‹ Les contemporains (volume 2)Chapitre 2 sur 15 · L'EDITEUR · texte numérisé non relu

L'EDITEUR

ARTHUR DANSEREAU

The Sun Photo. Eng, C«,

LKS CONTEMPORAINS.

ARTHUR DANSEREAU

, Aâ imô pectore

L'écrivain sérieux est toujours sincère quand il dresse ses jugements sur les hommes ou les choses.

Mais il y a des nuances. Que de fois, trères de l'écritoire faisons-en généreusement l'aveu, que de fois il nous faut mettre une sourdine ou un remontage à notre chanterelle. Nous n'osons pas, pour des raisons qui découlent plus du cerveau que de la conscience, dire, comme les vulgaires témoins, la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

Mais en ce moment c'est du fond de

râme que nous venons exprimer une opi-

nion sur celui qu'on a désigné à notre objectif pour cette semaine C'est aussi une agréable rliversion. Depuis quelques sefuaines c'étaient ceux qui partaient que nous avions à étudier; or, la direction du Réveil a cru que s'il était salutaire de penî^ei' aux morts, il ne fallait pas toutefois oui)lier ceux qui restent. Ce sont ces derniers, surtout ceux de la trempe de M. Danscreau, qui peuvent nous indemniser de certains vides dans les premiers i*angs de nos phalanges d'élite.

Il y a bien longtemps de cela, si longtemps que nous avions alors des illusions — ce qui est une démonstration péremptoire.

L'auteur de ces lignes étudiait au séminaire de Québec. Cette année-là, il avait plus de distraction que d'habitude. On parlait beaucoup au dehors, même au pensionnat, de l'affaire des Tanneries. Les T^inncries, ça n'avait rien de commun avec les classiques ; notre répertoire étymologi(iue ne nous renseignait pas beaucoup sur ce monstre politique, et cette incei'titiide, renforcée d'une coupable ten- (iance à l'indiscipline, tit tant qu'un après-

ARTHUR DANSEREAU

dîner nous étions, pour la première fois He notre vie, dans la salle des séances d(; l'Assemblée Législative de Québec, an I)remiei' rang, aussi ébloui (jue Teiit été le Colas de Jules Simon, au Grand Opéra, et attendant . . . les Tanneries.

Et ajas>i, a7ouons-le, quelque peu porié à eonfondî-e le Pirée avec un homme . . . . Tes satanées Tanneries !

C'est là que nous avons vu pour la j)remière fois M. Arthur Dansereau, appelé comme témoin.

Ce fut un duel: D^msereau à la barie, Irvine à son siège, pi is du côté de la giuche à la suite de sa volte-face.

Ici, le journaliste impassible, à la fois courtois et inflexible, ré|)ondant faits, dates et chiffres quant il croyait le devoir faire, mais tont-à-coup i*efusant mâlement une l'éponse, plus même, mettant en pleine négation le droit de la Législature de dépasser dans son enquête certaine limite — ce qui a été admis après

Tout près, livine cauteleux, armé de ces demi-secrets qu'un séjour dans un cabinet fournit, Irvine au masque de v^utour, comme disait Achintre, questionnant, re-

questionnant, employant même des moyens qu'un vulgaire basochien de cour de recorder aurait méprisés.

On sait le reste

Il nous resta de cette séance une profonde impression, que dans le temps nous traduisions par ces simples mots qui nous semblent encore justes: M. Dansereau est à la fois honnête, discret et inébranlable.

M. Dansereau n'est pas facile à étudier. Osons une image. Dans le plus majestueux et le plus superbe de nos édifices, n'est-il pas vrai qu'en nous arrêtant à le contempler, c'est le dehors, c'est la plastique architecturale qui attire le plus notre prunelle, la flatte davantage et l'absorbe. Nous ne songeons pas aux puissantes assises, à la puissante carrure, à la charpente pourtant imposante. Nous souimes ainsi faits. Tout pour la surface.

Or, depuis au moins un quart de siècle Dansereau — nous n'avo.s pas à lui demander sa permission pour le dire — a été le back'bone de bien des hommes archibrillants, de bien des états de choses à

ARTHUR DANREREAU

la fois admirables et solides. L'avonsnous toujours constaté ?

Tenez, tout en gardant compte des différences d'époque, d'importance et de lieux, nous pouvons à ce sujet rappeler, de mémoire, ce que M. Hanoteaux écrivait tout récemment : Vous dites toujours Louis XIV, le siècle de Louis XI Y, le Grand, le Seul Louis XIV, le Roi-Soleil, etc. Mais n'oui>liez donc pas que ce roi a été gi*and, a été heureux surtout et parce qu'il y a eu auparavant Richelieu. Un jour viendra où Ton dira le siècle de Richelieu plutôt que celui de Louis XIV.

Dans notre bonne petite province de Québec, on est également porté à ne pas donner à César ce qui revient équitablement à César. Dans le cas de M. Dansereau, cela se comprend, parce qu'il est de sa nature même porté à l'effacement. En certaines îéunions qui suivaient des succès dont il avait été le Deiis ex machinà, un étranger présent, en le voyant, aurait pensé qu'il était là à titre de simple ami.

Nous l'avons dit au lendemain de la mort de M. Chapleau : ce dernier eut dans MM. Dansereau et Senécal deux aviseurs

dont l'Histoire provinciale devia î)arler. Ce fut la plus forte combinaison d'hommes connus dans nos parages. Pareil appoint manqua à Mercier, et c'est assurément ce qui lui lit commettre certains enements. Si nous n'ajoutons pas à ces deux noms celui de sir Alexandre Lacoste, c'est que nous aui'ons, un de ces jour^, à nous occuper tout spécialement de sa grande part de collaboration.

Avant de passer outre, un rapprochement.

Tout le monde sait cpi'après la défaite de 1874, sir John A MacDonald était tombé dans ^e marasme, dans un découragement qui coutinait presque au gaga. Ses amis en déses[)éraient. C'est alors que l'hon. M. Pope entreprit de le galvaniser, de prouver à Calypso qu'il pouvait exister un autre Ulysse

On n'ignore pas, non i)lus, qu'à certaines époques, ce fut M. Dansereau qui "remonta " le pectus de M. Chapleau et le conserva à son parti. M. Chapleau s'est senti profondément dégoûté en deux ou trois occasions. Ce n'était pas tant du peuple qu'il avait à se plaindre, que de

ARTHUR DANSEREAU

gens dont il avait droit d\^,ttendre tout autre traitement. M. Dansereau com[)rit qu'il ne fallait pas que la déses[>érance provoquée par ces traîtrises privât le pays d'un tel honune, et il nous le conserva.

Or. si vous l'élisez journaux rouge et joui'naux bleus, publiée après la mort de l'ex-gouvei'neur de notre province, vous y venez une unanimité <i'opinion sur l'importaiice qu'il y eut, à ces époques, de conserver M. Chapleau dans les cadres actifs.

Mais qu'est donc M. Dansereau, après tout ?

C'est un journaliste, et, qui plus est. un journaliste qui a prouvé qu'on peut très bien arriver à son but sans sortir du journalisme, ou tout au moins sans en sortir tout à fait.

Il serait oiseux de rappeler ici ce qu'il fut à la Minerve ; de rappeler ses campagnes ; de parler de ce style si vigoureux, si nourri, si bien secondé par une véritable encyclopédie — ce style qui pouvait à deux heures d'intervalle servir de véhicule à la foudroyante apostrophe à l'adresse de

Lorne, puis à une bhiette destinée au Journal du Dimanche, ou à tout autie.

Non, qu'il suffise de dire que . Dansereau a été sans conteste le premier de nos journalistes ; même de nos jours on relit avec intérêt ses moindres articles d'autrefois.

C'est sans doute le Canadien-Français qui a le plus écrit et abordé la plus grande variété de sujets. Et pourtant, il n'a pas à son actif un seul livre. Nous le soupçonnons fort d'écrire ses Mémoires, et nous le souhaitons ardemment. Que de matériaux pour notre histoire des vingt-cinq dernières années cet homme pourrait nous léguer ....

En ces temps derniers il a consacré beaucoup de ses loisirs à l'étude de questions nouvelles posées par la science fin-desiècle, ces troublants problèmes qui sous les appellations de télépathie, magnétisme, spiritisme, nous font nous demander s'il ne nous faudra pas revenir à l'alpha de toute étude. Ses écrits dans la Presse, sur ces sujets, sont de remarquables vulgarisations de sciences abstraites de leur nature, et nous avouons avoir été des premiers à

ARTHUR DANSEREAH

en tirer gî-Hiul profit. De même pour ses écrits dans V Album Industriel, journal qiii aurait dû être mis au nombre des publications scolaires obligatoires.

Souhaitons qu'un jour, comme cela s'est fait pour Yeuillot. un électique de bon discernement mettra sous couverture ces travaux épars^ si abondants et si pr'îcieux.

On le sait, depuis longtemps, M. Dansereau n'appartient plus à la politique. Il a dans tous les camps des amis vrais, des gens qui recherchent ses conseils sur les questions neutres. Quelques tentatives de le montrer sous un jour dommageable ont fait long feu.

La mort de M. Chapleau a été pour lui une rude épreuve ; c'est comme un lambeau de sa propre vie qui s'en est allé. Le cercle très intime a dû se resserrer; et auiourn'ui, en compagnie de deux autres amis de vieille date et d'intelligence d'élite, MM. Gustave Drolet et W. E. Blumhart, M. Dansereau peut encore évoquer ces bons souvenirs d'autrefois.

Dulces reminiscitur Argos !

CHARLES BERGER

CHARLES BERGER

Tout le monde à Montréal connait ce beau et vert vieillard.

Il a plus de soixante-quinze ans, mais qui le dirait en le voyant cheminer chaque jour, droit comme un chêne, causant avec une lucidité qui ne se dément jamais et donnant des conseils d'hygiène et de bon comportement aux jeunes d'aujourd'hui.

11 est le type du Canadien d'autrefois. Il en a conservé toutes les traditions, excepté celles qui, dans son opinion, pourraient le diminuer au double point de vue des croyances religieuses et politiques.

Là-dessus, pour lui, pas de compromissions. Comme a dit Shakespeare : Etre ou ne pas être.

Nous y reviendrons d'ailleurs plus loin. Qu'il suffise de déclarer maintenant qu'il n'a jamais transigé sur ce terrain.

M. Berger est né à Boncherville. Orphelin dès 1832, pauvre, délaissé, il a dû en partir et se diriger vers cette patrie de la main gauche, souvent calomniée, vilipendée même, mais toujours hospitalière, <]u'on appelle les Etats-Unis.

Or, de nos jours, alors qu'il est demimillionnaire, que fait M. Berger ?

11 revient au lieu de sa naissance, y coule ses jours de repos. Peut-être y a-t-il une pointe de revanche dans ce fait d'être revenu, quand il est l'homme riche d'aujourd'hui, au village dont il dût s'éloigner, jadis, parce que, peut-être, le struggle for life s'y présentait sous de peu brillants auspices.

M. Berger, comme bien d'autres dans ce temps-là, estima qu'un Canadien-Français n'avait pas de chance ici.

11 ne cessait pas pour cela d'être patn-

CHARLES BERGER

ote, un chaleureux ami de son pays, mais ('éjà germait dans son cerveau d^s ambitions légitimes mais trop vastes pour le milieu où il vivait.

Il partit donc pour les Etats-Unis. Si nous racontions tout ce qui marqua ses débuts là-bas, et ce qui suivit, on nous taxerait d'exagération et de flatterie. Et, cependant, il peut nous le dire lui-même : jamais vie à Fétranger ne t'nt plus accidentée, plus féconde en aventures. Que ceux qui nous lisent se fassent raconter par lui la première partie de sa carrière, et tons en arriveront à la conclusion que M. Berger eût un mérite d'autant plus grand en terre étrangère, que les difficultés le furent davantage.

