BILLET
« Le portrait que j'ai trouvé chez vous offre « trop d'attraits; je ne puis vivre plus longtemps « sans posséder la beauté qu'il représente. Plu- « sieurs de ses lettres , parsemées sur votre « bureau, m'indiquent l'endroit où je la trou- « verai. Je pars; si ma démarche vous déplaît.
« suivez-moi, et d'un mot je saurai vous mettre « à la raison. »
J'envoie vite chercher des chevaux; je pars ; j'ordonne qu'on me fasse aller grand train; j'arrive, j'aperçois M. de Florimon; je mets l'e'pe'e à la main, je vais fondre sur lui... Soudain, un cri perçant, que j'entends derrière moi, pénètre jusque dans le fond de mon âme... suspendmon bras... m'obligea tourner la tête... et me fait voir le spectacle le plus attendrissant.
Ma mère... la plus sensible des mères... troublée... éperdue... le désordre, le désespoir dans les yeux, accourait à moi les yeux levés vers le ciel... Tout à coup ses jambes tremblent... elle chancelle... elle tombesur ses genoux, la tète appuyée sur les bords d'un fauteuil... La mort se peint sur son front... Elle veut me parler, et ne peut proférer une parole... La crainte et la tendresse font un dernier effort et triomphent à demi de sa faiblesse... Ses gestes m'.expriment ses alarmes... Un bras qu'elle me tend... un autre dont elle découvre son sein . . . son silence si éloquent, si expressif... tout me fait frémir... tout me dit que je donne la mort à la meilleure des mères si je suis plus longtemps l'aveugle transport qui me guide... Alors je me rappelle toute la conduite de mon Mentor... les sentiments qu'il m'avait inspirés à notre première entrevue... Je le regarde... il me sourit affectueusement... je commence à voir dans mon cœur...
Mon ëpée me fait horreur... elle s'échappe de mes mains... je vole dans les bras de l'auteur de mes jours... je m'écrie: Mon père... ah!... mon cher père 1... mon vertueux père 1... mon... J'allais ajouter une autre épithète; la voix me manqua.
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