EPITRE
-/ 01 qu^Hébé, que Cypris verraient avec envie.
Toi qui rends à l'amour sa première candeur.
Toi qui sais l'embellir des traits de la pudeur,
Chère âme de mon âme! ô ma sensible amie I
Accorde à mon ouvrage un sourire flatteur.
C'est à toi, non aux Grands que mon cœur le dédie,
Pourraient-ils ajouter à ma félicité?
Ma bouche sur la tienne a goûté l'ambroisie,
Tu m'aimes... je jouis de la divinité!
Je pense en honneur que vous extravaguez, mon cher abbe', s'écria la comtesse ; cette épître ne me va pas du tout. — Pardonnez-moi, dit
le cher abbé, et pour vous le prouver, faisonsen l'analyse.
Toi qu'Hébé, que Cypris verraient avec envie.
Convenez, Madame, que la déité de la jeunesse n'a pas une peau aussi fraiche, aussi éblouissante que la vôtre. Oh dieux! quel velouté ! Pour cette gorge, vous m'avouerez que si celle de Vénus a besoin d'être soutenue par la ceinture enchantée, celle-ci se soutient d'elle-même. — Ohl finissez l'abbé, on peut faire l'éloge des choses sans les presser.
Toi qui rends à l'amour sa première candeur.
Il est vrai, dit la comtesse, que je déteste la fausseté : et si jamais je puis me résoudre à dire j'aime, rien ne sera plus vrai.
Toi qui sais V embellir des traits de la pudeur,
Fi donc ! l'abbé, ce vers n'est pas un éloge. Eh! quelles sont les femmes d'une certaine façon qui n'ont pas de pudeur?
Chère âme de mon dme! ô ma sensible amie!
Le premier hémistiche est fort ; mais le dernier est vrai, je suis l'amie la plus vive! lai plus
chau... Ah! vous verrez, vous verrez. — Je l'espère, Madame.
Accorde à mon ouvrage un sourire flatteur.
Si l'ouvrage vaut l'épître, lui et l'auteur le méritent bien.
C'est à toi, non aux Grands que mon cœur le dédie.
Pourquoi cela? Quelle folie! j'ai quelqu crédit, j'en conviens; mais que pourrai-je faire pour vous? — Attendez, Madame,
Pourraient-ils ajouter à ma félicité?
Ma bouche sur la tienne a goûté l'ambroisie,
Tu m'aimes... je jouis de la divinité!
Arrêtez, Monsieur l'abbé, arrêtez. Ces trois derniers vers ne me vont pas du tout ; et jamais... — Il est vrai, Madame, que jusques ici ils ne disent pas vrai; mais Apollon a le droit de prédire; il ne tiendra qu'à vous de ne point démentir ses oracles, et de couronner l'amour le plus pur, le plus vif! — O ciel! que me proposez-vous? — Ah ! Madame, pour l'honneur de l'épître ! — Non! — Auriez-vous la cruauté de m'obliger à en faire une autre ? — Comme il vous plaira; mais attendez-vous à la résistance la plus ferme. — Je ne vous le conseille pas, Madame ; remarquez que je ne suis pas taillé
— vni —
en athlète. — Finissez, dit la dame, en profitant de l'avis qu'on lui donnait, et en ne se défendant que bien faiblement, finissez donc. — Tout à l'heure. Je n'ai plus qu'un vers à eff'ectuer. — Je sonnerai mes femmes. — Vous le pouvez, Madame, je les brave, je suis un Dieu; et l'épître a dit vrai d'un bout à l'autre. Adieu, Madame, je sors pour revenir bien vite mettre à vos pieds l'hommage dont vous êtes si digne.
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