Il a été avant tout charpentier-menuisier, un métier que feu l'évêque Antoine Racine qualifiait un jour de " métier national de notre race."

Et il avait raison, surtout à cette lointaine époque où Bessemer avec son métal économique n'était pas encore venu révolutionner l'industrie.

Aux Etats-Unis ce fut surtout comme charpentier que s'occupa M. Chs. Berger,

chez les plus grands entrepreneurs et avec des succès qui faisaient,dès lors, présager le brillant et riche avenir qui Fattendait quand il' nous reviendrait.

Ce qui arriva en 1852.

De retour à Montréal, M. Berger ne tarda pas à entrer dans le mouvement. A cette époque un souffle puissant poussait la métropole veis le développement. La construction battait son plein et notre homme ewt sa laige part. Ce furent d'abord des contrats modestes, mais bientôt il fut au premier lang des entrepreneurs.

Il se chargea de la construction des aqueducs de St(^-Cunégonde, St-Henri et St-Gabriel, contrats des plus importants et qui marquent dans notre histoire municipale. Il conduisit ces entreprises d^me façon admirable pt revendit ses droits sur les deux premiers pour une somme importante.

L^Bxamining Wareliouse, un des édifices tyinques de notre ville, fut également construit par M. Berger.

C^est à lui que le gouvernement iVTercier confia la difiicile et si considérable restau-

CHARLES BERGER

ration de notre palais de justice. Au cours de ces travaux qui furent longs, traversés par des événements d^une importance presque nationale, M. Berger sut trouver une attitude juste, toujours loyale, restant inaltérablement dans les saines traditions de probité et de termeté qui semblent avoir été le programme de sa vie.

Il eut affaire à deux gouvernements de compositions radicalement différentes. Et, pourtant, aucun des ministres du premier ou du second de ces gouvernements n'a pu, en public ou privément, trouver quoique ce soit à lui reprocher.

D'un autre côté, M. Berger a conservé un bon souvenir de tous. Nous l'avons souvent entendu causer de cette époque et nous rappellerons tout particulièrement ce fait : parlant de l'honorable M. Nantel que des politiciens voulurent représenter jouant un rôle louche en rapport avec ces travaux du palais de justice, le distingué vétéran déclarait que c'était de ce ministre qu'il conservait le meilleur souvenir, tant pour l'intelligence et le sens politique déployés que pour la parfaite probité qui avait marqué la plus petite comme la

])liis grande des transactions passées entre eux deux.

Tant d'affaires et de préoccupations n'empêchèrent pas un jour M. Berger d'acquiescer à la requête des électeurs du quartier St-Louis, d'aller les représenter au conseil municipal. Il fit deux termes, succédant d'abord à M. Alfred Brunet, puis élu par acclamation.

Son passage à l'hôtel-de-ville fut fécond, à la fois pour le quartier et pour Montréal. Il mit au service de ses collègues sa vaste expérience d'entrepreneur et d'homme d'affaires.

Il serait allé au parlement s'il l'eut voulu, mais il s'y refusa toujours Cela ne l'empêcha pas cependant de se tenir constamment au service de son parti. Ses amis politiques le trouvèrent toujours prêt à les laisser disposer de son activité et de sa bourse. Il fut longtemps l'organisateur reconnu d'une large partie de ce district, spécialement dans la ville.

On se raconte encore ses prouesses pour le triomphe de son parti, et dans le malheur comme dans la prospérité les libéraux le trouvèrent également dévoué.

CHARLES BERGER

M. Berger est de la véritable école libérale, de celle qui ne transige pas et justifie so:i titre. Il fut de Tlnstitut Canadien et lors de Tafifaire Guibord il resta luimême, ne cédant pas d'un pouce parce qu^il était convaincu que les droits du citoyen étaient lésés. Cette attitude lui gagna encore plus Testime de ses conc'itoyens, loin de lui nuire.

11 a eu la confiance de nos hommes les plus marquants dans les deux partis, et sa discrétion est devenue depuis longtemps proverbiale. Son esprit d'observation, son opiniâtreté à se bien rendre compte de tout, et sa vraie intelligence naturelle ont suppléé au peu d'instruction qu'on lui fit donner dans son enfance.

Deux fois il est allé à Paris ; il a parcouru l'Europe en touriste qui sait regarder et apprécier, et il en a rapporté des souvenirs précieux.

Il est grand ami des journalistes, et bien des éditiurs de journaux de principes qui lui plaisent ont trouvé dans lui un protecteur désintéressé et généreux.

A Boucherville, il exerce l'hospitalité dans un manoir dont beaucoup de nous

connaissent le chemin. 'C'est là qu'il aime à revivre dans le passé.

Chaque jour il se rend à son bureau de Montréal, d'où il gère des immeuides satis nombre et règle une foule de transactions.

Cela Pempêche de souffrir de ce que les grands industriels retirés appellent " la nostalgie des affaires.''

Tels sont les grands traits d'une carrière qui fait honneur, non-seulement à ce!ui qui l'a poursuivie, mais encore à tous ses compatriotes.

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RAYMOND PREFONTAINE

RAYMOND PREFONTAINE

N'est pas populaire qui veut, et parmi ceux qui le deviennent, peu le sont autant qu^ils le voudraient La Popularité est une hargneuse déesse : pour arriver à son cœur, il faut ^es titres que Ton ne cueille pas conune les genêts sur les routes faciles.

Quelle fée est venue souhaiter le bonheur à notre maire, à son arrivée dans cette vallée terrestre, nous rignorons ; elle devait être bien puissante, ou son protégé à tous égards prédestiné, car nous connaissons dans notre milieu peu d'hommes qui,

d^étape en étape, aient eu, plus que lui, ce ra.re don d'être sans cesse Tliomme de son temps et le favori des siens.

On fête actuellement le vingt-cinquième anniversaire de son entrée dans la vie politique. Tous, libéraux et conservateurs, Saxons et Latins, Sudistes et Nordistes s'enlèvent pour célébrer cet événement.

Et, comme on nous le faisait remarquer, s'il est rare qu'un monument soit élevé à un homme de son vivant, il est guère aussi fréquent de fêter pareil anniversaire, quand il s'agit de quelqu'un que les jeunes considèrent encore, et à bon droit, comme un des leurs.

Nous avouons ne pas nous rappeler pareil fait ; nos annales n'en relatent pas.

M. Préfontaine a débuté dans la politique ; toutefois il nous plait de l'étudier d'abord comme échevin. Montréal a un gouvernement d'envergure provinciale ; son budget et son jeu administratit laissent dans la pénombre bien des provinces, tant de droite que de gauche, et il semble que c'est bien aborder notre sujet que de commencer comme nous le faisons.

Il était de mode, autrefois, de tenir

RAYMOND PRÉFONTAINE

Montréal emmailloté, d^entraver plutôt que d'activer son essor. On appelait ceia de la prudence ; ce n'était, à la vérité, que du vieux jeu. Les édiles, très ex[)erts à jongler avec des règlements, sinon caducs pour le moins rétrogrades, ressemblaient à ces obstinés d'antan qui cher chaient la quadrature du cercle quand Teau manquait dans les citernes.

Il fallait du sang nouveau. Le quartier Hochelaga en fournit le premier jet dans la personne de M. Préfontaine. Ce n'était pas mince tâche que celle qui se présentait alors à lui. Il avait d'abord à lutter contre une routine sanctifiée parles ans et contre une majorité ennemie de l'Kst.

De cette date marque ce qui a été la base du programme du maire actuel : ne rien négliger pour abattre les toiles d'arraignée et, comme le disait un personnage historique, sortir dos finasseries de la légalité pour rentrer dans le droit. Comme couronnement se manifesta dès lors chez M. Préfontaine ce profond et persistant dévouement pour Montréal-Kst qui lui doit tant.

Montréal-Est ! C'est presque l'alpha et

l'oméga de sa carrière échevinale, et cette gare Viger dont il vient de nous doter, n'est encore qu'an jalon sur la route au bout de laquelle nous voyons, déjà, ces vastes bassins de radoub, ces gigantesques entrei)ôts, ces milliers d'habitations nouvelles ou restaurées qu'il aura, par son opiniâtreté, gagnés à la région française de la métropole.

On n'aime pas moins la France parce qu'on est de Paris. Aussi notre maire a-til !?ongé à tous les quartiers quand c'était de bon aloi. L'excellent service de tramv^ay, notre éclairage électrique actuel, l'asphaltage de nos voies principales, l'élargissement de quelques autres, tout cela porte son cachet.

Directement ou indirectement, il a vu à tout. Quelquefois on a, en certains quartiers, voulu lui prêter des collusions, mais à quoi cela a-t-il abouti ? A son élection comme maire, sans l'ombre possible d'un adversaire.

Il a été le Haussman de la ville en général, et une vraie Mascotte pour l'Est. C'est surtout à l'éclosion des derniers pro* jets que cette partie de la ville le consta-

EAYMOND PRÉ FONTAINE

tera en plein. Déjà la propriété est à la hausse de ce côté, déjà la construction s'avive. Ce n'est cependant que l'avantcoureur.

Encore à notre maire, le mérite d'avoir réussi à aplanir toutes les difficultés qui empêchaient le Grand Tronc de venir élever dans le centre de la ville des bureaux généraux, qui seront un monument architectural de plus, et dont la construction donn Ta de l'ouvrage à des centaines d'ouvriers.

Les ouvriers ! Ah ! voilà bien la classe qui connaît M. Préfontaine .... Comme elle va instinctivement à lui quand il y a souffrance, injustice, projet de réforme. Qui touche au maire, touche à l'ouvrier, c'est de vérité courante. L'inverse n'est pas moins vraie. Ce sont d'ailleurs les ouvriers d'Hochelaga qui ont été ses meilleurs, ses plus constants partisans ; ce sont ceux de la cité entière qui, les premiers, l'ont poussé à la mairie. *

Au Conseil, les échevins canadiensfrançais n'ont pas toujours compris et suivi l'homme qu'on a si bien appelé, un jour, le premier ministre de Montréal.

Que voulez-vous , . . . Tout corps d^armée a ses traînards qu'en fin de compte la tête abandonne.

Mais ces moments de mauvaise humeur n'ont pas duré plus que de mesure, et finalement tout allait assez bien quand des intérêts primordiaux étaient à la cible.

L'harmonie règne entre les différentes races dans notre monde municipal — un antre titre pour notre homme; il traite de pair à compagnon avec les magnats de chemins de fer et active la construction du Lac Supérieur et Atlantic ; on le trouve dans toutes les grandes entreprises ; sa collaboration est recherchée par les groupes d'affaires les plus exclusifs ; son bureau d'avocat, que dirige M. St-Jean, est l'un des ])lus importants de la métropole ; il a métamorphosé Sie-Agathe, du jour au lendemain ; bref, si le don d'ubiquité a été fait à quelqu'un, c'est bien à Raymond Pr<^fontaine, avec deux heureux auxilliailes : une bonne santé* et une bonne humeur constantes.

(îelle-ci résiste aux terribles assauts de ces fastidieuses entrevues que chaque jour amène, où chacun apporte son boniment,

RAYMOND PRÉFONTAINE 41

se plaint, supplie ou, ce qui est le j)is, offre des panacées pour la rétorme de tous les griefs municipaux. Notre maire ne voit, en entend de belles.

Il a dû parfois, en écoutant quelque rêveur lui enseigner la recette du bien-être ces masses, il a dû se rappeler cette anecdote que Jules Simon rapporte quelque part.

