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CHAPITRE IX

Le labyrinthe. — Plaisante façon de jouer la comédie. — On soupe. — Nouveau plan d'amusement.

NOUVEAUX Thésées, nous nous enfonçâmes dans le labyrinthe. Nos Arianes, qui avaient projeté de s'y perdre avec nous, se gardèrent bien de nous faire présent d'un peloton de fil. Le milieu de ce dédale forme un salon de charmille. Tout autour sont pratiqués de petits cabinets parés d'un seul sopha de gazon et d'une tapisserie de chèvre-feuille entrelacée avec du jasmin et des roses.

Nos beautés prirent dans ce séjour charmant, un air plus mutin, plus agaçant. Elles se jetèrent d'elles-mêmes sur l'herbe fleurie, qui, en se relevant autour d'elles, semblait nous cacher leurs charmes exprès pour nous inspirer le désir de l'écarter, et de nous venger en la foulant voluptueusement.

Déjà la plus vive impatience animait nos re-

gards et nos gestes, quand la Diane proposa de jouer au corbillon. L'idée nous parut extravagante, les nymphes la trouvèrent divine ; il fallut céder à ce nouveau caprice ; heureusement deux rimes, tout au plus, leur étaient familières; elles eurent bientôt épuisé leurs gages. Persac fut d'une voix unanime élu juge. On le couronna de fleurs ; et prenant l'air et le ton qui convenait à sa dignité, il ordonna à chacune de ses clientes de se choisir un second pour aller méditer avec lui dans un des cabinets de chèvrefeuille.

La pénitence n'était pas désagréable, aussi fut-elle acceptée, et exécutée de très-bonne grâce. La Diane s'empara de Persac. La danseuse qui avait triomphé de Saint- Val, voulut jouir de sa victoire, au grand regret du chevalier. Je riais de son dépit, quand ma petite marchande le vengea, en lui donnant la préférence sur moi. Je me consolai bientôt avec mademoiselle Sophie, fort jolie actrice de province, qui me fit l'honneur de me choisir pour jouer un rôle tendre avec elle.

Sophie me fit voir qu'elle est pour le moins aussi bonne actrice sur le gazon que sur les planches. Oh 1 qu'elle a les gestes beaux 1 que son coup d'œil est expressif! qu'elle sent bien le rôle qu'elle joue ! qu'elle sait bien enfin donner de l'âme à la passion 1

La toile se leva, et me laissa voir une décoration, dont le fond blanc, mais légèrement cha-

marré de rouge, de bleu, et d'un noir ébène, frappait non seulement la vue, mais tous les autres sens.

Ma bouche ouvrit la scène, et en joua une des plus agre'ables, qui servit de prologue. Sophie me proposa de repre'senter Zaïre, j'applaudis à son choix. Je crois être Orosmane. Je mets ma vie et mon sceptre aux pieds de Zaïre; mais bientôt ma tendresse se change en fureur : je me précipite vers mon amante : le poignard brille à ses yeux, pour disparaître dans son sein ; elle s'e'crie : Je me meurs. Je deviens furieux,... je m'agite,... je verse un torrent de larmes amoureuses,... et je meurs à mon tour.

Nous donnâmes un peu de relâche au théâtre; mais il fut court. L'actrice, exacte sur les usages, voulut jouer une seconde pièce; elle choisit l'oracle , pour avoir le plaisir de caresser Charmant, et de le ramener en laisse sur la scène.

Echo ne répéta, pendant quelque temps, que de tendres soupirs, et des mots consacrés au plaisir ; mais sur un ton d'élégie et d'un air à nous faire comprendre qu'elle voulait beaucoup de mal à Narcisse de ne lui avoir pas appris un langage aussi doux.

Après la comédie, l'on va souper ordinairement ; nous gagnâmes un salon où l'on avait déjà mis sur une table un souper digne des Dieux. Quatre petits laquais vêtus en Ganymè-

des nous servirent, et nos compagnes n'en furent pas jalouses. Elles avaient des preuves de notre bon goût.

Quand des mets délicats eurent apaisé notre appétit, quand des vins délicieux eurent un peu ranimé notre vivacité, nous admirâmes le salon oti nous étions. Il était carré ; quatre glaces couvraient les façades et une cinquième formait le plafond : de sorte que les fruits montés, les fleurs, dont les corbeilles étaient ornées, les bougies et nos vêtements, se multipliant à l'infini, faisaient le spectacle le plus agréable.

Le Champagne grimpa au cerveau de nos compagnes ; elles nous dirent mille folies, nommèrent tous les hommes, toutes les femmes de la cour, de la ville avec qui elles avaient fait des parties. Cependant la conversation allait languir, quand la danseuse imagina de la ranimer, en racontant, chacun à notre tour, la façon dont nous avions vendu, donné ou laissé prendre nos prémices.

Dans ce moment nous ne pouvions mieux faire. Nous renvoyâmes nos gens, et la Diane commença ainsi.

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