‹ Les contes de l'atelierChapitre 43 sur 49 · LES PLANCHES · texte numérisé non relu

LES PLANCHES

Me Toilà done à nn nourean maître.

-—Chargez I... à la eour t.... aa jardin !.... cUaagez les portons!.... desceadez le rideau deibnd!...» jaux trapillons !... enlevez la berse !...

— Mais regardez donc à vos pieds t — C'est un banc de gazon qui sort de dessous terre. — Prenez donc garde à votre tètel — C'est un nuage qu'on essaie avec des poids de cinq cents livres qui menacent de vous écraser en manœuvrant.

Ce sont des cris d'effroi , des éclats de rire , des blasphèmes, des bruits de voix en haut y en bas, à gauciiey à droite, qui volent, se croisent, se heurtent, se brisent.daos tous les sens. La légère coryphée sautille , Tépais choriste roucoule, le stupide comparse regarde et b4ille, tandis que le robuste machiniste, ployé sous le poids des. châssis, coudoie l'une, injurie l'autre, pousse celui-ci, étouffe cellcrlà, et renverse en passant tous ceux qui se trouvent sur son chemin.

Ah ! c'est un beau spectacle que. celui d'un entr'actel... Alors tout s'anime, tout se confond sur la^scène, Avez^vous vu, quand le temps est gros, la manœuvre d'un bâtiment en péril ? eh bien ! voilà ce que je voudrais décrire ; c'est juste cela. — Moins le 4anger de mort, dire<«-vous? — Avec le danger de mort, mes amis ! Ainsi , vous le voyez, c'est tout i^ssî amusant ; il faut les voir ces charpentiers courant sur les ponts suspendus par de minces cordages, à

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trente pieds au-dessus de vos tètes , quand les planches flexibles crient et ploient à rompre sous leurs pas ; il faut Yoir le machiniste se hisser au cintre et se balancer dans l'espace pour décrocher la bande d'air dès qu'il voit un faux pli au ciel ; et celui-là , le lampiste, il risque vingt fois de se rompre le cou pour éclairer la cime des arbres ou les pics des rochers. Moi, qui sais tout cela par cœur, je suis toujours tenté de dire aux acteurs, aussitôt que le drame languit : — Baissez le rideau sur la pièce, le public a bien assez de vos scènes filées qui ne vont droit qu'à l'ennui ; mais relevez-le pour Tentr'acte, et il jouira d'un spectacle vif, animé, palpitant d'intérêt, étourdissant d'intrigue, émouvant jusqu'à la terreur.

Tout bruit est joyeux au cœur d'un enfant : Claire, suspendue pour ainsi dire aux pans de l'habit de Briolet, était dans l'ivresse ; elle n'avait pas assez d'yeux pour voir comment un élégant salon se changeait peu à peu en sombre et triste forêt; elle admirait comme de ce ciel de cordes et de planches descendaient tour à tour la mer, les montagnes, et enfin les nuages gros de tempêtes. Ce qui faisait son bonheur surtout, c'était de pouvoir toucher du doigt la robe de soie de celle que tout-à-Fheure on nommait la reine ; car l'enfant venait de voir le premier acte du drame : le vieux souffleur lui avait fait une petite place dans son trou. C'était à grand'peine que l'honnête gagiste avait pu parvenir à étouffer les cris de surprise que la représentation du drame arrachait à l'orpheline.

Cette reine , que la petite Claire contemplait avec joie et respect, ne put voir sans intérêt la jolie petite fille qui la suivait des yeux, épiait ses moindres gestes, et semblait frissonner de plaisir à chacune de ses paroles. Gélie, ainsi se nommait la princesse de théâtre, se pencha vers l'enfant pour l'embrasser : oh! alors ^ le sang remonta au visage

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de€laire le bonheur étincela dans ses regards, elle fot à la fois fière el honlease ; la reine venait de loi demander son nom.

