CHARLES LALONDE
" a toujours généreusement et équitablement traité " le travailleur ; qu'il n'a pas seulement aidé à nos " unions ouvrières, mais qu'il a été des nôtres, que "son passage parmi nous a laissé un de ces souvenirs " qui ne s'effacent point et qui sont enregistrés aux " meilleures pages de nos annales."
Cet éloquent tribut que nous transcrivons à peu près textuellement, nous dispense de tout commentaire.
M. Lalonde a des intérêts dans beaucoup d'entreprises, notamment la grande fonderie de Beauharnois, qui possède des succursales ici, à Toronto, dans les provinces maritimes et qui, au siège principal, donne de l'emploi à plus de cinquante familles. Cette grande industrie date de 1890; en 1896, M. Lalonde en devint l'âme, et depuis, elle n'a cessé d'agrandir ses opérations. Elle jouit d'une charte fédérale.
Ajoutons que M. Lalonde est un ami dévoué, un causeur agréable, un patriote ardent, et l'on comprendra combien il eût été peu juste, de notre part, de ne pas le placer dans cette galerie de portraits dédiée aux hommes qui ont faitHeur marque.
Plioto. Quùrj.Frires. .Sim.Piioto-Eiig. Co.
St-Jérôme est à coup sûr l'une des cités dont la prospérité a été, à la fois, la plus constante et la mieux assise. Elle a dû beaucoup à la nature, mais sans l'esprit d'initiative et de progrès de certains de ses citoyens, elle serait restée à l'état de diamant sans lapidaire.
Plusieurs de ces hommes appartiennent déjà au domaine de l'histoire de la région et même du pays.
Parmi ceux qui sont en pleine vie et que chaque jour voit à l'œuvre, s'en trouve un que nous nous empressons de placer dans cette galerie à côté de tant de compatriotes qui ont mérité de leur pays.
Le notaire P.-F.-E. Petit n'est pas né à St-Jérôme, mais en peu d'années il en est devenu l'un des plus actifs éléments.
C'est à St-Damase qu'il vit le jour le 8 juin 1861. Il fit ses premières études à Ste-Marie-de-Monnoir et son cours de philosophie à St-Hyacinthe. Dès 1882, il fut admis à l'étude du notariat et fit sa cléricature dans l'étude de Mtre J.-M. Lefebvre, de Knowlton, Brome.
En 1883, on le jugea digne d'être député-protonotaire à Sweetsburg, ce qui ne l'empêcha pas d'être admis à la pratique de sa profession durant cette période. (En mai 1886.)
Cédant à l'appel de l'apôtre du Nord, le regretté curé Labelle, le notaire Petit alla s'établir à St- Jérôme en janvier 1888. Il ne fut pas lent à s'assurer une clientèle qui est devenue une des plus considérables, non-seulement de cette région, mais même de toute la partie du pays qui englobe les quatre comtés limitrophes.
En 1892, il épousa Dame Valérie Migué, veuve de Tréflé Côté.
De 1892 à 1895, il siégea au conseil municipal. A cette époque, St-Jérôme prenait son élan définitif. Le notaire Petit mit sa proverbiale énergie à diriger cet élan, à en faire résulter ce qui, d'après lui, seraient les assises de la capitale du nord.
C'est à lui que St-Jérôme dut une très heureuse
consolidation de sa dette. Puis il fit accepter une
charte 'érection en cité dont on peut apprécier la
sage et habile rédaction par le fait qu'elle n'a jamais
été altérée.
Notre ami, on le sait, est un libéral de la vraie catégorie. Il l'est depuis son début dans la vie. Jusqu'en 1895, on l'avait vu accorder à son parti l'aide la plus généreuse, la plus énergique. A cette époque»
le parti jeta naturellement les yeux sur lui pour la candidature.
Ce n'est pas entreprise banale que de contester la victoire au parti conservateur dans une forteresse comme Terrebonne, où les adversaires avaient toujours mis en jeu les plus vives influences de leur répertoire.
Le souvenir de Chapleau y était dans toute sa force ; le choix du candidat qui devait recueillir sa succession avait reçu sa sanction. ' Il avait, dans une célèbre lettre d'adieu, imposé une manière de mandat impératif à ses anciens électeurs.