Un jour, un quidam alla trouver le ministre des finances de Louis XV III :

— Monseigneur, lui dit-il, j'apporte dix millions à FEtat.

— Grand merci ! répondit le ministre en toisant le personnage vêtu comme le neveu de Kameau aux plus mauvais jours ; mais le roi ne trouvera pas mal que sur les dix millions vous preniez dix écus pour vous acheter une culotte ....

Bref, M Préfontaine a sorti Montréal de la routine, et en nous le donnant pour maire nous n'avons fait que couronner une œuvre, à laquelle il manque encore, il est VI ai, la complète reconaissance de notre autonomie municipale. Nous ne voulons pas être tenus en tutelle par la légis-

lc:.ture. Nos intérêts sont en sécurité dans nos propres rnains.

Grâce à la charte nouvelle, grâce surtout aux combats incessants de M. Préfontaine, Tautonomie sera bientôt un fait accompli, et cet homme pourra alors se consacrer plus largement à son parti, qui le désire, l'attend impatiemment.

Il est rhomme de la situation. Sa popularité remarquable, le profond prestige dont il jouit dans le parti et le monde des affaires, sa connaissance intime de la politique et des choses administratives, tout le désigne pour la place de chef dans la province et plus particulièrement dans le district.

Ce sera assurément le salut du parti.

Le mal nccompli est grand, les imprudences nombreuses, les injustices criantes; cet édifice qui paraissait si fort le 24 juin 1896,a été ébranlé par des gens qu'on avait droit d'attendre tout autre chose. Mais la cause n'est pas irrémédiablement perdue; les libéraux peuvent parodier les paroles de Dumas tils au lendemain de Sédan et s'écrier :

RAYMOND PRÉFONTAINE

''Comme nos malheurs seraierït vite réparés, si nous avions seulement six mois de sagesse et de raison.

Us doivent ajouter : "Et un vrai ehef, un chef qui ait notre confiance!

M. Préfontaine est dans la politique depuis vingt cinq ans ; il a été mêlé à tous lej mouvements dt son parti ; peu de comtés qu^il n^ait parcourus; il a pris part à tous les débats importants ; depuis ses débuts il a été de Tétat-major .... et cependant, pour nous ce n'est que d'aujourd'hui que va commencer sa vraie carrière politique. Des hommes comme lui ne sont qu'en autant qu'ils occupent le premier rang.

Il ne nous appartient pas de dire par quelle porte le maire de Montréal doit entrer dans le cabinet, mais nous sommes certainement les interprètes des orthodoxes du parti ne déclarant qu'il doit être appelé à aviser sa Majesté.

Et cela le plus tôt possible.

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HENRI RAINVILLE

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HENRI RAINVILLE

L'autre jour, esquissant la carrière municipale du maire actuel, nous ne pouvions empêcher un autre nom de venir sans cesse au bout de notre plume ; à chaque tournant, à chaque phase étudiée, nous apercevions une autre figure qui s'impoposait non moins à notre attention.

Aussi avons-nous cru qu'il était tout logique de lui donner de suite sa place dans notre galerie.

D'autant plus, d'ailleurs, que la personnalité de M. H. B. Eainville n'appartient pas au seul cycle civique — comme libéral

vrai, comme député et comme patriote, cet homme est depuis longtemps dans Fétat-major de la race.

M. Rainville est né dans Rouville, comté fécond en hommes d'élite. Il fit son droit sous son frère qui devint plus tard juge ; puis en 1889, il fonda la robuste et brillante société dont il est encore le senior.

Entre-temps il épousait Mlle Eugénie Archambault, s'alliant ainsi àcetto famille historique qui a illustré TAssomption et fourni à toutes les sphères publiques des fonctionnaires que les deux partis ont été unanimes à apprécier. Son beau-père, feu Alexandre Archambault, représentait TAssomption à la Législature.

La politique municipale exerça dès Fabord une étrange fascination sur le jeune avocat. Il comprenait qu'il y avait là un champ digne de l'activité la plus infatigable ut que le besoin de métamorphose dans l'administration était impérieux.

Il débuta par un coup de maître : il battit M. Watson dans le Centre, quartier regardé par les Anglais comme un apanage. Cette élection eut une portée vrai- « ment nationale, car, de ce jour, les Cana-

HENRI RAINVILLE

diens- Français comprirent qu'ils pouvaient régner à l'hôtel-de-ville, être enfin maîtres chez eux.

C'est grâce à cette victoire que Tannexion d'Hochelaga put se faire, et que MM. Préfontaine, Rolland et Gauthier entrèrent au Conseil de Montréal. Wj auraitil que ce fait à Facquit de M. Rainville, ce serait assez pour que son nom fût placé au bon endroit dans nos annales. Mais continuons.

Toujours comme conséquence de Félection de M. Rainville, St-Jean-Baptiste vint à son tour unir ses destinées à celles de la métropole. Notre prépondérance était désormais solidement assise.

Tour à tour nos compatriotes arrivèrent aux postes importants, aux présidences de comités, aux emplois rémunérateurs.

On ne manqua pas cependant de fair play et de générosité pour les autres éléments ; on pécha plutôt dans le sens contraire.

M. Rainville ne fut pas long à se faire jauger à bonne mesure ; il fut successivement appelé à présider les comités les plus importants et les plus considérables et, aujourd'hui, il est le ministre des finan-

ces de Montréal, contrôlant un budget supérieur à celui de la province et passant, avec une merveilleuse dextérité, à travers des difficultés sans nombre.

En 1887, il disputa la mairie à feu M. Abbott. Son but était de contrecarrer le Pacifique Canadien, dont ce dernier était la créature, de forcer cette compagnie, en un temps où son insolence débordait, à racheter les promesses faites à F Est, à nous donner notre gare, à ne pas jouir plus longtemps de nos octrois sans donner du retour.

Cette élection, bien que perdue, fut donc en réalité le premier engagement dans cette longue lutte qui tourne aujourd'hui à notre avantage. Le Pacifique Canadien a, il est vrai, construit la gare Windsor, mais il a dû, en fin de compte, nous donner celle de la Place Yiger.

Rien n'a manqué à M. Rainville, aussi a-t-il eu, comme tous les hommes supérieurs, ses envieux et ses détracteurs.

Un jour ces gens-là résolurent de le ruiner ainsi que MM. Préfontaine et Beausoleil. Us ne parlaient que de clique " de " Tweedisme,'' de boodlage.''

HENRI RAINVILLE

Une comrrnâsion royale fut tormée et tout ce que Montréal possédait de fielleux, d^hypocondriaques s^ingénia à trouver des preuves. Aucun effort ne fut épargné, il est même avéré que des individus de sac et de corde furent chargés (?e trouver quelque chose coûte que coûte. Et ce fut la fable bien connue, ce fut mieux encore, car ce qui paraissait gros comme un quatre mâts, au loin, sur Tonde, ne fut pas même, près du rivage, de quoi qui put porter un nom. Vraie débâcle !

La commission royale, par la bouche de ce pauvre Abbott, dut aboutir à Fapothéose des trois, hommes qu^elle devait mettre au pilori, et le Star s^empressa de se retracter de la façon la plus complète et la plus abjecte.

Bien des Anglais n'ont jamais pardonné à M. Hainville d'av^oir capturé le quartier Centre et de leur damer le pion comme financier, comme debater, Ils ne peuvent pas lui enlever son mandat, mais quelles luttes on lui a faites . . . On a essayé de toutes les pâtes à candidature : politique, préjugés de race et de croyances, rien n'a été épargné. Bref, en seize ans de carrière

municipale, il n'a été élu que deux fois par acclamation.

Cette animosité semble disparaître ; l'élément anglais nouveau est trop pratique pour croire qu'il serait avantageux de priver la ville d'un financier auquel, entre autres choses, on doit d'être revenu à la saine et rationnelle règle de ne pas dépenser nos revenus avant que ces revenus ex* istent autrement qu'en espérance et sur le papier.

Ah ! ce n'était pas mince entreprise que de faire machine-arrière quand nous étions ainsi lancés à fond de train et sur une pente. C'était une révolution. Que d'intérêts, que d'influences, que de parti pris il a fallu abattre !

Et pourtant la réforme a été imposée.

Avec cette étonnante énergie qu'on est toi/jours surpris de voir si grande chez un homme de son physique, une orientation toute nouvelle a été donnée à notre administration financière, et lors des dernières formations de comités, M. Rainville était <.e nouveau choisi à l'unanimité pour voir encore à cette administration.

HENRI RAINVILLE

Au Conseil il est le leader depuis quelques mois.

M.Rainville est surtout undebater,un dialecticien. Ce n'est pas lui qu'on surprend à parler pour ne rien dire. Quand il est convaincu d'un fait ou d'une interprétation, le plus subtile adversaire ne réussira pas à trouver un point faible à sa cuirasse.

C'est ce qui fait qu'au Conseil ou au tribunal il a une si grande autorité. On le reconnaît comme un de nos plus forts avocats. A la législature, il se réserve, il travaille pendant que tant d'autres dégorgent des coqs-à-l'âne. Mais qu'il survienne une question qui réclame son attention, de suite se met en jeu cet organisme si bien doué. Il faut l'avoir vu à la dernière session quand il s'est agi de la Charte de Montréal, luttant pouce à pouce contre les rétrogrades de Montréal et des députés qui connaissent nos affaires comme nous le sanscrit.

Sans lui Montréal serait aujourd'hui gouverné par un triumvirat, c'est-à-dire par la quintessence de tout ce que nous possédons d'ennemis du progrès et de mesquins. Ce serait du propre.

Nous tenions à rappeler ees faits, cai; on est trop porté, dans notre millien, à oublier ce que coûtent, en travail et en savoirfaire, la bonne gestion municipale, la conservation des droits des nôtres au Conseil et les luttes pour rautbriômie de Montréal.

Nous ne pouvions troyver plus propice occasion que celle-ci, M. Rain ville ayant été depuis seize ans un cîiampion infatigable sur ce terrain. '^^ ^ '

Dans Tarène polique, M. Eâiriyille n'a pas donné la mesure de ses moyeps. , Il n'en est pas moins un chef reconnu. Son parti a toujours les yeux sur lui pour cette époque très rapprochée où les libéraux auront besoin, de leurs meilleurs hômmes pour réparer certaines erreurs de ces annees-ci.

Le jour où le parti libéral; redeviendra le vrai parti libéral, M. Éain^jille sera au poste auquel l'appellent son expérience et son dévouement.

Comme homme d'élection, il a depuis longtemps établi sa cote. Après avoir souvent refusé d'être candidat, il y consentit en 1890 et battit, dans St.-Louis de Montréal, l'ex-maire Beaugrand, qui venait diviser le parti et feu Michel Laurent

HENRI R A IN VILLE

un conservateur de grande influence et echevin à cette époque. Lors de la panique causée par l'affaire de la Baie des Chaleurs, il fallut recourir à un libéral de la veille pour le battre, mais il a pris sa revanche aux dernières élections avec une majorité de près de 700 voix.

Sa popularité est personnelle, bien à lui, et les ouvriers de sa circonscription le prouvent bien quand conservateurs comme libéraux, parmi eux, mettent au-dessus de tout ce qu'il a obtenu pour eux, notamment Tabolition de la journée de corvée

M. Rainville est encore un jeune et tout indique qu'il n'a fourni que la moindre partie de son œuvre. Au Conseil il n'y a qu'un honneur qui ne soit pas déjà vedu à lui, et, quano l'époque arrivera il n'aura qu'à vouloir.

Mais c'est dans la politique que devra s'exercer son action future. Les libéraux le savent, et M. Bainville qui a Foreille bonne, ne sait pas moins qu'il n'y a qu'une voix parmi les siens pour rappeler à jouer à Québec un rôle prépondérant.

