L'ARRÊT DE MORT
Après œU ils prirent la robe de Joseph, et la trempèrent dans le sang d un chevreau qu'ils avaient tué.
Puis Ils envoyèrent à leur père cette robe dediveraeseouleurs. Le père l'ayant reconnue, dit : « C'est la robe de mon flis, une bète cruelle l'a dévoré ; Joseph a été certainement mis en pièces. >•
Cependant les Uadianites vendirent Joseph en Egypte.
GmàsB, chap. xxxyii.
Aux plaisirs bruyans d'un jour de noces avait succédé pour les amans le bonheur plus calme du ménage; depuis deux mois A bel et Baptistine étaient époux. Déjà plusieurs lettres avaient été envoyées à Lyon ; la jeune femme ne se lassait pas d'écrire h sa mère; elle était Gère de lui faire part des bonnes qualités qu'elle découvrait chaque jour dans son mari. Abel, tendre, empressé, complaisant, se faisait une étude de prévenir les désirs de Baptistine ; et quand, touchée des soins dont elle était incessamment l'objet, celle-ci lui parlait de sa reconiilissance, Abel répondait : — Mais n'est-ce pas un devoir sacré que je remplis envers toi? £n te rappelant à la vie, j'ai pris l'engagement d'embellir ces jours que tu me sacrifiais. Ne me remercie pas , ma bonne amie, je suis heureux du bonheur que je te donne, et je sens que mon plus grand chagrin, maintenant, serait d'avoir quelque chose à refuser à ton amour.
M. Fftvelet père, que l'intérêt de son commerce rcte-
nait au Havre , souhaitait, ardemment de connaUre sa belle-fille. Abel n'osait exprimer devant Baptistine le desir qu'il avait dé partir avec elle.
— Comment exiger de ma femme, se disait-il, qu'elle consente à faire soixante lieues pour voir mon père, quand je viens de la priver pour toujours de sa mère P II faut absolument que l'idée de ce voyage vienne d'elle-même ^ je ne dois pas être le premier à lui en parler.
Gomme si Baptistine eût compris l'embarras de son mari, elle interrompit ainsi la réflexion qu'il faisait en achevant de lire une lettre de son père :
— Puisque M. Favelet ne peut pas venir à Paris, ditelle, si nous allions le voir, mou ami ? Il me semble que c'est notre devoir, rien ne nous retient ici. Voyons, qu'en penses-tu ? Tu souris, je crois que cela ne te fera pas de peine? — Ni à toi non plus, Baptistine? — Moi! bien au contraire, j'aurais beaucoup de plaisir à voir ton père; je me sens tout plein de tendresse pour lui. C'est naturel, il t'aime tant! — Je lui écrirai donc que nous allons arriver bientôt au Havre? — Mais à quoi bon écrire ? il vaut bien mieux le surprendre , ce sera plus amusant pour nous ; et puis je crois qu'il préférera cette réponse à toutes celles * que tu pourrais lui faire.
Abel embrassa sa femme. — Nous nous entendons bien, n'est-ce pas? lui dit-elle. Ah çà! nous allons partir tout de suite? — Oui , dès demain , Baptistine , si nous (rouvons des places à la diligence.
La jeune femme, à ces mots, fit une petite moue et prit un air chagrin. — Qu'as-tu donc, ma bonne amie? lui demanda Abel avec intérêt. — Ce n'est rien... je suis une folle. Vois-tu , je pensais à la diligence , et je me disais qu'il était bien gênant quelquefois de voyager avec des étrangers; je n'oserais jamais t'aimer devant eux, tandis
que si nous avions... Mais non , tu ne voudrais pas... — C'est égal , parle toujours. — Si nous avions , reprit-elle d'un air caressant, une voiture pour nous deux^seulenoient; nous sommes assez riches pour cela. Songes-tu comme cela serait gentil ? rien ne nous empêcherait de causer ; nous pourrions nous arrêter en route si tel était notre désir ; enûn notre voyage ne serait qu'une partie de plaisir : au lieu qu'en diligence ce serait un continuel état de gêne.