Mais pour un homme comme le notaire Petit, les obstacles sont autant d'attraits à la lutte. Il accepta donc la candidature.
Il commença sa campagne dès janvier 1896, c'est' à-dire près de six mois avant le jour du dénouement. Il parcourut en entier l'immense territoire électoral qu'est Terrebonne. Il tint des centaines d'assemblées, organisa la bataille dans des endroits où naguère il paraissait inouï même d'y penser.
On dit qu'il fit la connaissance personnelle de presque tous les électeurs. Bref, il mena le struggle sur un tel train et avec des résultats si satisfaisants, que les conservateurs de l'Exécutif de Montréal prirent peur et dirigèrent contre le notaire Petit les plus gros canons de leur arsenal. Les influences les plus variées furent mises en pratique ; on découvrit plu-
sieurs autres comtés pour envahir complètement Terrebonne et l'empêcher de passer à ce candidat d'un calibre si différent de ceux qu'on avait connus dans le passé.
On sait le résultat. Malgré toute cette stratégie et ces influences, M. Petit ne fut défait que par 100 voix, c'est-à-dire qu'il avait réduit de 600 voix la minorité libérale de la précédente élection.
Pour un premier essai, c'en était un de maître, et les conservateurs ne pouvaient mieux exprimer la crainte qu'ils en éprouvent pour l'avenir qu'en entreprenant et continuant pendant plusieurs années contre lui une vigoureuse campagne.
11 est bien entendu qu'il est le porte-étendard tout désigné du parti libéral pour la prochaine lutte, à mpins que, selon la nouvelle donnée par La Minerve elle-même, M. Petit ne recueille au Conseil Législatif le siège rendu vacant par la mort de l'honorable M. Marsil.
Ce serait une récompense bien méritée, mais c'est le vœu de plusieurs qu'il reste dans le personnel actif du parti. Il est encore un jeune homme et la carrière politique s'annonce devant lui belle, longue, brillante.
M. Petit s'est tout spécialement dévoué à doter sa ville d'établissements industriels. Notons à la hâte les manufactures de cigares, de caoutchouc, de meubles et une fonderie. Encore à lui, presque exclusi-
vement, l'installation d'un bijou de luminaire électrique et l'introduction du gaz acétylène, ce dernier mot de la science en matière d'éclairage.
On sait que St-Jérôme est quelque peu en proie à des imbroglios de teinte religieuse. En face de ces situations très délicates pour un homme de sa position là-bas, il a pris une attitude que nous pouvons résumer en deux mots: justice et fermeté.
Il nous permettra, à ce sujet, une petite indiscrétion : il est venu à notre connaissance que son attitude lui a valu, dans le cercle ecclésiastique le plus huppé de notre district, un témoignage de haute valeur et qui prouve bien que dans le monde religieux, en catimini c'est vrai, on place les hommes de tact et d'énergie au-dessus des crétins.
On sert mieux l'Eglise debout qu'à quatre pattes.
Notons aussi que le notaire Petit est directeur de chant à l'église de St-Jérôme et qu'il est on ne peut plus porté à faire briller sa ville même dans cette concurrence que se font les villes et les grandes paroisses dans le domaine des belles célébrations religieuses. C'est une ambition qui n'a rien d'étroit ou de ridicule ; d'ailleurs qu'on étudie ce que font certaines sectes protestantes qui n'épargnent aucun travail et aucun argent pour avoir le meilleur chant et même la plus brillante mise en scène.
Nous n'étonnerons personne en disant que comme notaire il est corps et âme dans le mouvement réfor-
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miste dont nous parlons dans une autre biographie. Il est, d'ailleurs, le président du Cercle des Notaires du district de Terrebonae, ce qui dit tout.
Ajoutons qu'il est Maître-Ouvrier dans la puissante société l'Ancient Order of United Workmen, un membre très en vue de l'Ordre des Forestiers Indépendants, un grand ami des ouvriers qui le lui rendent en toutes occasions, et on nous approuvera de croire que voilà dans une carrière de jeune homme des faits et des mérites que bien des gens âgés et à grosse prétention pourraient envier.
Et avec tout cela, un ami dévoué, un compagnon gai comme laborme humeur, un Canadien de patriotisme éclairé.
Nous avons été heureux d'avoir cette occasion de lui rendre ce trop modeste témoignage d'estime et d'appréciation, et ce, avec la parfaite certitude d'être les interprètes de tous ceux qui l'ont vu à l'œuvre.