ROSAIRE THIBAUDEAU

ROSAIRE THIBAUDEAU

Le sénateur Thibaudeau avait sa place toute marquée dans cette série d'études. La seule difficulté est de donner un bon portrait d'un homme si remuant, qu'on trouve mêlé à tant de choses, menant de front et avec succès, travaux législatif, important emploi judiciaire et entreprises variées. Il est l'un des plus distingués de ce groupe de Canadiens-Français qui ont prouvé que les hautes sphères de la finance, du commerce et des chemins de fer ne sont pas spécialement réservées pour les autres races.

AjU début, on le trouve dtm^ les afeifres. 11 y! aF^iît. alors, èomuie aia)^ desconoun-ences formidables, et, en plus, toutes soi'tes impedimenta, notamment Tabsence d'un système bien assi^, dans les relations du gros avec le détail, et Textrême pénurie des moyens de communication avec les campagne^

M. Thibaudeau n'entreprit pas moins la tâche. Comme premier cou{> de maître, il ! deve ait l'âme de ^ cette importante màison, la première dans sa spécialité, et la renommée à dépassé les mers.

A Québec, feu Isidore Thibaudeau en faisait autant, puis, par la suite, on vit à Londres et à Winnipeg des succursales dignes des deux maisons d'ici.

Dès le coilimencement, M. Rosaire Thibaudeau se donna beaucoup à la politique. Grand conseiller des chefs, il avait spécialement le don de trouver le nerf de là guerj'e dans des temps où le parti libéral n'avait aucun patronage à exercer et presque pas d'espoir. L'est surtout dans' les^ temps de dèche qu'il se montra plus abtif plus habile pour subvenir au moins au strict nécessaire. • '

ROSAIRE THIBAUDEAU

Il poussait jusqu'à Tabnégation son dévouement au parti et, un bon jour, il sortit du commerce afin d'avoir une plus grande liberté d'action.

Les siens le nommèrent sénateur. Rarement nomination a été mieux accueillie.

On ne faisait pas un simple acte de reconnaissance, c'était beaucoup pluj, car on donnait à notre nationalité un représentant à la hauteur de ^toutes les exigences, et l'on sait qu'elles sont parfois très nombreuses au Sénat.

Dans un récent numéro de gala, le Soleil rappelait ce que fit l'hon. M. Thibaudeau après la défaite de l'hon. M. Laurier à Drummond et Arthabaska. Le découragement était général et pas loin de dégénérer en vraie panique. La lutte qui venait de se terminer avait épuisé la cassette, l'hon. M. Mackenzie était encore plus rnde et maladroit que les années précédentes, et Ton se demandait comment pourraient se trouver une nouvelle circonscription pour le futur chet et les fonds nécessaires pour payer la note.

Alors intervint M. Thibaudeau. Son

LES œNTEMPORAINS

frère, qui représentait Québec-Est remit son mandat, puis, comme le rappelait le Soleil, le providentiel trésorier du parti trouva les ressources qui permirent de mener à benne fin la lutte la plus acharnée, la plus coûteuse que l'on connaisse.

Plus tard, après la défaite du 17 septembre 1878, les libéraux se trouvèrent sans organe. Le National et le Bien Public avaient été emportés dans la tourmente.

Ce n'était pas entreprise facile, en pareille situation, de trouver le montant nécessaire à la fondation d'un autr^ organe. M. Thibaudeau se remit au travail de restauration avec l'activité et l'enthousiasme habituels ; avec le concours de quelques autres libéraux, auxquels il avait su communiquer son ardeur et sa foi en l'avenir, il fit fonder la Patrie,

La Patrie n'a pas toujours répondu aux vœux du parti, c'est vrai ; elle est devenue quelque peu — d'autres diraient :

beaucoup — un organe personnel, c'est encore vrai ; mais le mérite de M. Thibaudeau ne s'en trouve pas diminué. Après avoir doté le parti d'un porte- voix quoti-

ROSAIRE THIBAUDEAU

dien, il contribua à retarder, puis à diminuer le caractère d'individualisme que prenait la publication.

Vieux-rouge il était, vieux-rouge il resta tout le temps, oubliant avec chagrin ses sympathies très vivres pour certains chefs à la veille d'errer, et ne songeant qu'à préserver l'autonomie du parti.

Il fut de la Vieille-Garde envers et contre tous. Aux époques de crise dans le parti, surtout quand une phalange voulut accepter une branche d'olivier qui ressemblait tant aux cadeaux des Grecs, il tut au premier rang de ceux qui lancèrent le non possumus.

L'avenir lui donna souvent raison. D'abord, ceux-là mêmes qui avaient offert une coalition furent les premiers à se vanter d'avoir jouer un bon tour à certains libéraux. Puis l'alliance avec les castors, quelques années après, fut la première inoculation de malheur dans les veines d'un parti qui paraissait si robuste.

i Devenu shérif, M. Thibaudeau renonça à la politique de parti. Il tourna d'un autre côté l'excédant d'activité.

II jr.gea que le patriotisme ne devait pas uniquement consister en paroles ou en processions ; qu^in des meilleurs moyens d'en taire était de donner une place plus grande aux sieiis dans le domaine des grandes entreprises.

Tour-à-tour il fut appelé à siéger dans les bureaux de direction de compagnies d'assurances, de chemins de fer, d'industries, etc.

11 a été le vice-président de la filature de Valleyfleld, directeur de celle de Montréal, — la Dominion — promoteur puis directeur du système de téléphone Bell ici, président canadien de la grande assurance "The Alliance" , etc.

Puis vint la Cie Royale Electrique, dont rimportance a dépassé l'espoir le plus exagéré. M. Thibaudeau en a été, en est encore le président. On ne voit aucune limite possible à l'esprit de progrès et de développement qui anime cette institution. La concurrence ne fait que lui donner plus d'élan. Elle fournit à la ville un système d'éclairage excellent et sa clientèle privée est devenue légion.

ROS.AIRE THIBEAUDEAU

Comme conséquence très log;i(]ue, |)our un homme comme M. Thihaudeau, se présenta le f)r(;jet d^itiliser Féleetricité, pour donner aux autres parties de Tlle de Montréal un réseau de tramways élégants, rapides, à service régulier comme un pendule. Le projet devint réalité en dépit d^hostilités de toutes sortes, et aujourd'hui, non-seulement le Parc and Island existe, mais il a des imitateurs.

C'est surtout le Chemin de fer Atlantic and Lake Superior qui, en ces temps-ci, intéresse Thon, sénateur. Il s'agit de relier les greniers de l'Ouest avec l'Europe |)ar une voie plus directe, plus courte, traversant de belles régions dans notre pays, et leur donnant ce qui manquait à leur développement : un chemin de fer.

Beaucoup d'obstacles n'ont cessé d'entraver cette entreprise. Il a même fallu que M. Thibau^eau la défendit contre un ministre. Nous connaissons trop le premier pour douter un seul instant de l'issue.

Dans tOuS les postes, dans toutes les sphères oii nous l'avons vu, le sénateur

Thibaudeau a offert aux siens le spectacle d'un homme qui, à un esprit juste, à une grande clairvoyance, a joint rénergie la plus constante. Il a tait un succès de tout ce qu'il a entrepris et il est loin d'avoir dit son dernier mot.

Ajoutons à cela ses qualités du cœur, qui se sont manifestées en tout temps, et celles de l'esprit, que nous avons tant admirées dans nos cercles intimes et les réunions les plus importantes; ajoutons encore cette exhubérante verve gauloise qu'il a conservée, quand tant d'autres croient de bon goût d'être tristes et solennels lorsqu'on veut passer pour grand homme, et l'on admettra que le sujet de cette étude est bien du nombre des Canadien-Français dont nous avons le droit d'être fiers.

AMEDEE LAMARCHE

LKS CONTEMPORAINS.

AMEDEE LAMARCHE

La mort aveugle, imbécile et cruelle, vient encore de frapper avec une rigueur impitoyable. Elle semble, cette fois, avoir exercé une vengeance contre le jeune praticien qu'elle a si prématurément couché dans le tombeau.

Lactance-Amédée Lamarche, fils du distingué <^qcteur J. B. A. Lamarche et feue Philomène Mallette, est mort dans la nuit (î^i jeudiji vendredi, à 4 heures du matin, ^,râge de 3^ aqs, 3 mois et 12 jours, i 1\ est, certes, toujours douloureux de voir disparaîtra un jeune homme et d'assister à

r effondrement d'une vie à peine commencée ; mais combien plus intense est la douleur des survivants, lorsque le défunt emporte dans la tombe toutes les brillantes espérances que son talent, sa constante application et la règle de sa vie avaient fait concevoir.

Et lorsqu'à cette brutalité de la mort, s'ajoutent des circonstances particulières, qui font du mort une victime héroïque ; lorsque l'accomplissement d'un devoir se fait le complice de la sinistre faucheuse, les regrets sont peut-être encore plus cuisants, mais ils apportent avec eux la consolation suprême d'un noble exemple qui émeut tous les grands coeurs.

Le Dr Amédée Lamarche, mort victime de son devoir, vient d'ajouter un nom à la liste universelle des martyrs de l'humanité.

C'est en pratiquant une autopsie, c'està-(«ire en cherchant à arracher à la nature un de ses secrets pour en appliquer la découverte au soulagement des malades, que le regretté Amédée Lamarche a contracté la fièvre typhique qui l'a emporté, en dé-

AMÉDÉE LAMARCHE

pit des soins dévoués des docteurs Lefebvre, Lachapelle et Fafard. L'impossible a été tenté, mais rien n'a pu triompher de la mort, obstinée à prendre cette jeune vie.

La profession médicale fait a insi une perte immense, car le défunt s'annonçait Comme devant fournir une carrière des plus brillantes. Nul . 'était mieux doué (|ue lui, et nul n'était mieux armé pour s'illustrer dans son art et faire honneur à son pays.

Amédée Lamarche était né à Lachine.

Il fit ses études classiques au Collège de Montréal, et, tout jeune, il avait manifesté la louable ambition de marcher sur les traces de son père, le savant professeur d'obstétrique à l'Université Laval. C'est dans cet établissement qu'il fit ses études médicales. Il travailla avec ardeur et passa son doctorat avec la note suprême :

Très grande distinction."

En mars 1896, il entra à l'hôpital Notre-Dame en qualité d'interne, et l'année suivante il prit le titre et les fonctions d'interne en chef. Il devait quitter l'hô- [)ital l'an prochain, et, avant de s'établir

à Montréal, son digne père avait résolu de lui faire faire le tour du monde, au moins du monde savant^ afin qu'il puisse entrer en contact avec toutes les illustrations médicales de tous les pays. Après ce voyage d'études que peu de jeunes docteurs peuvent accomplir, il serait revenu parmi nous,et, ayant à sa disposition la magîii tique bibliothèqtie de son père — bibliothèque médicnle unique dans le Doîiiinioîi — ainsi que ses collections et ses instruments qui forment une richesse précieuse que les célébrités européennes ne possèdent pas toujours en toute propriété, il aurait certainement illustré le nom déjà si hono ré de Lamarche.

Le sort en a déci<ié autrement, il faut se courl)er sous ce rigoureux décret Mais nous ne voulons {)as laisser partir ce jeune, consciencieux et modeste savant, sans payer à sa mémoire tribut d'hommages et d'admiration que l'on doit à toutes les victimes du devoir.

Nous ne tenterons pas d'offrir à son malheureux père de banales et douloureuses condoléances. II est des douleurs que l'on ne doit pas chercher à apaiser, car l'excessive amertume est une volupté.

The Sun Photo. P'ngraving Ca.