— Cette jolie enfant est à vous, Briolet? dit Gélieen jouant avec les cheveux bouclés de la petite Claire. — Oui, madame. — Je Taurais parié... elle vous ressemble, — Oh I vous voulez plaisanter ? — Non ; il y a quelque chose dans la physionomie... un air de famille. — Alors, c'est un effet du hasard, car la petite n'est à moi que depuis deux heures. — Bah t... c'est donc une histoire T... il faut nous la conter. Allons au foyer, toutes ces dames y sont... Veux-tu venir avec moi, mon bijou? — Oui, madame la reine, répondit Claire, toute cx)nfuse de donner la main à une belle dame qui avait des diamans sur la tète, une pelisse de velours , une ceinture de perles , et qui traînait après elle de l'or et des fleurs.

— Voyez donc la belle petite fille que Briolet a trouvée ! dit-elle en entrant dans le foyer. — Charmante! — Quel petit amour! — Quels beaux yeux ! —Quelle figure spirituelle I — Elle est très-bien. —Je donnerais beaucoup pour en avoir une semblable! — Comment! vous l'avez trouvée ? — Dites-nous donc cela I

Briolet ne demandait pas mieux que de raconter l'histoire de l'orpheline ; aussi , dès que les exclamations, les interrogations eurent cessé, il commença.

Vous savez trop bien comment Claire , perdue sur la place du Châtelet, fot recueillie par Thibaut malheureux, puis vendue par Thibaut enrichi au Luxembourgeois Spil- 1er, et cédée enfin par ce dernier au vieux soofQeor, poor que je ne vous fasse pas grâce du récit de Briolet.

Claire^ non plus que moi, n'écoutait le sooflfeur ; l'attention de l'enfant était bien assez occupée ailleurs ; elle marchait de surprise en surprise ; la reine avait dit : —

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Allons près d^ ces dames. — Elle s'attendait à ne ?oir au foyer que des princesses satinées, ruisselactes de perles et de diamans ; mais ces dames étaient, pour la plupart, des paysannes Têtues de serge. La petite tille se trouvait aussi fort étonnée en voyant celui qu'on avait appelé monseigneur céder sa chaise à une servante d'auberge. Ce qui la surprenait encore, ce fut de voir le père du chevalier ôter sa barbe pour avoir moins chaud ; il paraissait alors beaucoup plus jeune que son fils. Et la jeune première donc! elle tout-à-l'heure si pâle et presque mourante, maintenant elle chantait, elle riait et se refaisait des couleurs. Devant tant de merveilles et de métamorphoses , Claire , pour la première fois, osait croire à Pean d^Jne et au Pelil Chaperon rouge

Cependant Briolet arriva à la fin de son récit joste au moment où la cloche de Tavertisseur appelait les musiciens à Torchestre. Il termina ainsi :

— Bref, monsieur le directeur, qui connaît Thistoire de ma petite Gaire , et qui a été la voir à son café , m'a dit que si je pouvais lui procurer l'enfant il la ferait débuter; pour lors je me suis chargé de l'enfant, d'accord avec mon épotue.,. Enfin nous allons voir si la petite a des dispositions; et, en cas de succès, vous voyez que ce sera une bonne affaire pour le Uiéàtre , pour moi et pour notre protégée.

A ces mots, les artistes dramatiques, qui avaient écouté avec intérêt Thistoire de la petite Claire, froncèrent le sourcil ; ils haussèrent les épaules et se mirent à considérer l'enfant sous unr nouveau jour : l'un trouva que ses beaux yeux manquaient de vivacité , l'autre dit que sa bouche était trop grande, celle-ci que son teint n'avait pas d'éclat; la reine. même^eette bonne Célie, qui avait amené Claire au milieu de ses camarades pour la faire admirer^

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Célie, dîs-je, jeta un regard de pitié sur Torpheline quand le souffleur parla du début présumé de celle-ci.

