irrévérences qu'ils se permettent à l'endroit de Sa Majesté le roi de Prusse, et des sarcasmes éternels dont ils poursuivent le roi

Il EMU 11 El NE -17

île Hanovre, ce vieux lord ullra-lory qui donne des lavements à ses chiens.

Le 28 juillet 1825, Henri Heine abjura la loi de Moïse et embrassa le protestantisme.

Cet acte si bizarre de son existence ne peut être révoqué en doute, bien qu'il soit impossible d'en donner une explication satisfaisante.

Qu'est-ce, en effet, qu'une abjuration?

C'est un acte de foi.

Or, chez ce mordant sceptique, chez ce poète dont la musc se drape dans la défroque voltairienne, un acte de foi nous semble la plus étrange des anomalies.

Lorsqu'on demandait à Henri Heine le motif qui l'avait déterminé à se faire protestant, il répondait :

— Que voulez-vous? Je trouvais intolérable d'avoir la même religion que Rothschild sans être riche comme lui. Pour le devenir, il eût fallu que je fusse aussi pauvre d'intelligence, et cela n'était pas possible.

Il se tirait ainsi d'affaire par un bon mot.

Ce poëte du scepticisme s'est raillé perpétuellement de tous les dieux et de Dieu. Jamais aucune idée, aucun sentiment, aucune croyance, n'ont pu stimuler son enthousiasme. Il s'est moqué de l'art, de la patrie, de la nature, de l'amitié, de l'amour, et de lui-même.

Son caprice d'artiste, sa subjectivité fantasque, comme on dit en Allemagne, n'ont rien épargné.

Parfois néanmoins son ricanement

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