ISRAËL TARTE

ISRAËL TARTE

Dans l'avant-propos de son livre, Nos hommes d'Etat Jules Simon dit:

J'aurais voulu mettre plus d'art dans ces portraits ; mais je crois qu'à défaut d'autre mérite, ils ont celui d'être ressemblants. On me reprochera peut-être un peu d'indulgence. Je ne m'en défends pas, j'ai le goût de l'admiration, et je m'efforce toujours de voir les hommes et les choses par leur beau côté.

Tout en éloignant Tidée de rapprocheipent entre le célèbre écrivain et Vieux- Rouge, nous avouons nous trouver bien de cette citation. Le même reproche d'indulgence nous a été adre>sé. 11 est proba-

blement assez juste, mais meilleure défense ne saurait être trouvée que celle-là.

On trouvera sans doute singulier un début de ce genre, quand il s'agit du ministre des Travaux Publics. L'explication en est pourtant fort simple. D'abord, c'était la première occasion qui nous était offerte, et puis, il n'entre pas dans notre plan de refuser à M. Tarte ce qu'il mérite en louanges.

Le Réveil n'a cure ni crainte de passer pour trop admirer cet homme, ce qui ne l'einpêchera pas d'éviter soigneusement d'être injuste.

Cet homme a, riès le début, été étonnant. C'est ainsi que nous le voyons se faire notaire, lui, le moins destiné à cette profession. C'est vrai qu'il n'y a pas amasfcé mousse.

11 prend la plume dans une publication minuscule, se fait remarquer par un style vigoureux et net, par ses connaissances et ses audaces. Son terroir est trop étroit, il décitîe de pn ndre le large.

Les journaux de Montréal lui étant fermés, il s'adresse à un très proche parent, feu

ISKAEL TARTE

Thon Jos. Ciuichon, diiectenr (in Journal de Québec Koi t mal il se tourne vers

le Canadien, que dirigeait alors M. Blumhart, le MHgnard de ce pays. Eéponse favorable, entrée sans éclat, pnis, bang! un niticle Hii salpêtie. Echange de coups de plume entre le Canadien et le Journal comme, osons l'espérer, il ne s'en donnera l)lus dans notre pays.

On s'est souvent i)osé la (]uestion : M. Tarte se vengeait-il du refus infligé par son parent, ou voulait-il tout simplement établir sa cote ?

1 es deux à la foi>^, croyons-nor.s. D'ailleurs, Québec n'était pas assez spacieux pour deux fernilleurs de cette taille. Feu Caiichon, écrivain habile, retors, profondément instruit, populaire, actif comme l'électricité, mêlé à tous les mouvements, piésident de vingt sociétés, pas retenu par des principes trop fixes, Cauchon député et en passe de devenir ministre, en dépit des libéraux (comme M. Tarte il y lieux ans) prenait trop de place au soleil. Il fallait au moins la diminuer.

Avouons-le, s'il se défendit bien, il tut impitoyablement malmené, et nous dou-

tons qu'à sa mort toutes les blessures qu'il reçut à cette époque fussent cicatrisées.

Son rival poussa le front '' , comme on Hit là-bas, ju.^qu'à lui contester le mandat de Québec Centie. Ce fut sans succès, il e>t vrai, mais pendant tout ce temps la personnalité de M. Tarte s'arrondissait; prenait une importance provinciale. Autour de lui venaient se grouper les influents, les riches du parti conservateur.

Ecrivant habituellement de mémoire, nous ne garantissons pas de suivre Tordre chronologique des faits. Et puis, de ce temps-là à aujourd'hui* notre portraicturé s'est tant démené et sur tant de champs que, même avec les dates devant nous, il nous faudrait aller un peu à l'aventure. Continuons :

Un bon matin, le public fut tout surprix d'apprendre que le Canadien avait changé de mains. La première partie des transactions s'était îaite dans des circonstances assez .... nocturnes — avec ou sans jeu de mots - dans un café fashionable tenu par Maugard, acteur français de quelque valeur, qui était venu s'échouer sur nos rives. De fait, si not*s avons bonne

ISRAËL TARTE

souvenance, jamais Taffaire n'a été bien tirée au clair.

Voilà donc M. Tarte mnître au Canadien, Il le mena sur un train de cuirassier en charge, travaillant nuit el jour, menant dix polémiques de front et mettant sur les dents ses adversaires, même le typique Pitre A. Tremblay, dont Fendurance et le courage étaient admirables. Il ne ménageait pas même des journalistes amis, coupables de mollesse, ou d'accointances qui ne lui allaient pas.

Puisque le nom de Vf. Tremblay est venu sous notre plume, protitons-en i)our parler de M. Tarte comme organisateur d'élections, de ses attaches avec Sir Hector et de Tinflucnce indue, trois points importants et qui se tiennent étroitement dans cette étude.

M. Tarte n'eut jamais d'animosité personnelle contre M. Tremblay, nous en sommes presque certain ; il était peut-être l'admirateur de cet homme fait de fer et dont toute la vie se résuma dans deux mots : travail et abnégation.

Mais sir Hector avait perdu son mandat après l'affaire du Pacitique et M. Tarte

avait mis sa fortune politique dans la même barque que le défait. Sir Hector dans la vie privée c'était M. Tarte retomoé dans les deuxièmes et peut-être troisièmes rôles. Ajoutons que Sir John, de luimême ou influencé, ne paraissait pas tenir l)eaucoup à voir revenir l'ancien député de Dorchester.

Il fallait donc frnpper un grand coup, forcer la main au chef. Le commencement consistait à trouver un siège : celui de Gharlevoix tut remis au vote. Mais restait une thèse neuve à inventer, car le parti libéral était puissant, st.s i)romesses encore toutes clinquantes, ses imprudences dans l'œuf.

La Protectien n'avait pas encore pris d'importance et, d'ailleurs, pour un comté éloigné, mal dégrossi, vraies Cornouailles comme Tétait Gharlevoix, c'était trop abstrait.

On ne trouva rien de neuf, mais Vf.

Tarte, avec ce flair qui lui a rarement fait défaut, fit accepter par le ban et l'arrière-ban de ses gens de remettre à l'ordre du jour la toujours inquiétante question du libéralisme catholique, de lui refaire peau neuve.

ISRAËL TARTE

Charlevoix était certes le comté le plus propice en cette occurrence : le clergé s^ trouvait comme trié sur le volet et, par surcroît, M. Tremblay avait, nous ne savons pourquoi, une assez déplorable réputation chez les gens bien pensant.

On sait ce qui arriva : mandements, sermons fulgurants, et cabale " cléricale furent employés en collaboration avec le whisky, Tintimidation brutale et les trucs les plus inouis. M. Tremblay fut défait, la question de l'influence indue arguée devant le tribunal, et le juge Routhier, qui n'avait pas encore mis d'eau dans son vin et revêtu la casaque des ralliés" , décida que le clergé avait eu droit de se substituer aux indignes et ridicules laiques. "

La campagne de l'influence indue dura le temps qu'il plut à Vf. Tarte de la faire durer et il la lâcha quand la Protection lui parut sufiisamment attrayante. Toutefois, ce ne fut qu'après s'en être servi jusqu'au coton pour amener la défaite de Laurier à Drummond et Arthaba^ka. S'il ne l'employa pas trop dans Québec-Est, c'est que

LES COI>ÎTEMPOEAINS

le clergé n^y mordait pas et que les élections de Fendroit sont d^une autre entournure.

Dans tous lés cas, non seulement vint un temps où l'influence indue fut reléguée comme une cognée sans manche, mais il Fa combattue depuis.

On a remarqué, d'ailleurs, que sur toutes les questions, M. Tarte a, à différentes époques, prêché le pour et le contre avec une égale vigueur, une égale audace.

Sous ce rapport, comme sous tant d'autres, il a battu le record.

Laissons de côté pour l'instant, les grandes sphères où notre homme se tenait de préférence. Il en est d'autres où il trouvait également le temps de se mouvoir.

Il y eut une époque où l'administration municipale de Québec avait des attraits pour ceux qui, comme lui, écrivaient cyniquement qu'il faut avoir l'indépendance de fortune " pour se sentir le cerveau libre et la main leste.

Cette administration était aux mains des libéraux. L'empêchement ne fut pas trouvé insurmontable par le directeur du

ISRAËL TiRTE

Canadien. L^aqiieduc de Beemer le révéla homme de progrès. 11 fallait réveiller la vieille capitale, la pousser de Tavant, remhellir; bref, c'était Talliance avec MM. Pacaud et Langelier. Tôt ou tard, ça devait arriver. L'atavisme de la finance d'à côté, quoi !

Ça fit du scanoale. Les bonzes de Fultramontanisme en frémirent sur leur postérieur, le futur sénateur Landry tonna dans le Nouvelliste, organe semi-officiel du Cercle Catholique. M. Vincelette éleva les tuyaux Beemer à la hauteur d'un schisme et il fut même question d'y consacrer un chapitre dans la Cité du Mal.

Mais M. Tarte, qui en avait assez de regarder les augures sans rire, envoya tout ce monde au balai, et Québec fut doté d'un second aqueduc dont les eaux, espérons-le, ont, depuis, lavé bien des mains et, aussi, bien des consciences.

L'indépendance de fortune fut-elle atteinte ? Seuls, Jéhovah et Israël pourraient nous le dire, et tous deux sont d'une discrétion enviable.

Tout de suite apparaît l'inévitable contradiction.

A côté de Québec, séparée par une simple rue, se trouvait la municipalité de St-Sauveur, qui profitait de son autonomie pour empester la ville, se passer d'égoûts, d^éclairage, de trottons, et qui constituait en outre, avec ses masures en bois, un permanent danger de conflagration.

A diftérentes époques, il avait été question d'annexer cette municipalité à Québec, de l'asservir à des règlements d'ailleurs bénéficiables pour elle, comme le passé Ta prouvé. Toujours, la populace et les ward poUticians s'y étaient opposés. Il y avait eu danger d'émeute.

Un jour vint, cependant, où il se trouva à St-Sauveur, des hommes qui résolurent de tenter un autre grand effort. Un meeting fut organisé pour étudier la chose, que vit-on ? M. Tarte, le progressiste de l'affaire des tuyaux, le grand pousseur de l'avant, M. Tarte mit son journal au service des populaciers, trempa sa plume dans le plus vert des fiels et, au meeting, prononça le discours le plus méchant, le plus véhément possible, discours qui lui

ISRAËL TARTE

valut la présentation d'une canne à pomme d'or ....

Ce fait, qui peut nous paraître aujcurd'hui s rns importance, nous montre tout de même les tactiques de Fhomme à cette époque et à toutes les époques.

Si parva Ucet componere magnis.

Entre temps, il se faisait fermier, ce qui n'est pas un mal ; il ouvrait les pages des annales politiques au taureau de Vî^lcartier, lequel, paraît-il, portait une tache originelle, et acceptait la collaboration de Charles Queneau dans les circonstances connues, ce à quoi nous n'objecterions pas si, de nos jours, la Patrie ne tombait pas si souvent sur les écrivains venus de France.

Et ce ne sont là, |)ourtaut, que des peccadilles ...

C'est peut-être à cette époque qu'il établit sa réputation indéniable de poléiuiste puissant. Qu'y a-t-il dans son genre de plus remarquable ? Ré{)onse difficile.

Pour nous, sa force s'est doublement constituée, d'abord d'une conception toujours parfaite des questions — surtout quand il

voulait errer — de plus d'un style qui, au hesoin le plus élevé et le plus populacier, rendait exactement sa pensée. Pe^u d'écrivains, cb^z nous, ont eu un vocabulaire plus riche ét la connaissance de la propriété des niots plus étendue. Et cela à une époque où nous avions Fabre, Dansereau Provencher, Tassé et Trudel.

