Cest la croyance sur laquelle est fondé renvoûtement
li LES CONTES DE CAXTERBURY.
vile il donnait an malade son remèdti.
Il avait ses apothicaires tout prêts
à lui envoyer drogues et électuaires;
car chacun d^eux faisait gagner à l'autre ;
leur amitié n'en était pas à ses déhuts.
Il connaissait hien le vieil Esculape, 430 et Dioscoride, et aussi Rufus,
le vieil Hippocrate, Hali, et Galien;
Sérapion, Rhazis, et Avicenne;
Averroès, Damascëne, et Constantin ;
Bernard; et Gatisden, et Gilbertin K
Il était modéré dans son régime,
qui n'était pas fait de superfluités,
mais d'aliments bien nourrissants et digestifs.
Ses études ne portaient guère sur la Bible.
D'étoffe rouge et perse il était tout vêtu, 440 doublée de taffetas et de cendal ';
et pourtant il était sobre en sa dépense;
il gardait ce qu'il gagnait en temps de peste,
car l'or en médecine est un cordial ;
aussi aimait-il l'or spécialement.
Une brave Femme était là, des environs de Batu; mais elle était un peu sourde, et c'était dommage. Au tissage du drap elle était si habile, qu'elle passait ceux d'Ypres et de Gand. Dans toute la paroisse il n*était ménagère 430 qui à l'offrande avant elle eût le droit d'aller' ;
et s'il s'en trouvait, elle était, certes, si courroucée,
qu elle en oubliait toute charité.
Ses couvre-chefs étaient de trame fine ;
j'oserais jurer qu'ils pesaient dix livres,
ceux qui le dimanche étaient sur sa tête.
Ses bas étaient de belle laine écarlate,
fort bien tirés, et ses souliers tout frais et neufs.
1. Ces noms de médecins ont en français, comme dans l'anglais de Chance r, une forme parfois très diflTérente de l'original.
*2. Ktoiïe de soie mince et riche.
3. Les fidèles allaient eux-mêmes porter à l'officiant leurs oITrandes de pain et de vin.
Pleine d assurance était sa Bgare, et belle, et de teint rouge.
Elle avait été une honnête femme toute sa vie ; 460 des maris au porche de Téglise, elle en avait eu cinq \
sans compter d'autres compagnons dans sa jeunesse;
mais de ceci nul besoin de parler à présent.
Et trois fois elle avait été à Jérusalem;
elle avait passé mainte rivière étrangère ;
elle avait été à Rome, et à Bologne,
en Galice, à Saint-Jacques, et à Cologne.
Elle était experte à voyager par les routes ;
elle avait les dents écartées, il est vrai '.
Sur une haquenée à Taise elle était assise, 470 sa guimpe bien faite, et sur la tète un chapeau
aussi large qu'un bouclier ou une targe ;
une jupe de cheval autour de ses hanches larges,
et à ses pieds une paire d'éperons pointus.
En bonne camarade elle savait rire et jaser.
Aux remèdes d'amour elle se connaissait peut-être,
car elle savait de cet art la vieille danse.
Il y avait un digne homme de religion,
et c'était un pauvre GuuÉ de village ;
mais riche il était de pensées pieuses et d'oeuvres. 480 C'était aussi un homme instruit, un clerc,
qui prêchait vraiment l'Évangile du Christ ;
il instruisait ses paroissiens avec zèle.
Doux il était^ et merveilleusement diligent,
et dans l'adversité plein de patience ;
et tel il s'était montré à l'épreuve maintes fois.
Il lui répugnait fort d'excommunier pour ses dîmes ^,
mais il préférait donner, sans nul doute,
à ses pauvres paroissiens de tous côtés
sur son offrande *, et aussi de son revenu. 490 II trouvait en^peu de chose sa sufûsance.
Vaste était sa paroisse, et les maisons fort dispersées,
1. Le prêtre unissait les époux au porche de Téglise, et allait ensuite à Faulel célébrer la messe de mariage.
2. Les dents séparées par un intervalle étaient un signe de chance heureuse dans les voyages.