‹ Les contes de l'abb© de ColibriChapitre 4 sur 48 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

L'abbk va au Palais-Royal. Il est abordé par le chevalier de..., jeune mousquetaire, que lui trouve un air heureux : l'abbé lui avoue qui son air n'en impose point, lui raconte son aventure, et lui nomme son héroïne.

La comtesse de..., s'écrie le chevalier, je la connais, mon ami; je la connais, nous avons été élevés ensemble. Un jour que nous nous amusions à jouer à Colin-Maillard, nous nous trouvâmes cachés dans le même endroit. Je n'étais pas novice; quoique très jeune, j'associai à nos jeux l'amour, qui, pour rendre la partie plus piquante mit son bandeau sur les yeux de la gouvernante de ma petite amie. De cette aventure, la pauvre enfant fut malade pendant quelques mois : on publia qu'elle avait été inoculée; mais on ne dit

point que j'étais le docteur. Je me rappelle l'opération avec volupté, et je ne serais pas fâché de la réitérer. Que veux-tu, mon ami? Je suis pour les inoculateurs, je tiens à leur système.

— // est aisé de te satisfaire, lui dit l'abbé, voici mon laquais qui m'apporte la brochure que f ai promise à la comtesse; charge-t-en., ne lui parle point du présent que m'a valu mon épître; pour prix de ta peine, tu pourrais bien obtenir la même récompense. Oh! peste! la dame est magnifique. Il prit un crayon, et mit sur la couverture du livre ces mots :

« Une affaire indispensable m'empêche de « remplir mes engagements , on s'en charge « pour moi. » Le porteur vous dira le reste.

Le chevalier était en chenille, son cabriolet l'attendait à la porte du jardin ; il s'y précipite, recommande à son laquais de ne pas le priver du plaisir de crier ga-a-a-re, vole, arrive, remet le livre, rappelle le jour heureux du Colin- Maillard, veut reprendre ses droits ; sa bouche et sa main qui se trouvent en pays de connaissance font les progrès les plus rapides.

La comtesse est extasiée, elle tombe des nues, dit-elle, de revoir le chevalier, et de le revoir téméraire, de tendre et soumis qu'il était. Elle veut le punir par un petit soufflet; le chevalier

savait qu'on doit baiser la main qui nous frappe, il le fit. Il savait qu'on doit rendre le bien pour le mal, il le fit. Il savait... que ne savait-il pas ? Aussi, que ne fit-il point?

Finisse:^ donc, Monsieur le chevalier, save^vous que vous êtes d'une folie qui ne ressemble à rien ? Je ne veux pas sonner, crainte de scandaliser mes gens ; mais si jadis l'imprudence de ma gouvernante, un moment de curiosité de ma part, beaucoup d'impudence de la vôtre firent disparaître mon innocence, ne vous attende^ pas au même bonheur. — Je sais bien, Madame, que le Phénix seul renaît de sa cendre. — Vous ne m'entende:^ pas. Je veux dire que vous ne triompherez pas de moi. — Eh bien, Madame, je vous céderai les honneurs de la guerre. Il est des occasions oii le vaincu cueille autant de lauriers que le vainqueur. — Quel homme! il ne veut rien comprendre.

Les non, les si volent quelque temps dans l'appartement; le livre que la belle tient encore, tombe de ses mains, donne le signal du tendre combat, se perd quelque temps dans une infinité de falbalas, et sort tout froissé de la tendre mêlée.

La comtesse, très lutinée, se préparait à gronder le chevalier de sonlmieux; mais il était déjà dans l'antichambre. Elle le suivait en lui

criant qu'il était un étourdi, qu'il ne lui avait pas expliqué ce que voulait dire l'abbé par ce vers de Grécourt :

Le porteur vous dira le reste.

Vous m'excusere^, Madame, lui répondit le chevalier, du bas de V escalier; j'ai rempli ma commission ; vous save{ tout ; et pour aujourd'hui, le porteur n'a plus rien à vous dire.

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