— Il est impossible, dit-elle, de faire jouer cette petite, ce serait se moquer du public : ça n'a pas de tournure ; ça ne saura pas dire deux mots en scène. — Briolet « piqué, reprit: — Je la stylerai; d'ailleurs en lui fera une pièce d'après ses moyens. — Une pièce 1 s'écrièrent les comédiens, ah f c'est trop fort ! — On ne m*en fait pas à moi^ murmura le garçon de théâtre chargé des utilités. — ^Pour* quoi ne lui donne-t-on pas tout de suite mes rôles? grom^ mêla la duègne. — Bien certainement je ne jouerai pas dans la pièce qu'on fera pour elle ; je n'ai pas besoin de servir dé compère à un enfant, ajouta le troisième rôle. — » Tu ne joueras pas ? répliqua son chef d'emploi , eh bien ! ni moi ! — Ni moi ! — Ni moi ! — répétèrent tous les comédiens. Il y eut un redoublement de chuchotemens parmi la troupe mélodramatique , car le directeur Tenait d'entrer dans le foyer.

Comprenez, si vous le pouvez, le déchaînement des artistes contre le projet de leur directeur ; quant aux critiques de Gélie sur la tournure et l'intelligence de Claire, on peut les expliquer facilement. Célie était depuis dix ans chargée de fournir des enfans au théâtre, et. Dieu aidant, elle n'en laissait pas chômer la troupe. L'admission de Claire était donc un tort réel qu'on lui faisait ; elle regardait' le début de l'orpheline comme une ingratitude de Tadiâinlstration envers elle, qui avait tant fait pour que le théâtre eût un assortiment raisonnable de bambins des deux sexes.

— Allons done^ messieurs et mesdames, dit le directeur en ouvrant la porte du foyer, voilà un entr'actè de trois quarts d'heure ; le public s'impatiente , il sifOe , il demamklaioile. — C'est la faute de Briolet, reprit aigre-

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ment Gélie: il vienl nous faire des contes à propos d*ane petite flUe» Au surplus, je ne sais pas pourquoi il se permet d'entrer dans notre foyer; sa place n'est pas ici. — Oui, qu'il aille a son trou ! ajoutèrent les comédiens.

Le pauvre souffleur, brusqué, humilié, poussé, se préparait à retourner dans sa loge d'avant-scène , au grand contentement de Glaire, qui voulait voir la fin du spectacle; mais le directeur aperçut l'enfant, il ordonna à Briolet d'aller où son devoir l'appelait et de lui laisser l'orpheline : il la prit dans ses bras et l'emporta dans son cabinet.

Le public , fatigué d'attendre qu'il plût à messieurs et mesdames de la comédie de continuer le mélodrame , se vengea cruellement de la longueur de l'entr'acle sur les longueurs de la pièce : d'abord il exigea des excuses, et, peu satisfait sans doute des raisons que le régisseur lui donnait, it salua chaque entrée d'une triple salve de sifflets. Les artistes rejetèrent le mécontentement du public sur le récit de Briolet ; aussi voucrent-ils , à compter de ce |our, une haine éternelle au vieux souffleur ainsi qu'à sa petite protégée.

Ils n'avaient pas besoin de se voir en butte aux sifflets des spectateurs pour haïr cordialement la jeune orpheline : elle allait débuter, disait-on , et quand il s'agit du début d'un nouvel acteur, toutes les passions d'une troupe de comédiens sont en émoi : l'égoïsme , l'envie , la jalousie, se glissent dans les cœurs, les rongent, les déchirent jusqu'au jour où le débutant succombe ; alors le bon naturel reprend le dessus, et tel comédien eût voulu le pousser pour hâter sa chute, qui lui tend la main et lui offre sa bourse... Mais s'il réussit!... il n'y a que l'amour-propre qui guérisse les plaies que la jalousie, l'égoïsme et l'envie ont pu fiiire au cœur du vieux comédien. Ni l'âge, ni le sexe, ni le talent ne peuvent garantir le nouveau venu des haines

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du théâtre ; on dirait d'un soldat qui se fourvoie dans le camp ennemi ; chacun charge ses armes pour l'effrayer à forée de bruit, si l'on ne peut parvenir à l'atteindre mortellement. On m'a dit qu'entre eux les auteurs ne valaient pas mieux : bonne engeance humaine !

