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allée de tilleuls, bordée d'un côté par une rangée de maisons, et de l'autre par le grand bassin de TAlster.
Heine se passionna surtout pour une jeune grisette, en robe d'indienne rayée de rose.
Elle se nommait Héloïsa.
C'était une gentille et frétillante créature, qui faisait tourner la tète aux gros agents de change et aux capitaines de navire.
Il la retrouva plus tard abîmée dans des orgies de marins, dans Ja fumée du puncli, du tabac, dans le tourbillon de la danse et de la mauvaise musique des mauvais lieux.
Henri Heine, pour s'être mêlé trop activement de politique, se vit contraint, en
1 828, île faire un voyage outre-Manche.
Pauvre Jolm Bull ! ce fut pour Ion malheur !
Ecoutez comme le grand écrivain louche magistralement le portrait de ce peuple camus. La couleur est aussi vive que la ressemblance est parfaite.
« J'ai vu, dit-il, la chose la plus étonnante que puisse montrer le monde à l'esprit stupéfait; je l'ai vue et ne cesse de m'étonnei encore. Toujours se dresse devant ma pensée cette f3iêt de briques traversée par ce fleuve agité de ligures humaines vivantes, avec leurs mille passions variées, avec leurs désirs frémissants d'amour, de faim et de haine. Je parle de Londres. Opulence fabuleuse et misère, orthodoxie et incrédulité, liberté et escla-
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vage, cruauté et douceur, probité et filouterie, tous les contrastes vus dans leurs extrêmes les plus délirants, et, par-dessus tout, le ciel de brouillards gris, les machines bourdonnant de toutes parts, les chiffres, les lumières du gaz, les cheminées, les journaux gigantesques, les cruelles de porter, les bouches serrées, i etc. ..
Tenez-vous à savoir comme il stigmatise Wellington? Il le cloue au pilori par une seule phrase :
« C'est la victoire de la sottise sur le aénie. »
Après avoir souffleté leur héros, il n'est pas d'humeur à ménager leur poëte :
« 0 Walter Scott! s'écrie-t-il, l'Angleterre n'a fait que tuer Napoléon; toi, tu l'as vendu ! i
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Henri Heine repassa la Manche.
Sur les entrefaites, un grand coup de tonnerre éclata dans le ciel politique, où les diplomates myopes n'apercevaient aucun nuage. Le peuple de Paris avait chassé Charles X. Une révolution s'était faite en France.
Tous les rois de l'Europe tremblèrent pour leur couronne, et, d'un bout du continent à l'autre, les polices monarchiques firent la chasse aux patriotes.
Heine s'était lié, peu de temps auparavant, avec un vieux conseiller de justice de Berlin, sorti de la prison d'État de Spindlau.
Le récit des souffrances du vieillard lui donnait le frisson, car sa conduite personnelle était pour le moins aussi répréhen-
sible aux yeux du pouvoir. Ou allait peutêtre lui donner des chaînes et le plonger à son tour dans un cachot politique.
Il résolut dépasser en France, où l'aigle de Prusse n'irait pas le chercher.
Notre poëte rencontra dans une table d'hôte un commis voyageur en vins, qui hâta l'exécution de son projet de départ, en lui racontant crue Paris, depuis les Trois Jours, se métamorphosait en un vrai pays de Cocagne, où Ton se gobergeait du malin au soir et du soir au matin.
— Vous verrez, lui dit-il, on y chante la Marseillaise à tue-tète : « En avant, marchons! )> ou bien encore : « C'est la Fayetle en cheveux blancs ! »
Quel agréable concert pour un patriote !
Le premier mai 1851 , Henri Heine passe
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le Uhin, gagne la (routière, et s'intitule avec orgueil Prussien libéré.
Deux jours après, il arrive clans la capitale et se promène au milieu des enchantements révolutionnaires.