Sun Photo Eng. Co.
THEOPHILE BOURDEAU
THEOPHILE BOURDEAU
Les cinquantenaires sont clairsemés dans le domaine du commerce ou de l'industrie.
Les crises, les périodes de dépression, les mille éventualités qui guettent sans cesse ces établissements, en bannissent généralement la longévité. On compterait à peine, dans la métropole, vingt maisons de quelque importance qui datent de la première partie du siècle et qui ont conservé leur autonomie.
Parmi ces doyennes on verra celle de Laurent^ Laforce & Bourdeau, devenue une véritable institution nationale et qui comptera bientôt cinquante ans d'existence.
Fidèle à notre mission de fixer dans ces pages biographiques les mérites des Canadiens-français qui, dans un champ ou dans un autre, ont honoré leur race, joué un rôle marquant, conquis une saine renommée, nous prenons aujourd'hui comme objectif celui qui est devenu la tête de la maison en question,
M. Théophile Bourdeau est né à Saint-Urbain, comté de Chateauguay, en 1854. On lui donnerait pourtant à peine quarante ans, tant est grande son
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activité. Peu d'hommes se sont donné plus de mouvement que lui. En 1868, il partait pour les Etats- Unis, où il suivit un cours anglais supérieur. Peu après, il devint l'interprète de l'agent général de la puissante compagnie formée par MM. Wheeler & Wilson, les fabricants de machines à coudre. On lui assigna tout l'Etat de New York pour territoire. En cette qualité, il visita tous les centres canadiensfrançais, se brisa aux affaires, y développa ces qualités qui ont fait de lui le vendeur si heureux que nous avons vu à l'œuvre dans notre province quand il y revint, en 1870, et depuis.
Jusqu'en 1877, il s'occupa du commerce d'orgues, de pianos et de machines à coudre à la campagne. Vrai pionnier, dirons-nous, car il fut le premier Canadien-français qui se lança dans ce genre d'affaires. Il fallait de la poigne, de l'énergie ; il n'en manqua pas. Aussi, réussissait-il bientôt à introduire dans nos foyers les premiers pianos de facture canadienne. Il révolutionna en quelque sorte ce commerce. Ce n'était pas mince besogne que d'inaugurer la concurrence aux maisons qui jouissaient d'un prestige consacré par le temps et soutenu par une réclame habile, immense, dans laquelle, souvent, l'argent entrait plus que la valeur des instruments.
Mais, M. Bourdeau engagea la lutte sans crainte^ la mena rondement et aujourd'hui il peut, croyonsnous, se vanter d'avoir dans toutes nos paroisses un
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OU plusieurs des pianos et des orgues dont le mérite si réel trouva en lui un champion si éclairé et si entreprenant.
En 1877, la maison Laurent, Laforce et Cie s'empressa de s'assurer ses services comme agent, puis comme surintendant. En 1888, il devenait associé et en juin 1897, par la mort de M. Laforce, il se trouvait à la tête de l'établissement. Soit comme employé, soit comme associé ou patron unique, M. Bourdeau appartient depuis vingt-deux ans à la maison.
Comme il est écrit dans une brochure que nous avons sous les yeux, deux générations d'hommes se sont succédées et toutes deux ont trouvé la maison Laurent, Laforce & Bourdeau toujours à son poste, rue Notre-Dame, poursuivant une carrière ininter- •rompue de succès et de prospérité, résultat d'une longue et saine expérience et d'une parfaite honorabilité en affaires.
Cette maison occupe donc une place marquante dans l'histoire du commerce de Montréal et celle de la ville même, car on peut dire que son enseigne, depuis si longtemps fixée au même endroit, fait l'effet d'une plaque historique ; et elle en est une, de fait, au même titre que celles qui marquent une époque de l'histoire du vieux Montréal.
Comme la borne que l'on est accoutumé à retrouver sans cesse au coin d'un sentier familier, cette enseigne attire peu l'attention aujourd'hui ; on la
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regarde souvent même sans la voir ; mais quel vide, on se le demande, sa disparition ne créerait-elle pas ? Et quelle preuve de solidité et de bonne administration que cette longue et paisible possession d'une place d'affaires du plus haut rang, au milieu du brouhaha de la réclame et à travers le torrent qui entraîne à leur perte tant de concurrents! Quelle garantie pour l'acheteur toujours exposé aux déceptions de vendeurs plus actifs que consciencieux !
