CHAPITRE VII
La petite maison. — Le bain. — Agréable surprise.
LA petite maison de Persac est charmante. Les appartements en sont très bien distribue's; tous les meubles y affichent la volupté. On sent, en mettant le pied dans ce se'jour enchante', que c'est le temple du plaisir, et l'on est de'voré du de'sir d'y sacrifier, dût-on y servir de victime.
Un parterre simple, mais bien dessiné, charme l'odorat et les yeux par la diversité des fleurs dont il est orné. Zéphyre y trouve Flore plus belle que partout ailleurs, aussi y soupiret-il plus agréablement.
Deux petits bois touffus bornent agréablement la vue, et s'opposent aux regards curieux des voisins. Ils semblent annoncer par leur obscurité qu'ils sont destinés aux plus mystérieux des sacrifices. Nous nous enfonçâmes dans celui que nous trouvâmes sur notre droite ; il recé-
lait un bassin dont l'eau étoit si claire qu'elle re'pétait jusqu'aux plus petites feuilles des arbres qui l'entouraient. « Amis, s'écria le prési- « dent, le soleil va se précipiter dans l'onde, « imitons-le : peut-être chacun de nous trouve- « ra-t-il une Thétis qui le recevra dans son « sein. »
Le sévère M. de Saint-Val goûtait beaucoup notre partie, il en faisait l'éloge quand une tente, placée à l'extrémité du bassin, frappa ses regards. Il s'informa de l'usage auquel elle était destinée. C'est, lui dit Persac, une conserve où sont enfermés des poissons très délicats : j'espère vous en faire goûter. Ils sont si peu difficiles à prendre qu'ils courent souvent après le pêcheur, et viennent mordre à l'hameçon jusque dans la main.
A peine avait-il fini de parler que nous entendîmes donner du cor. Nous tressaillîmes tous sans savoir pourquoi. La tente disparut, et nous laissa voir quatre jeunes beautés dont les charmes, à demi cachés dans l'onde, changèrent le bain en bassin de feu.
L'une de ces belles était une grande brune, qui en imposait par son air majestueux; aussi représentait-elle Diane dans son bain. Elle était taillée en Sabine et non en Grâce; mais ses attraits, quoiqu'en gros volume, ne faisaient pas moins désirer à tous ceux qui la voyaient, de jouer avec elle le rôle d'Endymion.
Les trois nymphes, qui s'empressaient à servir
la Diane, offraient des charmes plus délicats, plus mignons, faisaient contraster, avec son air de grandeur, leurs mines enfantines, et partageaient nos hommages.
Quelle fut la surprise du chevalier et la mienne, quand nous reconnûmes, lui sa danseuse, et moi ma petite marchande 1 Nous volions à elles; la Diane, nous arrêtant : « Téme'raires, nous t dit-elle, ignorez -vous l'histoire d'Acte'on ? « Vous apprendrez comme je punis les auda- « cieux : bientôt les cornes vont pousser de « toutes parts. » Elle nous jeta en même temps de l'eau avec ses belles mains, de si bonne grâce que nous nous aperçûmes bien vite de la me'tamorphose.
Un éclat de rire, presque général, mit fin au sérieux qu'affectaient nos divinités. « Je con- « nais mieux la mythologie que mon code, a leur dit le président : la nymphe des bois ne « métamorphosa Actéon en cerf que parce qu'il « eut l'incivilité de fuir après avoir contemplé « tous ses charmes : ce sont de ces torts que les « beautés célestes pardonnent aussi peu que les fi terrestres. Vous voyez que nous sommes plus « polis, traitez-nous plus favorablement. Les « déités tinrent conseil. Le résultat fut que la « divinité leur serait à charge si le plaisir de « s'humaniser leur était défendu ; et elles nous « tendirent les bras. »
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