11 y avait trop d'amour pour son mari dans les désirs de Baptistine pour qu'Abel ne consentit pas à les satis-* faire. Il fut convenu entre les époux qu'on emploierait le reste de la journée à faire l'acquisition d'une chaise de poste, à se munir de passeports et à retenir les chevaux pour le lendemain matin. Baptistine alla prendre congé de la bonne madame Huberdeau. De retour chez elle, la jeune femme se mit à écrire à sa mère en attendant son mari.
— Tiens, lui dit-elle quand il fut rentré, je crois que tu approuveras ce que je dis à maman. — Il lut : — « Chère maman , tu nous mandes dans ta dernière lettre » que tes affaires sont sur le point de se terminer à Lyon ; » ainsi tu pourras donc être bientôt près de nous ; c'est » notre plus cher désir. Demain nous partons pour le » Havre ; nous passerons quelques jours dans ma nouvelle » famille ; ensuite, au lieu de revenir tout droit ici, nous » prendrons la route de Lyon, et nous te ramènerons à » Paris ; alors je serai tout-à-fait heureuse; car tu ne nous D quitteras plus. »
Baptistine regarda son mari en souriant; lui, la tête baissée, paraissait plongé dans de profondes réflexions ; il n'avait pas prévu ce nouveau projet de sa femme, et ne savait comment le combattre. La mère avait pu obéir une
UNE MfiRE. 201
fois aux ordres de son gendre ; mats résisterait-elle aux prières de sa fille? Et puis quelle raison donnera celle-ci pour rendre éternelle la séparation de Fanphette et de Baptistine?
— £h bien , tu ne me réponds rien, mon Abel! dit la jeune femme ; m'en voudrais-tu de ce que j'ai écrit cela sans te consulter? — Moil peux-tu le penser? — Oh! si cela te fait de la peine, je vais déchirer ma lettre; je ne veux pas te causer le moindre chagrin. — Non, ma chère amie! tu peux l'envoyer si tu y tiens réellement — Comment, si j'y tiens?... mais c'est bien naturel. Est-ce que cela ne te semblerait pas agréable d'avoir auprès de nous une bonne mère , qui nous paierait de nos soins par la plus tendre amitié ?
— Sans doute, nous avons déjà parlé de cela ; oui, autrefois. — Alors pourquoi as-tu l'air d'hésiter et de réfléchir quand je parle de prendre maman avec nous? Je n'ai pas fait une seule observation quand il a été question d'aller au Havre pour voir ton père. Au contraire , j'ai pressé notre départ. — Ah ! tu me fais un reproche , et cependant je n'ai pas dit que je me refusais à te conduire à Lyon. — Comme tu me réponds tristement, Abel ! tu as une arrière-pensée, je le ifois bien. Est-ce que lu rougirais encore de ta femme? ce serait bien affreux ! — Quelle idée! je t¥n supplie, éloigne-la, éloigne-la bien vite; chaque jour j'apprends à t'aimer davantage, et si j'étais libre encore, c'est toi que je choisirais. — A la bonne heure, monsieur; vous me rassurez, et vous avez bien raison, car je souffrirais trop si je savais qu'il pût vous rester un regret de m'avoir épousée !
Abel, forcé de se contraindre devant Baptistine, reprit un air plus gai, il l'embrassa tendrement, cl imagina une fable pour e^ipliquer son humeur sombre d'un moment;
il fit si bien 9 enfin, que la jeune femme fut persuadée qo-il n'avait pas moins qu'elle le désir de ramener leur mère à Paris. La lettre, approuvée et cachetée, fut envoyée aussitôt à la poste ; le reste de la nuit devait se passer en préparatifs de voyage ; mais Baptistine , après avoir lutté contre le sommeil, céda aux instances de son mari ; elle alla se reposer. Dès qu'A bel se vit seul, il s'empressa de mettre à exécution le projet qu'il avait formé, à part lui, tout en essayant de repousser les soupçons de sa femme.