Bien qu'un peu chagrinée d^ ne pas voir la suite du drame qui l'intéressait, Claire se laissa conduire sans crainte par le directeur; elle le connaissait déjà : il l'avait tant caressée quand il était venu au café de la place du Ghâtelety que la petite orpheline ne pouvait l'avoir oublié. Plus d'une fois même l'enfant avait dit à sa maman Thibaut : — Pourquoi le beau monsieur ne revient-il plus à la maison?

— Tu n'as pas peur avec moi , n'est-ce pas, petite? lui demanda le directeur en la prenant par la main. — Non, monsieur... je vous connais bien... j'ai. bonne mémoire.—» Allons, tant mieux, reprit celui-ci ; la mémoire, c'est justement ce qui te sera le plus nécessaire ici ; car, pour la gentillesse et l'espièglerie , tu n'en manqueras pas.

Il fit encore une fois traverser à Claire ce théâtre qu'elle ne pouvait se lasser de regarder. L'orchestre jouait l'ouverture du second acte, que le public accompagnait de sifflets discordans. Les acteurs, réunis en groupe^ s'animaient sans doute encore mutuellement contre l'orpheline ; mais Claire n'avait rien entendu de la conversation du foyer ; aussi ne comprit-elle pas pourquoi la reine haussait les épaules en signe de pitié au lieu de répondre au sourire que l'enfant lui adressait en passant.

— Faites descendre madame Briolet, l'ouvreuse des troisièmes, dans mon cabinet, dit le directeur à un garçon de théâtre. Puis il prit l'enfant sur ses genoux, en lui recommandant d'être bien docile avec la nouvelle maman qu'i allait lui donner. Madame Briolet arriva.

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C'était une grosse et grande femme de quarante ans en- ▼iron, à la voix forte, arec de gros yeux noirs et hardis, un nez pourpre, des joues yermillonnèes , des moustaches et une barbe naissantes , presque un phénomène enfin, comme on en montre dans les fêtes foraines, en leur ajoutant un léger tatouage, quelques taches sur la peau, et une massue d'osier pour figurer la géante nouTellement arrivée des Grandes-Indes. Uépouse du souffleur chercha dans le médium de sa voix les cordes les moins rauques pour offrir un respectueux bonsoir à son supérieur , et lui demander si c'était là l'enfant en question.

— Oui, madame JUriolet, c'est cette jolie petite fille, dont, je Tespère, nous ferons quelque ehose de bon, si elle yeut être bien obéissante. — Certainement qu'elle le sera avec moi , répondit l'ouvreuse ; n'est-ce pas , mon petit chou T — Oh 1 oui , madame , répondit Glaire toute tremblante ; car madame Bri^let avait cessé d'adoudr la basse continue de son organe vocal.

— Nous n'avons pas grand monde aujourd'hui, reprit le directeur. — Très-peu , monsieur ; encore ils ne sont pas eontens, car ils sifflent comme des enragés... l'ai essayé d'en faire taire deux... il n'y a pas eu moyen. — Je sais que le spectacle n'est pas bon ; mais patience, nous allons avoir autre chose. — Ça ne fera pas mal, attendu qu'ils se plaignent d'en avalier de toutes les couleurs. — Il dépend de vous , madame Briolet , de nous faire avoir un succès. -*- Monsieur veut plaisanter ; je ne suis pas chef de cabale. — Non, mais vous pouvez instruire cette petite fille , lai faire répéter le rôle qu'on va lui distribuer dans une pièce nouvelle que je fais faire tout exprès pour son début.

