‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 24 sur 188 · Les ressources qu'il tirait des offrandes · texte numérisé non relu

Les ressources qu'il tirait des offrandes

mais il ne cessait point, malgré pluie et tonnerre,

de visiter, dans la maladie ou le malheur,

les plus éloignés de ses paroissiens, grandes et petites gens,

allant à pied, et un bâton à la main.

A ses ouailles il donnait ce noble exemple,

qu'il agissait d'abord, et qu*il prêchait ensuite.

A rÉvangile il avait pris cette parole ;

et il y ajoutait aussi cette flgure :

500 Si Tor se rouille, que fera le fer?

Car si un prêtre se corrompt, en qui nous croyons,

il n'est pas étonnant qu*un laïque se rouille;

et c'est grand'honte, si le prêtre veut bien y songer,

qu'un pasteur conchié et une brebis propre.

Un prêtre devrait bien montrer par l'exemple

de sa pureté, comment son troupeau doit vivre.

Il ne donnait pas sa charge en location,

et ne laissait pas ses ouailles embourbées,

pour courir à Londres, à Saint-Paul, 5iO et quêter une fondation de messe pour les trépassés,

ou pour se retirer dans quelque confrérie;

mais restait au bercail, et gardait bien son troupeau,

de sorte que le loup ne pût le mettre à mal.

C'était un vrai berger, et non un mercenaire.

Et bien qu'il fût pieux, et vertueux,

il n'était point méprisant envers le pécheur,

ni dans ses discours âpre ni hautain,

mais ses leçons étaient discrètes et bénignes.

Mener les gens au ciel par la droiture, 520 par le bon exemple, c'est à cela qu'il travaillait.

Mais si quelqu'un se montrait intraitable,

quel qu'il fût, de haute ou basse naissance,

il le tançait vivement à ce propos.

De meilleur prêtre, je crois qu'il n'en est point, nulle part.

Il ne cherchait ni honneurs ni dignités,

ni ne se faisait une conscience « épicée » S

mais la doctrine du Christ et de ses douze apôtres,

il l'enseignait, et d'abord la suivait lui-même.

1. Le sens précis du texte (spyced conscience) est : conscience analogue à celle d'un magistrat qui se donne des airs d'autant plus scrupuleux et méticuleux qu'il a déjà reçu des épicei d'une des parties.

Avec lui était un Laboureur, son frère, 530 qui ayait charrié mainte charge de fumier;

c'était un vrai travailleur, et un bon,

vivant en paix et charité parfaite.

Il aimait Dieu par-dessus tout, de tout son cœur,

en tout temps, qu'il eût heur ou malheur,

et ensuite son prochain tout comme lui-même.

Il battait le blé, et creusait des fossés, et bêchait,

pour Tamour du Christ, pour tous les misérables,

^ans salaire, autant qu'il était en lui.

Sa dîme, il la payait bien et dûment, 540 à la fois de son propre travail et sur son bien.

Yétu d'un tafcard *, il chevauchait sur une jument.

11 y avait aussi un intendant et un meunier,

un « Semoneur », et un « Pardonneur » aussi,

un <( Manciple », et moi-môme; il n'y en avait point d'autre.

Le Meunœr était un robuste gaillard, en l'occasion;

il était fort gros de muscles, et aussi de charpente ;

cela y paraissait bien, car partout où il allait,

à la lutte il emportait toujours le bélier '.

11 était court d'épaules, trapu, le corps noueux; 550 n'y avait porte qu'il ne pût soulever de ses gonds,

ou briser, en s'y ruant, d'un coup de tète.

Sa barbe était aussi rouge que poil de truie ou de renard,

et large avec cela, tout comme une bêche.

Sur le sommet de son nez, à droite, il avait

une verrue, et sur elle se dressait une touffe de poils,

rouges comme les soies des oreilles d'une truie ;

ses narines étaient noires et larges.

Il portait à son côté une épée et un bouclier;

sa bouche était aussi grande qu'un grand four. 560 C'était un bruyant bavard et un goliard',

et ses propos étaient surtout de péchés et ribauderie.

Il s'entendait à voler le blé, et à prendre trois fois sa redevance ;

et pourtant il avait un pouce d'or, pardi ^

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