— Non, se dit-il, une pareille scène ne doit pas se renouveler entre nous, la paix de notre ménage serait à jamais détruite! Pour mon repos, Baptistine ne reverra jamais sa mère ; mais, pour son bonheur , il faut qu'elle ignore toujours que l'obstacle a pu venir de moi.
Abel prit une plume, et il écrivit :
« Le sacrifice pénible que j'exigeai de vous, madame, » votre amour maternel l'accomplit avec courage ; je me » disais : — Il doit suffire à notre repos commun ! — Mais » une nouvelle résolution de Baptistine vient de renverser y> nos projets. Elle veut, etj'ai juré de satisfaire à tous ses » désirs, elle veut, dis-je, que vous reveniez auprès de » nous ! le pouvez-vous? Je n'aurai pas la cruauté de vous » fermer ma porte ; vous serez reçue ccmme une bonne » mère doit l'être chez ses enfans ; mais réfléchissez bien » aux conséquences de votre présence dans ma maison. » Votre retour, je ne dois pas vous le cacher, sera pour moi » un affreux supplice ; je ne pourrai vous voir sortir avec » votre fille sans penser que des hommes auront le droit » de vous dire en passant : — Je te reconnais, tu t'es don- » née à moi ! — et que des prostituées pourront impuné- » ment vous accoster avec familiarité , et vous rappeler » que vous fûtes autrefois leur compagne. Et chez moi , » quand un étranger entrera dans le salon , et que je lui
» présenterai ma mère, n'aurai>je pas à craindre de voir en » lui on accusateur? Ne vous abusez pas, madame, tôt ou » tard le voile qui couvre votre vie passée sera déchiré, » Baptistine apprendra que vous l'avez trompée ; alors la » honte retombera sur nous tous ; ce ne sera plus seule- 9 ment à vous de fuir Paris, il faudra aussi que nous nous » exilions ensemble.
» Réfléchissez , madame ; exposerez>vous votre Glle aux » insultes? voulez-vous apporter le désespoir dans ma fa- » mille? — Quel parti me reste-t-il donc à prendre? me » direz-vous... — Fuir plus loinl... Je ne saurais refuser à » ma femme ou de vous rappeler auprès de nous, on d'aï- » 1er moi-même vous chercher, si vous résistiez à nos » vœux ; car il ne faut pas qu'elle soupçonne que je suis » la cause de votre séparation... Je ne connais qu*un seul » moyen capable de nous tirer de l'embarras où nous » sommes... ce moyeu, il est affreux t mon cœur se révolte 9 quand j'ose vous le proposer ; mais , je vous le répète, » notre avenir y est intéressé : mon amour pour fiaptis- » tine fait taire en ce moment le cri de ma conscience, et » je n'hésite pas à vous le dire : par votre présence à Paris, D vous tuez votre fille. 11 faut qu'un obstacle éternel s'op- » pose à ce retour qui nous serait si funeste! enfin, ma- » dame, il faut que votre enfant croie que vous avez cessé »de vivre! M'entendez-vous? il faut, mourir pour elle! » Maintenant notre sort est entre vos mains : si Baptistine 1» exige votre retour, je me verrai forcé de mêler mes prié- D res aux siennes, car il n'y a rien au monde que je puisse » refuser à sa tendresse, à ses vertus : ou vous mourrez )> pour elle, ou nous mourrons par vous. »
Le jour commençait à paraître quand Abel termina sa lettre; il éUit pâle et agité : Baptistine s'éveillait, il s'empressa d'ajouter ces mots : « Bonne et tendre mère, si votre
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» cœur vous dictait encore un nouveau sacrifice, con^ptez » sur moi pour vous faire parvenir des nouvelles de votre 1» enfant dans Tasile que vous aurez choisi. » Abel cacheta sa lettre et la serra avec soin. Sa jeune femme l'interrogea sur l'accablement qu'il paraissait éprouver.
— Tuas travaillé! cela devait te faire mal, je le savais bien! — Il se remit, calma l'inquiétude de Baptisline, et les deux époux montèrent gaiement eu voiture. La route fut charmante pour Baptistine; elle ne tarissait pas sur l'avantage de jouir de tous les plaisirs du déplacement sans cesser d'être auprès de son mari.
