‹ Les contes de l'abb© de ColibriChapitre 13 sur 48 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'attrait du plaisir. — Triomphe de la philosophie de Saint- Val. — On sort du bain.

L'attitude de M. de Saint- Val e'tait extrêmement comique. Il e'tait resté immobile depuis l'apparition des nymphes, les yeux attachés sur elles, et la bouche à demi ouverte, comme pour respirer la volupté, ou laisser exhaler le feu qui le dévorait.

Il s'aperçut, mais trop tard, que Persac lui avoit tendu un piège. Une mauvaise honte, l'empêchant de céder, allait lui faire prendre la fuite, quand le plaisir vint à combattre cette rivale, qui, toute faible qu'elle est, ne laisse pas de lui enlever quelques sujets ; le plaisir se peignit des couleurs les plus vives dans les yeux de ses prêtresses; il soupira; il sourit sur leur bouche; il palpita sur leur sein.

Les feuilles des arbres semblaient, en s'agitant, répéter: Plaisir! plaisir! le ruisseau qui enrichissait notre bain de ses tributs paraissait.

- H — en tombant de cascade en cascade, peindre le plaisir aux rives fleuries qu'il arrosait; l'air qui nous entourait était le plaisir lui-ménîe. Enfin, M. de Saint-Val céda de bonne grâce. Il vola comme nous pour couvrir de mille baisers mille charmes différents. Et le désir vint, son sceptre à la main, achever de bannir tous ses scrupules.

Une coquette bien adroite est une enchanteresse qui sait se varier, qui fait sans cesse éprouver des nouveaux désirs ; tendre, passionnée, emportée, voluptueuse, elle réunit les charmes de toutes les femmes; et l'on croit toujours la voir pour la première fois. Telles étaient nos belles.

Nouveaux Protées , elles prirent dans un instant cent formes différentes. La dernière nous paraissait toujours plus séduisante. Elles eurent vingt caprices; tous tournèrent au profit de l'amour.

Tantôt douces, complaisantes, c'étaient de tendres tourterelles qui frémissaient doucement de plaisir à l'approche de leur compagne. Tantôt fières et sévères, elles nous dérobaient malignement les trois quarts de leurs charmes en troublant l'eau : mais peu à peu l'onde devenait plus claire qu'un cristal, et les trésors qu'elles avaient quelque temps cachés, nous paraissaient plus précieux.

La Diane et ses nymphes nous obligèrent à nous éloigner. Elles se parèrent de robes de taffetas rose, chaussèrent des brodequins de la

même couleur, chargèrent leurs e'paules d'un léger carquois, et disparurent en décochant quelques flèches ; les plus dangereuses ne partaient pas de leurs mains.

Nous cherchâmes vainement nos habits. Nous fûmes obligés de composer aussi notre parure avec des robes, des brodequins, des carquois que nous trouvâmes sous notre main, et nous courûmes après nos fugitives, bien certains de ne pas tarder à les rejoindre. L'amour devait ralentir leur course, et précipiter la nôtre.

Elles étaient cachées en embuscade à l'entrée du bois. Dès que nous parûmes, elles nous agacèrent en nous jetant des fleurs à la tête, et dirigèrent leur course vers le labyrinthe pratiqué dans le second bosquet : on devine assez qu'elles avaient dessein de nous y attirer.

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