Ses fondateurs se complétaient admirablement. M. Laurent possédait le capital ; M. Laforce apportait son expérience d'artiste, de fabricant de pianos. Pareille combinaison, secondée par une énergie infatigable, équivalait aux plus fortes assises. L'avenir qui est devenu le présent, a donné raison aux larges espérances de ces deux vaillants et regrettés concitoyens.
L'hon. M. Rivard, qui fut conseiller législatif et maire, entra dans la société à la mort de M. Laurent. Acquisition précieuse, qui signifiait nerf de la guerre et intégrité. Les opérations allaient toujours en augmentant, grâce surtout à l'activité que déployait au dehors M. Bourdeau, qui déjà était reconnu comme l'âme de l'entreprise et qui remplaça bientôt l'honorable M. Rivard.
M. Bourdeau a décuplé les affaires. Pendant que tour à tour disparaissent ou s'amoindrissent tant d'autres établissements du même genre, celui de M.
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Bourdeau prend sans cesse de l'ampleur. Il recrute •sa clientèle même chez les nationalités qui, autrefois, n'auraient pas seulement songé à acheter un instrument chez un Canadien- français.
Il possède au plus haut degré la confiance des grandes maisons d'éducation. Cette popularité parmi ce public si payant et en même temps si exigent, est le fruit de la politique commerciale de la maison, politique qu'on peut résumer ainsi : intégrité dans les procédés et excellence dans la marchandise.
Quelle meilleure démonstration pourrions-nous produire que le fait remarquable qu'un marchand de musique de Québec a acheté quarante pianos et douze orgues de cet établissement. . . .
Sous M. Bourdeau, le stock a pris des proportions non moins éloquentes. Musique instrumentale ou vocale s'y trouve en abondance et en variété. De fait, plus que jamais, dans sa sphère, la maison contribue au développement du goût du beau dans ce pays.
Si nous appuyons sur ees points, ce n'est pas qu'il entre dans nos intentions de tracer ici une réclame commerciale. Non, nous tenons seulement à donner une pâle idée de ce que peuvent accomplir des hommes de progrès et de sens artistique.
Nous ajouterons encore quelques détails, toujours dans ce but. La maison a l'agrence exclusixe de
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plusieurs grandes manufactures américaines et elle a été la première à placer sur le marché ces merveilleux instruments mécaniques qui, sous le nom de Symphonie ou pianos-angelus vulgarisent les compositions des grands maîtres et suppriment les plus grandes difficultés d'exécution. Elle a, seule à Montréal, un piano imitant les sons de quatorze instruments différents. Une autre maison aurait annoncé à cor et à cri l'arrivée d'un pareil phénomène ; la maison Laurent, Laforce & Bourdeau est ennemi du tam-tam. Son commerce a le calme et la régularité propres à tout ce qui est réellement fort et sérieux.
Comme le croient et l'expriment si bien les Américains : The siirvival cf the fittest est un apanage assez considérable pour ne pas recourir au charla-" tanisme et aux trucs. Ce qui est le meilleur existera toujours.
Ajoutons que madame Bourdeau est l'auteur de compositions musicales qui sont jouées dans tout le pays et que cela constitue une collaboration distinguée et pratique au succès de l'institution dont son mari est le chef.
Comme nous l'avons dit, M. Bourdeau est l'activité en personne. Très souvent en voyage, très absorbé quand il est à son magasin, il n'en trouve pas moins le temps de donner sa grosse quote-part d'attention aux questions publiques, surtout à celles qui se rat-
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tachent au commerce. Il est une autorité en cette matière, servi comme il l'est par son expérience et la sûreté de son jugement. Il est un des membres de notre Chambre de Commerce.
Notre ami, qui est encore un jeune, a le plus bel avenir devant lui. A la tête d'un commerce sans concurrence possible, estimé de tous, éminemment sympathique, propriétaire d'une santé de fer, il jouit déjà de la récompense due aux citoyens qui ont été des travailleurs intrépides et loyaux : le succès a couronné ses efforts et rien ne peut l'enrayer.
IvOMER GOUIN.