La jeune femme fut reçue par sa nouvelle famille avec les démonstrations de la plus vive tendresse. Les premiers huit jours qu'elle passa au Havre ne furent pour elle que des jours de fêtes, et quand l'habitude dese voir eut calmé ce premier transport des bons parens d'Abel, Baptistine trouva encore eu eux de sincères amis, qui continuèrent à l'accueillir avec la plus franche cordialité. Depuis un mois les époux habitaient le Havre ; Baptistine avait déjà reparlé à son mari de leur voyage à Lyon, et Abel retardait toujours le départ, espérant qu'une réponse de Fanchetle mettrait fin aux angoisses qu'il éprouvait depuis le jour où il avait fait à celle-ci l'affreuse proposition de ne plus exister pour & a fille. Enfin, une lettre arriva : elle était de la mère de Baptistine, mais l'écriture paraissait tremblée; Abel l'ouvritavec un sentimentde terreur. I.a jeune femme, toujours joyeuse et la tête appuyée sur l'épaule de son mari, parcourait des yeux les lignes qu'il lisait en hésitant. « Mes enfans, mandait la mère, une révolution affreuse y> que j'ai éprouvée il y a quelques jours, m'a forcée d'ap-, » peler un médecin auprès de moi ; il me flatte, je le sens, )) en me rassurant sur mon état. Je suis bien mal, je n'es- \> père plus vous revoir jamais I Si je dois mourir, ma Bap-
» tisUne^ je t'en prie, n'oublie pas une bonne mère, qui ne » Youlail vivre que pour toi. Reçois ma bénédiction, mon » enfant : puisse le bonbeur, que je n'ai jamais connu, » te rester Adèle I j'ai bien assez souffert pour nous deux! «Adieu, ma fille, adieu, Baptistine; aime-moi quand je » ne serai plus, comme je t'aimerai jusqu'à mon dernier • soupir. D
Abel lisait encore d'une voix émue, que Baptistine ne Tentendait plus; la commotion violente qu'elle venait d'éprouver dès les premiers mots de la lettre lui avait ravi l'osagede ses sens; elle s'était laissée tomber sur un fauteuil et avait perdu connaissance. Abel s'empressa de la rappeler à la vie ; mais les larmes , les sanglots, rempèchaieni de parler. Quand elle eut repris un peu de calme, elle dit à son mari :
— Partons!... partons à l'instant! Abel frémit; la nature lui disait : — Tu dois te rendre à son désir ; car on ne peut s'opposer à ce qu'un enfant aille recueillir le dernier soupir de sa mère! Mais heureusement Baptistine était si faible! et puis Abel implora si bien le secours de ses paréos, que ceux-ci l'obligèrent à rester au Havre au moins deux ou trois jours encore. On la retint malgré ses cris de désespoir. La position d'Àbel était horrible ; c'est lui qui avait conduit ce coup qui pouvait être si funeste à la santé de Baptistine ; il était obligé de tromper la femme qu'il adorait ; chacun des sanglots de celle-ci était un coup de poignard pour son cœur. Souvent, vaincu par la douleur de Baptistine, il s'était vu au moment de tout avouer ; mais c'eût été passer aux yeux de sa femme pour un monstre d'hypocrisie, car déjà il avait pleuré avec elle. Cependant le jour fixé par la famille pour le départ des époux arrivait ; Baptistine ne voulait plus entendre parler de retard, elle avait dit à Abel :
3 oc LES CONTKS DE L* ATELIER.