Il travaillait rapidement, fiévreusement. Ne pouvant s'entourer d'un nombreux personnel, il traitait en bon père celui qu'il avait, accordons-lui cette bonne note. Les bons travailleurs s'en sont trouvés bien.

Dans ce bon temps les journaux n'avaient pas du mirifiques circulations, mais le journalisme existait. Le truc et la grossière illustration ont supprimé le style et le bon sens. La qualité a été tuée par la quantité. Ceci a tué cela.

M. deBoucherville au pouvoir, ce n'était guère un idéal pour M. Tarte. La présence de M. Angers le retenait seule. M. Angers fut aussi son grand ami. Il aimait ce cravacheur qui avait, entre autres qualités, celle d ^ tenir à l'ombre les chaplistes. Ce n'est qu'en ces derniers temps que

ISRAËL TARTE

M. Tarte s^est senti rln |)arffiit amour pour Montréal et ses gens.

Il aurait bie voula faire déposer M.

DeBoucherville en faveur fi^in homme moins slow, comme le firent |)lus tard les libéraux de M. Joly, ce castor perdu dans lè hngu( notisme.

Luc Letellier régla Tnifaire d^ine autre manière. Alors il fut beau à voir le directeur du Canadien. Redevant conservateur sans nuance, sans casuistique, il^e montia le plus farouche des hôtes de la Vlaison Bleue, son seul regret étant que le faiseur de coups d'Ktat n'eût qu^une tête. Il ne fit qu'un avec Chapleau, s'apprivoisi dès lors à oublier Angers et ne pensa plus qu'à l'avenir.

Ne pouvant changer encore de Dieu, il changeait de Mahomet.

Quand Chapleau succéda à Joly, il est probable que M. Tarte ne fit qu'un pas de son sanctum au cabinet du Premier, lui demanda la récompense de ses travaux et qu'il reçut cette réponse que fit Juh^s Ferry en pareille circonstance :

Ecoutez, mon cher Bercier, avait ré-

LES CONTKMPORAINS

pondu Ferry, il s'agit de se montrer hoinine politi .ue et de comprendre ma situation. Vous, iKous êtes un autre moimême, je n'ai pas besoin dé vous donn ;r

** une place pour être sûr de vous, tandis que je suis forcé d'amadouer la gauche radicale. Bref, je viens de donner la

'y place que vous désiriez à un ami de Clémenceau. N'est-ce pas bien joué ? "

C'était M. Tarte qui était joué, et il ne le pardonna pas. Il cacha fort habilement èon dépit^ montra une abnégation parfaite et attendit. Seulement il avait affaire à forte tête.

Depuis longtemps Chapleau l'avait jaugé et sa confiance en ce bloc enfariné était nulle.

Le chef se servit du partisan ; il eut même l'air de le mettre dans ses confidences, mais, quand il l'avait pour hôte, si le jeu du bouchon était permis, celui des petits papiers était sévèrement interdit.

M. Tarte ne se faisait pas d'illusion sur l'amitié qu'on lui accordait. Il en souffrit tellement, d'ailleurs, qu'il remit le mandat de BouRventure qui lui avait été con-

ISRAËL Ti^RTE

fié après une lutte nourrie des dernières guenilles de rinfiuence indue.

Mais si ça n'allait guère à Québec, du côté d'Ottawa tout marchait bien Langevin ne faisait pas Fingrat, il ouvrait largement son gilet à son sauveteur, alimentait son journal et n'hésitait pas à le traiter comme son alter ^^o dans la'vieille capitale.

M, Tarte profitait de tout avec ce brio qui lui est propre et, entre autres retours de gratitude, alimentait septante fois par jour Facrimonie peu apparente encore mais déjà profonde entre le chef à Ottawa et celui à Québec.

M. Tarte sentait bien déjà poindre dans son cœur un vif sentiment d'amitié pour le fringant et fin-de-siècle Sir Adolphe. Toutefois, rendons lui ce témoignage : il restait fidèle à l'autre.

A cette époque il ressemblait à ces courtisanes, dont parle Jules Simon, qu'on traite en personnes vertueuses parce qu'elles n'ont qu'un amant à la lois, mais qui en ont toujours un

Son amitié ouverte pour Caron ne vint

LES CONTEMPOBAINS

que le jour où McGreevy et Langevin cessèrent d'être avenants. Comme la révolte aurait été prématurée et probablement infructueuse, il se servit de Caron en manière de transition. Comme première preuve d'amitié au nouveau maître, il tonna contre le Nationalisme — quelquei jours après avoir fait mettre le drapeau du Canadien à mi-mêit à Gû.use de la mort de Riel — et se mit à dos un gros procès avec le colonel Amyot qu'il injuria parce que c'était dans les goûts du nouveau clan.

Il réussit, toujours pour le même bon motif, à préparer les circonstances qui amenèrent Sir Hector à se réfugier à Trois- Rivières. Tout cela produisait un joli état de choses : Langevin était au plus mal avec Caron et guère mieux avec Chapleau, et ces deux derniers étaient loin de se faire ( es testaments mutuels. Et plus tard, ô archi mic-mac ! comme Caron né faisait plus Faffaire, notre homme fut le plus chaud à conseiller à Chapleau d'aller à Ottawa. C'était un franc commencement de travail en faveur des libéraux.

Mais n'anticipons pas : nous aurons à revenir sur nos pas.

ISRAËL TARTE

" Ajoutons seulement qu^entre deux intrigues, pour se reposer ou pour ne pas cesser d^être étonnant, le directeur du Canadien écrivait des articles pour .... la Fédération Impériale !

' Ce fut la vente du chemin de fer du Nord qui offrit à M. Tarte l'occasion de se venger de Chapleau. Cette vente ne lui faisait ni froid ni chaud, comme il Va pratiquement admis plus tard. Il n'en cria que plus fort, ayant double raison : la transaction était menée par un homme qui Pavait profondément blessé, et, chose impardonnable ! il ne serait pas au partage de la commission, si commission il y avait.

Sa campagne fut habile, ardente,, flamboyante de souci des intérêts du peuple. Dans les coulisses et surtout au Conseil législatif, il mena Fintrigue avec une audace sans exemple. Mais les chaplistes étaient trop forts, trop retors ; ils avaient nn état-major trop bien organisé. Notre homme fut battu. Il s'en consola peu après en acceptant un voyage à Paris avec • . . . L. A. Sénécal, une bête noire de la veille. Il revint de la Ville-Lumière

absolument épris du grand brasseur d'affaires et ... . propriétaire ou à peu près de V Evénement, journal sur lequel L. A. Sénécal avait eu jusque là une copieuse hypothèque. Pas de commentaires.

Les mois et les années qui suivirent furent passées dans le recueillement ... * et la collection des petits papiers tourna à la manie.

Notre homme cultivait davantage Famitié de M Vf. Pacaud et Langelier.

Groupe fécond, bien doué, pesé par Dieu de toute éternité. Mêmes principes, mêmes aspirations, mêmes scrupules, même abnégation. Jusque dans leurs dissidents accidentels, on sentait un grand et inaltérable fond de sympathie. Ils ont par la suite suivi des routes quelque peu différentes, mais aucun d'eux n'a forligné, n'a mis en oubli les méthodes limpides et précises d'économie politique étudiée autrefois.

Il est bien certain qu'en partant pour Ottawa, Chapleau n'avait pas en plus grande estime M. Tarte, mais il allait en avoir besoin dans ses luttes là-bas. La guerre à McGrreevy, c'était la guerre à

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Langevin, et pour que cela se fit, il fallait M. Tart3. L'entente entre ce dernier et le nouveau secrétaire d'Etat ne fait aucun doute. Et une fois de plus on a vu alors des hommes se préférer à leur parti.

M. Tarte entreprenait une tâche qui répugnait à tout l'entourage de Chapleau, mais lui la considérait déjà comme l'œuvre de sa vie. Prévoyait-il que cette nouvelle aventure le pousserait dans le camp libéral ? Pas à cette époque-là, pensonsnous. Faire d'abord une aubaine, puis servir Chapleau qui deviendrait chef à Ottav^a c'était tout. La preuve abonde. Avant de demander une enquête sur McGreevy, il l'en menaça pendant un an. ** Je vais parler, " écrivait- il tous les matins. Je vais parler, " allait-il dire à Sir John. Comme il eut été bien aise qu'on l'empêchât de parler. C'eut été assez facile, mais le parti conservateur devenu blasé et mûr pour la chute, divisé au dedans .et au dehors, semblait attendre comme une distraction, comme un stimulant, les révélations de 1'*' homme nerveux. "

En parlant, M. Tarte perdit le bénéfice immédiat devant résulter de sa longue et

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laborieuse intrigue, et ne gagna rien à Chapleau qui. de ce jour, n'eut qu'embarras et humiliations.

Et la dernière est la lettre écrite de Spencer Wood en ces temps derniers, lettre que M. Tarte n'a pas encore expliquée et qui contenait le germe o'une autre trahison.

Nous ne craignons pas d'écrire ici qu'en frappant presque simultanément Chapleau et McCarthy, la mort a détruit une combinaison que machinait M. Tarte pour un avenir rapproché.

Tarte et Mercier, un autre chapitre qui sera court, mais qui exige un tome.

Le journaliste pensa tout d'abord que le gouvernement n'était pas viable et le combattit dès le premier jour. Il lui refusa obstinément le ^air play dû à tout débutant. Nous nous rappelons fort bien les apostrophes que lançait, en pleine législature, le premier ministre à M. Tarte, assis à la galerie des journalistes. Les naïfs voyaient entre ces deux hommes une haîne que la mort, et encore, peut seule éteindre. Les experts en tartisme s'amusaient propre, et ils avaient raison. Plus'

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SI

la majorité ministérielle s'arrondissait, moins sévère devenait notre homme et bientôt, grâce à cette double gradation opposée, M. Tarte se trouva, un beau matin, broutant dans le pré fleuri des lettres de crédit. Il n'entre pas dans notre cadre de raconter par le détail tous ces agiotages vrais ou non. A leur sujet, comme pour les jobs qu'on a imputés à Tarte avant rère Mercier, voici notre opinion: Que Ton ait exagéré, c'est très probable et ç'a été même fort naturel, étant donné l'homme et ses mauvais compagnons ; quant aux transactions inavouables qui existent réellement, M. Tarte peut être certain que l'opinion publique est formée, qu'elle l'a été sans le concours des juges et des jurys et quWcun juge ou jury ne pourra la déformer.

On sait ce que valent les procès, surtout ceux que l'on n'ose entreprendre que le jour oii tous les atouts sont dans la même main.

MM. Pacaud, Tarte et C. Langelier ont été la cause de la chute de Mercier. Et le plus piquant de l'afifaire, c'est que M. Tarte persistait à se donner comme conserva-

teur. C'est comme tel qu'il se fit élire dans Montmorency, puis à Tlslet doii il partit pour Ottawa dans le but de frapper le grand coup.

Les conservateurs ne le comptaient plus comme leur, et les libéraux ne frayaient pas encore sans crainte avec lui. Il avala tout avec le flegme d'un homme décidé à tout ; il se langa dans les dessous. La mort de Sir Jolin le mit à son aise ; il ne se sentait jamais le cœur fort en face du vieux renard ; il se savait deviné ot battu d'avance.

Mais avec Thompson, grand poseur à la vertu et bien monté par les Chaplistes, ça \ marcha bien. Enquête, condamnation, démission, toute la kyrielle. Et M. Tarte se disait toujours conservateur.