A cette époque, il n'était pas encore habile à parler notre langue. Son professeur fut une petite fleuriste du passage des Panoramas. Ensemble ils coururent les théâtres, et le poêle la choisit en tout pour cicérone.
Que de choses divertissantes ne virentils pas!
Déjazet, mademoiselle Georges, À ruai, Bouffé, Debureau, la marmite colossale au palais des Invalides, l'exposition des cadavres à la Morgue... et à l'Académie française ! •
« L'Académie, dit-il, est une crèche poui de vieux littérateurs retombés en enfance, établissement philanthropique dont l'idée se trouve aussi chez les Hindous, qui fondent des hôpitaux pour les singes âgés et décrépits. »
Un autre jour, il visite la Chambre des pairs....
« Cette nécropole où se trouve une collection complète de toutes les momies du parjure, si bien enbaumées, qu'on voit encore sur leurs figures tous les faux serments qu'elles ont prêtés à toutes les dynasties des Pharaons de France. »
S'il raille nos institutions, il ne parle pas des hommes avec plus de retenue.
Au dire de ce malin poète, madame Ré camier est « une beauté célèbre du temps
dos Mérovingiens, ultra- vestale, qui [ruine partout à sa suite, comme pièce justificative, ce bon et excellent Ballanclie, que tout le monde loue, et que personne ne lit. »
Henri Heine regrette de n'avoir pas vu Chateaubriand, parce que ce personnage, à coup sur, l'eût beaucoup amusé.
M. Yillemain, à l'entendre. « est un rhéteur ignare, un frivole bel esprit, qui s'est un peu frotté à la poussière des Pères de l'Église pour se donner une certaine odeur d'érudit religieux , mais qui n'en sent pas moins, à dix pas de distance, son voltairianisme renié, ?
11 pousse le manque de respect jusqu'à dire que l'auteur de Y Histoire de Crom-
well ne se lave les mains qu'une fois l'an, le mardi gras, pour se déguiser.
Puis il assiste aux prêches des saint-simoniens, rue Tailbout.
Le premier, peut-être, il turlupina comme ils le méritaient ces grotesques apôtres qui voulaient ramener l'âge d'or sur la terre, et qui se sont contentés d'y propager l'âge d'argent; ces faux martyre cpii ne portent plus de croix, si ce n'est la croix de la Légion d'honneur; ces disciples de l'émancipation quand même, aujourd'hui métamorphosés en conseillers d'Etat, en ministres ou en directeurs de chemins de fer.
Son indépendance lui dicte parfois des jugements admirables. Voici comme il a parlé de Lamennais avant nous :
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« Lamennais, ce prêtre effroyable, qui marie le fanatisme politique au fanatisme religieux, et qui donne la dernière consécration au désordre universel. »
Notre héros visite le Panthéon.
De là, comme la distance n'est pas longue, il se dirige vers la Grande-Chaumière, où les Gâtons en droit et les Bru! us en médecine se livrent aux improvisations mimiques du cancan le plus échevelé avec des Sempronia giletières et des Porcia piqueuses de bottines.
Le père la Hire, directeur de l'établissement, lui rappelle avec avantage le père Duchêne, parce qu'il est toujours bigrement en colère.
Ce séjour des liaisons faciles et des
mœurs risquées ne déplaît point, du reste, à noire héros.
Nous le voyons y nouer connaissance avec une jeune personne peu virginale, mademoiselle Joséphine ou Fifine. Elle adore les Allemands et les pieds de mouton.
Bien plus, on le présente à un personnage illustre de l'endroit, « lé diou de îa danse de céans, » comme dirait Vestris.
Parlez -nous des poëtes!
Ils savent merveilleusement se prêter à tout, même aux révérences de Chicard.
Malgré le décousu presque scandaleux de sa conduite, Henri ne laissa pas reposer sa plume. Bientôt les faiseurs du journalisme accoururent et rendirent hommage à son magnifique talent. Victor Bohain,