‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 61 sur 188 · C'est-à-dire, pas d'un quart d'heure · texte numérisé non relu

C'est-à-dire, pas d'un quart d'heure

nous obtenons crédit durant notre renom, 1480 mais d'être sans argent, cela n*est plus de jeu. Ainsii repayez-moi à votre convenance; pour autant que je puis, je voudrais vous complaire. » Ces cent francs aussitôt il s'en alla chercher; secrètement les remit à Dom Jean et nul au monde ne connut rien de ce prêt, excepté seulement le marchand et Dom Jean. El de boire, jaser, vaguer et s'éjouir, tant que Dom Jean enfin s'en fut à Tabbaye.

Vient le matin, et le marchand part à cheval 1490 pour la Flandre; son apprenti fort bien le guide; et il arrive àBruge heureusement.

Et maintenant, il va fort affairé à ses besoins, tant pour achat que pour créance; 11 na joue point aux dés, ni non plus il ne danse, mais ainsi qu'un marchand, pour tout dire en un peu, mène son train de vie — et là le laisse faire.

Le Dimanche qui vint après qu'il fut parti,

à Salut-Denis s'en est venu Dom Jean,

ayant tête et menton tout fraîchement rasés. i^OO Dans toute la maison n'était petit valet,

tu personne autre enfin, qui ne se vit tout aise

que monseigneur Dom Jean fût revenu;

briâvement, afin d'aller au point tout droit,

Ui belle dame accorde avec Dom Jean

que pour ces dits cent francs, il peut toute une nuit

l'avoir entre ses bras sur le dos allongée ;

et col accord fut en fait accompli :

vn joie toute la nuit menèrent vie active

Jimqii à ce qu'il fit jour; et Jean prit son chemin IHIO nt (lil à la maisnie : « Adieu! ayez bon jour! »

car nul d'entre eux, comme non plus personne en ville,

n a dt' Dom Joan aucun soupçon ;

et û\Hi fut chevauchant devers son abbaye,

*— au par là qu'il voulut, car n'en dirai plus rien.

NSUrv marchand dès que la foire fut finie, à Siu ut-Denis s'est rt^pairié.

Arec sa femme il fait festins et bonne chère,

et lui conte que marchandise est à tel prix

qu'il lui faudra faire une chevissance ', 1520 pour ce qu'il s'est lié par sa reconnaissance

à payer vingt milliers d'écus prochainement;

à cette fin notre marchand vint à Paris

emprunter de certains amis qu'il y avait

sommes d'argent; et il en prit un peu sur lui *.

Et quand il arriva dans la grand'ville,

par sa grande amitié et sa grande affection,

il vint d*abord trouver Dom Jean, pour s'égayer,

non pour lui demander ni emprunter argent,

mais pour apprendre et voir comment il se portait, 1530 et pour lui raconter, au complet, ses affaires,

ainsi que font amis quand ensemble ils se trouvent.

Dom Jean lui fit fête et joyeux visage,

et le marchand lui répéta spécialement

comme il avait bien acheté, et favorablement,

Dieu soit louéUoute sa marchandise ;

mais qu'il devait trouver en manière quelconque

à faire chevissance, au mieux qu'il se pourrait,

et qu'alors il serait en joie et en repos.

Dom Jean lui dit : « Certes, je suis bien aise 1540 que vous soyez chez vous en santé revenu,

et sur ma part de paradis, si j'étais riche,

de vos vingt mille écus vous ne manqueriez point,

car vous m'avez cet autre jour si bonnement

prêté argent; et pour autant que je le puis,

je vous en dis merci, par Dieu et par Saint Jacques!

Mais toutefois j'ai rapporté k notre dame,

votre épouse, chez elle-même, cet or là;

l'ai mis sur votre table; elle le sait, sans doute,

par indices certains que je lui puis redire. 1550 Mais, avec votre grâce, ici ne dois tarder;

notre abbé va bientôt sortir de cette ville,

et en sa compagnie il me faut en aller.

1. « Coroposilion faite avec aucun, par solution, atermoiement, novation ou autrement, sur quelque dif7érent debts ou obligation » (Nicot). Cette définition précise celle de M. Skeat : contrat pour emprunt d'argent.

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