Or, Chapleau dut partir en exil, ce qui détruisit le plan du délateur. En plus, il se trouva sans parti. Alors le mouvement de conversion se fit rai)idement et il entra dans le parti libéral sans, on le sais, y être invité.

Nous tenons à être bien compris : quelque tortueux qu'ait été le chemin suivi par M. Tarte pour arriver au parti libéral, ce-

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la n'a rien à faire avec ses agissements dans ce parti.

Bien plus: il a payé son droit d'entrée par un travail admirable d'activité et d'habileté. Pendant que, dans cette province, la plupart des chefs rouges vaquaient à leurs affaires et se désintéressaient de tout, lui parcourait le pays, organisait des clubs, multipliait les théories d'attaqu \ enseignait les bons vieux trucs bleus, donnait à la question des écoles une tournure inattendue et perfide. Mais qui plus est, du Laurier froid, abstrait, quelque peu mythologique, il faisait un Laurier plus communicatif, moins guindé et ne craignant plus la grivoiserie politique. Il passait la lime sur ses scrupules, lui enseignait qu'en temps de guerre de ce genre, la parole donnée a des racines toutes théoriques, que l'on peut promettre blanc à Te^t et noir à l'ouest et, qu'en somme, la restriction mentale est autant l'appnage des chefs de partis que des Jésuites. Bref, il métamorphosa Wilfrid Laurier en John A. Macdonald.

C'est du travail, tout cela, et le reste donc . . . Pas n'est besoin d'y revenir. Il

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suffira de reconnaître que la victoire lui a été due en grande partie. Mais . . .

Mais, parce qu'on a réussi à remettre son voisin en possession de son domaine, il ne s'ensuit pas que Ton ait droit, dès le premier jour, de s'y installer en maître.

Mais il ne faut pas, du jour au lendemain, par son exemple personnel, réduire toute la politique d'un grand parti, à une vulgaire question de patronage.

Mais il ne faut pas que, tout méritant qu'ait été l'ouvrier de la onzième heure, celui-ci prenne la part de ceux qui travaillaient dès l'aube.

Mais il ne faut pas élever le népotisme à la hauteur d'une constitution, tout vibrante qu'on ait la ûbre paternelle.

Mais il ne faut pas que les siens éclaboussent au passage les autres artisans de la commune victoire.

Mais il ne faut pas que fatalement, sous chaque transaction administrative que l'on a dirigée, apparaisse un job ou quelque chose d'â-peu-près.

Mais il ne faut pas encanailler le Chef,

ISRAËL TARTE

l'insensibiliser, le réléguer dans la niche et pontifier soi-même.

Nous avons trop de fois récité, dans ces colonnes, la longue litanie des griefs des vrais libéraux pour qu^il soit nécessaire d'y revenir.

Laurier n'a pas apporté remède. Pourquoi ? Son ministre le tient-il ? En a-til peur ? Ou, encore, craint-il de se montrer ingrat ? Supposons, charitablement, que cette dernière raison est la bonne, estelle valable ? Doit-on préférer un individu au parti ? Le chef a pourtant eu, en ces temps assez récents, un exemple qu'il pouvait suivre sans démériter.

M. Tarte a-t-il plus fait pour Laurier et pour le parti libéral que Bismarck pour la dynastie des Hohenzollern et pour l'Allemagne ? Et, cependant, quand le Chancelier de fer est devenu un embarras, un danger, il a été renvoyé, tout en recevant honneurs et récompenses sonnantes pour les services rendus.

Que le chef prenne garde : le jour oii son prestige ne sera plus assez fort pour faire supporter son allié, le (Jésastre ne sera pas

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loin. Et ce prestige s'use aux deux bouts, au double jeu d'une politique d'aventure et du maintien d'un homme condamné.

Comment tout cela finira t-il ? Pour M Tarte, c'est devenu assez difficile à prédire depuis la double mort dont nous parlions.

Il rentrera peut-être dans le journalisme pour le plus grand malheur de plusieurs, de Laurier le premier peut-être.

Pour le chef, connaissant son tempéramment, pour ceux-là surtout qui l'ont approché après une détaite personnelle, ce sera une désagrégation totale. Et quel dommage! car cet homme est vraiment l'un des types les plus remarquablement doués que notre race ait produits.

Tenez, plus nous y pensons, plus nous hante le tableau du dégommage de Louis XV, et de Rocco, après la perte de la Mascotte. Or, pour un chef, la confiance des siens c'est la Mascotte. Sans elle, tout va grand train au bout du fossé.

Plus aussi, nous revient avec une égale obstination la certitude que M.Israël Tarte sera pour Laurier ce qu'a été Wilson pour Grévy.

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CALIXTE LEBEUF

CALIXTE LEBEUF

Quelqu'un s'est écrié avec raison : " Il faut être républicain en république. ''

Dans notre pays, à une autre époque mais mu par des sentiments d'un même ordre, un groupe d'hommes énergiques et convaincus a lancé l'ultimatum : " Il iaut être libéral dans le parti libéral. "

Ces intransigeants ont été la moelle du libéralisme dans notre province ; heur ou malheur, que le drapeau fut planté à la Droite ou à la Gauche, ils n'ont été ni plus loyaux, ni moins. Leur credo est resté intacte, et s'ils ont paru parfois quel-

que peu empêcheurs de danser en rond, invariablement l'avenir rapproché leur a donné raison.

Souvent, au cours de ces études biographiques, nous avons eu Foccasion de parler de ce groupe collectivement et, en particulier, de plusieurs de ses principaux membres.

Aujourd'hui nous voulons consacrer tout un article à celui qui nous a toujours paru le plus méritant, le plus inébranlable de ces vrais libéraux.

D'abord, une rapide esquisse biographique.

Né à St-Thimothée, comté de Beauharnois, M. Lebeuf a, d'abord suivi, sous une direction anglaise, un cours commercial, puis le classique à Ste. Thérèse. Avant d'étudier la loi, il alla perfectionner ses premières études dans un collège de Kingston.

Il fit sa cléricature sous MM. Bélanger, Desnoyers, J. A. Ouimet, DeMontigny, Andrew et W. Robertson, tout en suivant les cours au McGill. M. Lebeuf, qui a vingt-cinq ans de pratique, eut pour premier assoeié le regretté Edmond Lareau.

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Depuis 1873, on Ta toujours vu dans le mouveinent politique. Il a porté la parole dans presque tous nos comtés, de même que dans Ontario et la Nouvelle-Ecosse.

C^est lui qui, de concert avec Thonorable M. Rosaire Thibaudeau, organisa la campagne qui aboutit à la victoire de Thonorable M. Joly. Ses deux années de présidence du Club National furent mémorables.

M. Lebruf a beaucoup écrit dans les journaux, surtout aux époques où il croyait urgent de lancer le cave ne cadas à des chefs oublieux et téméraires.

Bien qu^il ait été constamment sur la brèche et que sa carrière compte déjà un quart de siècle, il paraît aussi jeune, aussi frais, aussi robuste qu41 y a quinze ans. Tout chez lui exprime Ténergie, la détermination. Prompt à voir, tels qu'ils sont léellement, les attenants ou les aboutissants d'une question ou d'une situation, il ne Test pas moins à conclure, et une fois la conclusion prise, l'action suit de près.

Il pense remarquablement juste ; il a le coup d'œil d'une grande sûreté, et le coti-

r^ge des convictions chez lai est devenu proverbial. Il a souvent renoavelé la scène de D ivid et Goliath^ et toujours pour le plus gi'and bien de la vraie tribu.

Ses ambitions semblent s'être limitées à bien servir son parti et à prendre une place considérable dans le barreau, car jamais on ne Fa vu faire antichambre pour son compte personnel, et toujours il a refusé d'être candidat, même quand son élection ne souffrait nul doute.

Nous savons que les chefs arrivés n'aimimt pas à entendre ces voix qui s'élèvent pour leur rappeler leurs promesses au pays et au parti ; pour adresser des reproches d'autant moins digestes qu'ils sont justes ; pour les troubler dans leurs bacchanales.

Ce n'est pas non pHis bien agréable de paraître se proclamer prophète ou fils de prophète, mais nous le demandons: le parti libéral n'y aurait- il pas gagné dans le passé, si la voix des Lebeuf et des Thibaudeau avait été écoutée.

Quand M. Lebeuf écrivit ses fameuses lettres à M. Pacaud — vraies Catillinaires

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— il prédit juste. Le parti donna raison à notre ami, mais quand il fut trop tard.

Ce qu'il prénisait alors à feu Mercier, à propos de MM. Pacaud & Cie, il le répète aujourd'hui à Thon. M. Laurier, au sujet de MM. Tarte & Cie. Et tout indique que les événements, hélas ! lui donneront une fois de plus raison.

Pour amoindrir M. Lebeuf, pour le diminuer dans l'estime publique, on recourt au vil et vieux moyen : "C'est un ambitieux, c'est un dépité, c'est un jaloux.... " disent les endormeurs et les manipulateurs.

Nous avons dit plus haut notre pensée sur les ambitions de M. Lebeuf; nous ajouterons, en appuyant, qu'en maintes circonstances très remarquables, il a refusé des faveurs publiques plutôt que de causer des embarras à sou parti ou à des co-partisans de marque. Une réminiscence entre vingt.

Un jour, M. Beausoleil était leader au Conseil de Montréal. Par ce fait, l'élément libéral s'y trouvait chez lui, ce qui a bien son importance, on l'admettra, quand il s'agit d'une administration dont le budget

dépasse celui de la province de Québec. Or, quand vinrent les élections, la candidature contre M. Beausoleil fut offerte à M. Lebeuf ; la requête qui lui fut présentée était signée par au delà dej deux tiers des contribuables d^influence reconnue, M, Lebeuf refusa, car le parti et ses intérêts se trouvaient indirectement en jeu et Thon. Wilfrid Laurier, lui-même, télégraphia à notre ami pour le prier de se sacrifier ; ce qu'il fit.

Parmi les éclabousseurs de cet homme combien y en a-t il qui agiraient de même ?

Les partisans de M. Lebeuf sont nombreux. Il est le favori des clubs où survit la liberté de pensée et de parole. La jeunesse aime ce brave et vigoureux champion de la cause ; elle se le donne comme interprête dans les grandes circonstances, comme Tautre soir encore, au Club National.

Ah ! le Club National ! . . . . Il a bien dégénéré depuis 1888, depuis la présidence de M. Lebeuf.

A cette époque, c'était à Québec que des agioteurs détroussaient le parti et le

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pays. M. Lebeuf éleva la voix, fit entendre d'énergiques protostations. Feu .Vlercier, mal conseillé, répondit par un ultimatum. Il chargea MM. Poirier et St. Jean dMntimer au Club National Tordre de décapiter son président. Les représentants du despote et leurs caudatairesse portèrent en masse vers le lieu de réunion. M. Lebeuf les y attendait avec ce calme et cette énergie dont il est invariablement coutumier. Pendant quatre heures il sou tint le feu; il prit Foffensive presque au début et ses adversaires furent défaits au vote.

Pour Fendurance, le franc-parler et le sain libéralisme, nous ne lui avons connu qu'un pareil : M. Gagnon, ancien député de Kamouraska, et, encore! celui-ci, pris de fatigue, ne s'est-il pas réfugié dans un shérifat ? . . . .

M. Lebeuf aime sa profession. Son esprit méthodique et un grand sens pratique en ont fait un avocat heureux, recherché du public et estimé du Banc. Son nom est attaché à plusieurs causes célèbres, notamment celle de Sauvalle versus Tardivel, où fut débattue une si délicate

et subtile question, et le retentissant procès de Tarte versus Grenier, au cours duquel il déploya si brillamment ses qualités d^analyste de preuve.