— Si tu refuses de me conduire à Lyon , eh bien ! je m'échapperai d'ici , j'irai seule, je veux voir ma mère : morte ou vivante, je veux la voir! — Demain, avait-il r^ pondu, nous partirons ensemble ! — Et il voyait approcher le moment où sa ruse pour éloigner Fa nchette n'allait r^las être un secret. Avec cette découverte devait disparaître a jamais la confiance de Baptistine pour son mari. Abel, ne voyant aucun parti à prendre pour se soustraire au malheur qui se préparait, et repoussant l'idée de confier son embarras à son père , allait s'abandonner à sa destinée, quand le courrier de Lyon apporta un nouveau message. Cette dernière lettre, fermée d'un cachet noir, était d'une main inconnue ; la personne qui écrivait se donnait le titrt. de médecin, sa signature était indéchiffrable : on annonçait à Abel la mort récente de madame Caillot, qui, en expirant, avait encore nommé sa fille; le médecin invitait A bel à venir passer un jour à Lyon, pour connaître les dernières volontés de sa belle-mère.
Baptistine était couchée quand on reçut la lettre. M. Favelet père comprit qu'A bel ne pouvait pas emmener sa femme pour assister an triste spectacle d'une levée de scellés : il fut convenu qu'on apprendrait à Baptistine, avec tous les ménagemens possibles, qu'elle ne devait plus espérer de voir sa mère. A bel fît mettre les chevaux à sa voiture et partit pour Lyon.
Fanchette l'attendait : ce n'est qu'en tremblant qu'il osa se présenter devant sa belle-mére; c'est à peine s'il la reconnut, tant elle était maigrie et changée; son front s'était ridé, ses cheveux avaient blanchi.
— Ah! vous voilà! lui dit-elle, j'avais besoin de vous voir un moment. Eh bien ! monsieur, vous devez être satisfait? j'espère maintenant que vous n'aurez plus de gacrifices à m'imposer^ à moins cependant que ma mort
véritable ne soit aassi nécessaire à votre repos? — Ab! madame, qu'osez-vous dire? si vous saviez combien mon cœur est décbiré! — Pas plus que le mieu ; car enfin tout est fini entre ma fille et moi, et si je ne suis pas morte réellement, c'est que j'ai besoin de la savoir heureuse! Pensez-y bien I en me condamnant à ne plus vivre pour elle, vous avez pris rengagement d'être auprès de Baptistine le meilleur, le plus tendre des époux ; ce n'est que votre amour pour mon enfant qui pourra vous acquitter envers moi. — Soyez certaine que toute ma vie sera consacrée à son bonheur. — Je vous crois ; car, si vous manquiez à votre devoir, je ferais le mien ! Oui, rappelez-^ous que je pourrais venir réclamer une dette sacrée ; car je n'abandonne pas le droit que je tiens de la nature, je veillerai sur ma fille I — Que voulez-vous dire? madame. — Tant que mon éloignement fut indispensable, j'ai pu consentir à mettre cent lieues entre Baptistine et moi ; mais à présent que je n'existe plus pour elle, je veux me rapprocher de vous, afin de savoir comment vous la récompensez du sacrifice de ma vie. — Et où prétendez-vous donc vous fixer? — A Saint-Mandé. — Y pensez-vous? aux portes de Paris! — Ne craignez rien, ne suis-je pas morte?... je vous jure que ce ne sera jamais une imprudence de ma part qui apprendra à Baptistine que je suis si près d'elle; mais je veux recevoir de ses nouvelles souvent , tous les jours : quand vous le pourrez, vous viendrez vous-même m'en apporter. J'ai bien aussi le droit de dicter quelques conditions, je me suis soumise à toutes les vôtres I
Abel ne pouvait s'opposer au projet de Fancbette; il sentait que toute objection de sa part semblerait cruelle à cette mère qui venait de renoncer avec tant de courage au bonheur d'embrasser jamais son enfant. Il passa une journée entière auprès de Fanchelle ; elle lui renouvela ses
208 LES COMTES DE L'ATëLIKR.
recommandations pour Tavenir de Baptistine ; elle exigea d'Abel qa'il fît le serment de parler souvent à sa femme de la bpnne mère qui n*ètait plus. Après de tristes adieux» Fanchette remit à son gendre une boucle de cheveux, un anneau pour Baptistine, et elle se disposa à monter en voiture pour prendre la route de Paris, tandis qu'Abel s'éloignait sur celle du Havre.