‹ Les contes de l'abb© de ColibriChapitre 27 sur 48 · CHAPITRE XXI Maria ffe de Saint- Val et Minette · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI Maria ffe de Saint- Val et Minette

Ah! mon fils! s'écria M. de Florimon, en m'embrassant tendrement et en me couvrant de ses larmes si douces, si pures, si précieuses, quand la nature les verse dans le sein de tout mortel qui n'est pas corrompu ; mon cher fils, que je suis fâché d'avoir fait languir votre enfance dans un état obscur. Heureusement pour vous et pour moi, j'ai trouvé dans votre cabinet le portrait de votre vertueuse mère : l'Amour est rentré dans mon cœur; il m'a peint tous mes torts; j'ai obtenu ma grâce; je suis lié à l'aimable Zulince d'un lien indissoluble; j'ai enlevé la tache que mon inconstance avait répandue, et pour achever de couronner mon bonheur, je veux vite Aiire le vôtre, en vous unissant à Minette.

L'aimable Minette parut. Quelle différence de ses attraits avec ceux que j'avais admirés dans le pays dp l'Art! Elle baissa les yeux et

resta muette. Je sentais aussi trop de choses pour pouvoir les exprimer. Dieux ! que notre silence était expressif! On nous conduisit à l'autel. Nous prononçâmes avec transport le oui si redoutable au commun des amants. Je vous épargnerai la description d'une journée toujours fort ennuyeuse pour de jeunes époux : Mille fâcheux accablèrent Minette de fades plaisanteries et firent rougir la décence sans exciter la volupté.

Minuit sonne. Ma mère et latantede Minette trouvent un prétexte pour attirer Minette dans la chambre, et près de l'alcôve où l'Amour devait mettre le comble à ses faveurs; je passai dans un cabinet voisin ; je me débarrasse à la hâte de mes habits; je m'enveloppe dans ma robe de chambre ; je reviens ; chaque coup d'œil que je porte sur ce qui m'environne fait passer dans mes sens le trouble et le désir.

Les premiers objets qui frappent mes regards curieux sont les jupons et le corset de Minette : tristement délaissés sur un sopha, ils semblent me dire qu'ils me cèdent la victoire et qu'ils ne mettront plus le moindre obstacle à mes transports.

Ici, une des femmes de Minette place, en souriant, les bougies de nuit derrière un taffetas vert. Le demi-jour voluptueux qu'elles répandent, pénètre jusque dans mon cœur, le fait tressaillir, et me cause le plus doux des frémissements.

Plus loin, une autre de'couvre et pare de fleurs la couche nuptiale. Le rouge qui colore ses belles joues; ses mains tremblantes, les soupirs que l'idée seule du plaisir lui fait pousser ; tout me retrace la situation de Minette; je la partage, et je brûle de la calmer.

Enfin, je découvris Minette à travers les femmes qui l'entouraient. Dieux! sous quel déshabillé! dans quelle attitude! Un battant-l'œil cachait une partie de son visage; ses regards perçants h travers les réseaux de la maline n'en paraissaient que plus tendres.

Un simple corset de basin blanc, noué avec plusieurs rubans roses, pressait doucement une gorge naissante et une taille de nymphe, qui semblaient vouloir lui échapper, l'une par son agitation, et l'autre à la faveur de sa délicatesse.

Le reste des appas n'avait pour unique voile qu'une toile, mais si fine ! si légère ! que l'amour, quoique enfant, pouvait la soulever d'un souffle.

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