M. Lebeuf appoi te à la barre les qualités qui le distinguent sur Tautre champ, et il est particulièrement noté pour ce que nous appellerons très bien : sa fidélité au client. .

L^auteur de ces lignes a souvent causé avec des libéraux vraiment orthodoxes et qui, pourtant, ne tout pas bande avec ^f. Lebeuf. Leur raison ? Toujours la ritournelle des timorés.

Dans son beau livre: Dieu, Patrie, Liberté, Jules Simon parlant d^une situation analogue, écrit ces lignes que nous donnons textuellement :

11 me répondit: Je voudrais être avec vous, mais mes électeurs ne me le pardonneraient pas.

L'un d'eux écrivait : Toutes vos opinions sont les miennes ; mais vous êtes en dissidence avec notre commun parti, je ne veux pas être dissident, je regarderais une dissidence comme une désertion. ''

CALIXTE LEBEUF

Désertion de i]no\ ? s'écrie Jules Simon, aime mieux faire le l»ien contre ses amis que le mal avec eux.''

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GEO. W. STEPHENS

GEORGE W. STEPHENS

Peu de députés dans notre législature provinciale portent un nom plus connu que celui de George Washington Stephens ; il en est peu aussi qui soient si mal appréciés.

M . Stephens n^est pas un homme populaire. Ce n^est ni un compliment ni un reproche que nous voulons lui faire. La popularité emprunte toute sa valeur aux circonstances qui la font naître.

Tel homme public s'insinue tranquillement dans le culte populaire comme un

défenseur des (droits du peuple, comme un démocrate à tons crins, alors que ceux qui sont obligés de vivre dans son intimité ne connaissent pas de pire autocrate. Tel autre jouira des avantages d'une légende qui veut qu'il soit un prodigue, un désintéressé qui ne vit que pour ses amis, quand ces mêmes amis sont les victimes constantes et soumises de son égoisme. De la pose, une réclame bien organisée dans les journaux et sur les hustings est tout ce qu'il faut pour arriver à cette popularité de faux prétextes. M. Stephens n'a jamais eu recours à ces moyens. Entier dans ses convictions, indépendant de fortune, il pousse l'indifférence pour le qu'en dira-t-on si loin qu'on pourrait croire qu'il méprise la popularité.

Cependant il tient à rester dans la vie publique. Esprit remuant, zélé, il veut faire bénéticier les autres de ses idées. Il y met tant de persévérance — nous allions dire d'acharnement — qu'il fatigue souvent l'attention du public et surtout de la chambre.

Ah ! la chambre ! Il faut bien la connaître pocir savoir combien elle a horreur

GEORGE W. STEPHENS

des idées nouvelles qui demandent de Tétude, du travail

Quand en a passé de nombreuses années sur les bancs d^un collège à se pénétrer de réloquence de Cicéron et de Démosthènes, quand ensuite, durant des années aussi nombreuses, on s'est bourré des principes du droit romain et des coutumes de Paris, quand après tout cela, il a fallu s^initier au secret de toutes les intrigues, de toutes les bassesses que nécessitent ordinairement une élection, il est tout juste qu'on croit avoir le droit de se reposer ou tout au moins de vivre sur les connaissances acquises. C'est ce que pensent les neufdixièmes de nos législateurs, que la chambre soit de teinte rouge ou bleue.

Le novateur, le profane qui arrive avec une idée nouvelle, un projet de loi qui n'est pas conforme aux antiques principes des légistes romains, est nécessairement déclassé.

Pour les uns c'est un révolutionnaire aux tendances anarchistes, pour les autres c'est un fanatique avide du sang de ceux qui ne partagent pas ses croyances, les plus charitables se contentent de dire que c'est

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un exalté, presqu'un fou. Aux yeux de tous, une proposition faite par ce novateur doit êtie considérée indigne de considération.

M. Stephens a eu à souffrir de tout cela. Peu diplomate, allant droit à son but en homme pressé, il n'a pas su se faire pardonner son ambition de tout améliorer.

J'ai entendu un brave député de campagne qui avait jadis des aspirations au portefeuille, déclarer que les conservateurs et les libéraux devraient s'unir pour boycotter Stephens. Stephens empêchait ce brave homme de dormir et l'obligeait de rester à Québec quelques jours de plus, ce qui veut dire une augmentation de dépenses à la pension ! Pour beaucoup de députés la session la plus courte est la plus fructueuse.

Malgré ces obstacles, malgré tous les préjugés qu'on a soulevé autour de son nom, M. Stephens a prouvé sa valeur.

C'est encore un homme avec lequel il faut compter, et plus d'une de ses idées sont passées dans nos statuts. Il n'a pas besoin d'autres titres pour avoir droit à une place parmi les Contemporains."

GEORGE W, STEPHENS

Il y a trente ans que M. Stephens est au service du public, Il fit son entrée au conseil de ville en 1868. 11 reste peu de ceux qui furent alors ses collègues. J. McShane est un de ceux qui ont survécu le plus longtemps dans la vie publique ; mais lui aussi, après avoir été Fidole populaire, s'est vu rejtter.

M. Stephens a assis ses œuvres sur une base plus solide, c'est pourquoi elles durent.

Dès son entrée dans la vie publique il a pris pour principe que les affaires du pays doivent être administrées d'après les mêmes règles que celles d'un particulier, c'est-à-dire que dans les dépenses on doit considérer le revenu. Il ne s'est jamais départi de cette ligne de conduite, et plus d'une fois il s'est rendu désagréable par devoir en disant de dures vérités

En 1868, Montréal n'était pas encore sorti d'enfance. Les rues étaient encore à paver, les égouts à construire, l'aqueduc à terminer. M. Stephens a joué un rôle important dans la direction de ces travaux. La ville avait nécessairement eu recours à des emprunts. Quand vinrent les années

difficiles de 1877-78 il fallut réduire les dépenses. M. Stephens fut alors appelé à la présidence du comité des chemins avec la tâche ingrate de pratiquer Téconomie. Il accepta avec ce sentiment du devoir qui a caractérisé sa carrière et il fit immédiatement des réductions considérables dans les dépenses et chose qiii étonnera même ses détracteurs, la partie Est de Montréal ne souffrit pas trop de cette économie.

Du reste M. Stephens n'est pas de ceux qui croient que les gouvernements doivent pratiquer Péconomie quand même. Autant il prétend que les législatures doivent rester dans les bornes de leur revenu, autant il croit que le peuple doit se taxer pour faire face à toutes les dépenses justifiables. Rien n'est plus juste mais aussi rien n'est plus contraire à l'économie de collégiens qu'ont toujourspratiquée nombre de nos gouvernants. Tous nos grands hommes d'un jour ont prêché que les pouvoirs publics avaient pour fonction de toujours dépenser sans jamais rien demander, ils ont ancré dans l'esprit du public l'idée qu'il s'enrichissait en empruntant et que

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tout impôt est un vol. En combattant de front ces erreurs funestes, M. Stephens s'exposait volontairement à la défaveur du peuple ; mais il prouvait son patriotisme et son dévouement. En effet on Fa vu en 1893 inviter le gouvernement conservateur à imposer une taxe sur la propriété pour faire face aux besoins du moment. Grand propriétaire, il aurait payé une forte partie de cette taxe. Il ne s'en inquiétait pas ; il voulait seulement que l'impôt fut réparti équitablement sur toute la province. Le gouvernement cédant à la pression des districts ruraux préféra s'attaquer au commerce de Montréal.

A Montréal, lorsque les expropriations étaient devenues une industrie payante pour beaucoup de personnes, lorsque les propriétaires les plus estimés ne dédaignaient pas d'engager des témoins pour attester que les propriétés dont la ville avait besoin étaient d'une valeur fabuleuse, M. Stephens étonna encore son monde.

Les experts venaient de déclarer que telle de ses propriétés ne valait pas plus de $2.50 le pied. Au lieu d'essayer d'obtenir davantage,il déclara aux commis-

saiies ébahis qu'il n'avait jamais considéré que la dite propriété valut pins de |2.00 le pied.

M.Stephens a déployé le même patriotisme depuis que les déficits s'accumulent dans la caisse municipale. Lui, un des plus grands propriétaires de Montréal, il a constamment prêché l'imposition d'une taxe spéciale pour faire face aux dépenses nécessaires.

Après cela on est bien mal venu de taxer M. Stephens d'avarice. Ayant hérité d'une jolie fortune il l'a fait fructifier par une administration intelligente. 11 n'a pas jeté son argent par les fenêtres, mais ils sont bien rares ceux qui ont fait appel en vain à sa générosité pour une œuvre méritoire— religieuse, politique, ou purement charitable. On nous permettra une comparaison. Chez lui, M. Stephens reçoit ceux qu'il invite d'une façon princière — seulement tout le monde n'est pas invité. De même dans se<=î donations : il n'y en a pas pour tout le monde, mais ce qui est donné est bien donné. Il veut savoir ce qu'on fait de son argent. ,

11 n'y a pas de petites affaires pour lui.

GEORGE W. STEPHENS

Vn joui-, à Québec, il reçoit une dépêche. Il s'aperçoit qu'on lui fait payer pour un mot de trop. 11 renvoie aussitôt le messager réclamer les deux sous surchargés.

Tuij il donne vingt-cinq contins de pourboire au petit bonhomme de messager,

M. Stephens se dit que Fon sait toujours quand on donne volontairement, mais on ne sait jamais ou ça conduira de se laisser voler par négligence.

C'est dans cette stricte et constante adhésion de M. Stephens aux principes des affaires qu'il tant chercher le secret de son impopularité en certains milieux. Il combat toutes les extravagances, il n'y a pas de considération d'amitié qui puisse l'en empêcher. De même, par exemple, il s'oppose aux loteries pai*ce qu'il est convaincu que les peuples ne s'entichissent pas par le hasard, mais par le travail. En même temps qu'il travaillait à supprimer la loterie au bénéiice du Monument National, il offrait de souscrire pour cette œuvre de la Société St-Jean-Baptiste.

Et l'on a dit que M. Stephens était animé par le fanatisme religieux. Nous ne savons au juste à quelle secte il appar-

tient ; mais nous sommes bien certain qu'il n'y a pas une religion au monde qui pourrait lui faire sanctionner une transaction qu'il croit mauvaise.

Hors des affaires c'est un esprit très large, qui s'occupe de tout, qui collectionne tout chez lequel on peut trouver des renseignements qu'on ne trouverait nulle part ailleurs.

Il a une opinion sur tous les sujets, y compris celui de l'avenir des races qui habitent le Canada. Il n'a aucune objection à ce que les Anglais apprennent le français, il prêche même d'exemple dans ce sens. Mais il est convaincu que la parfaite harmonie,essentielle à la prospérité et au progrès du pays, ne sera établie d'une manière permanente que lorsque les nationalités se fusionneront.

Du reste rien ne lui plait tant que la discussion. Il est aussi à son aise dans une assemblée des Chevaliers du Travail qu'à l'Association Immobilière. Toute idée nouvelle commande son attention. Cette ambition de tout examiner, devient même un défaut. Il ne lui reste pas le temps de mûrir ses pensées, d'en soigner la forme.

GEORGE W. STEPHENS

Pour cette raison, M. Stephens n'arrivera jamais au premier rang. Mais il n'en a pas moins joué un rôle considérable et bien utile dans nos aftkires municipales et dans notre politique provinciale. Il a été véritablement le watch dog dont on se plaisait à faire Téloge lorsque Sir Henry Joly était au pouvoir à Québec. Il a empêché plus d'un projet pour aliéner les droits du peuple de s'accomplir. Il a prêché la prudence et la raison à des gens qui penchaient vers toutes les extravagances et toutes les folies.

LES GON'TEVIPORAINS.

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