Ici Claire regarda fixement le directeur, et Tinierrompit :

— Comment! vous voulez que je parle devant le monde

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comme oes belles dames et ees beaox messieurs? — Oui, mon enfant, e*est pour cela que je te fais venir ici. — Mais je ne saurai que dire. — Sois tranquille, il suffira de bien retenir tous les mots qui seront sur ton rôle. — Ob ! alors je le veux bien, s'il ne faut qu'apprendre par cœur ; je sais déjà tout plein de fables que maman Thibaut m'apprenait le soir pour les heures où il Tenait beaucoup de monde à la maison... Tenez, Toulez-vous que je tous en répète une ?

Sans attendre la réponse du directeur, Claire dit sa fable avec des inflexions de yoix si comiques, des gestes si gracieux et si bouffons, que madame Briolet, oubliant le respect qu'elle devait à son directeur, se jeta dans un fauteuil pour rire plus à son aise. Le directeur embrassa la petite comédienne qui gardait le plus grand sangfroid.

— Bravo! lui dit-il, bravo! c'est un trésor que cette enfant-là; il y a lànledans cinquante représentations à mille écus. — Je vous en réponds, monsieur, c'est une affiiire d'or ; je la garde, ce sera ma fille.

Claire aurait préféré entendre ces mots-là sortir de la bouche du directeur; qu'importe cependant? madame Briolet semblait si bien disposée à l'aimer I

— Voilà mes conditions, madame Briolet, reprit le directeur quand l'accès de gaieté de l'ouvreuse fut totalement calmé ; vous prendrez soin de la petite Claire. Je m'eflgage, pendant un an, de vous donner quatre-vingtdix francs par mois pour vos frais de nourriture et d'éducation ; aussitôt que votre pensionnaire, sera en état de paraître sur le théâtre , vous recevrez dix écus pour chacune des représentations. — Et les quatre-vingt-dix francs courront toujours? — Toujours, madame Briolet ; songez à préparer Claire à jouer le plus tôt possible. Voilà un or-

dre de paiement; vous toucherez demain le premier mois de pension chez mon caissier ; maintenant, si la 'petile veut voir la fin du spectacle, vous pouvez l'emmener avec TOUS. — Oui, monsieur, je serai bien contente d'entendre encore la comédie.

Le directeur donna quelques caresses à Tenfaot, il lui mit une pièce d'or dans la main, et congédia l'ouvreuse.

— Il est bien bon, ce monsieur, disait Glaire en sortant du cabinet ; regardez donc ce qu'il m'a donné ? — Elle fit briller le napoléon de vingt francs aux yeux de madame Briolet.

— Donne-moi ça, chère petite, tu pourrais le perdre. -^ Mais vous me le serrerez bien, n'estrce pas? car c'est à moi. — Sans doute, sans doute.

L'ouvreuse mit l'argent dans sa poche, et, comme elle était remontée k sa troisième galerie, elle plaça l'enfant sur ses genoux pour lui faire voir le spectacle. Claire, médiocrement amusée, il faut le croire , s'endormit bientôt.

Un bruit de verres qui se heurtaient la réveilla; elle était dans une mansarde de la place du pont Saint-Michel, chez les époux Briolet. Une dinde découpée fumait sur la table ; il y avait une bouteille de vin devant chaque convive. Un carafon d'eau-de-vie , posé sur le manteau de la cheminée, souriait aux buveurs : ils étaient six. Les voisins du souffleur avaient été ijivités à fêter la pièce d'or du directeur de spectacle. Glaire ouvrit de grands yeux ; madame Briolet, le vin sur les lèvres, les yeux en feu et la gorge à demi nue, pérorait le verre à la main. Une explosion de joie accueillit le réveil de l'enfant, qui fut bien surprise de se trouver au milieu de tant de visages inconnus ; mais à six ans on a bientôt fait connaissance avec ceux qui vous disent : — Mange! bois!..* voilà une assiette, voilà un verre. — Glaire mangea 9 et surtout elle

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