LE PROSPECTUS
Si jeune ! et Toyei-la... sa main Jeune et souffrante Vous montre en expirant le lieu de la douleur... Et, quel que soit son mal, il est venu du cœur. SaTec-YOUs ce que c'est qu'un cœur déjeune fille?... Ce qu'il faut pour briser ce flexible roseau Qui penche et qui se plie au plus léger fardeau ?... L'amitié... le repos... celui de sa famille... La douce confiance... et sa mère... et son Dieu... Voilà tous ses soutiens... et qu'un lui manque, adieu ! Alfred db Mvs»et. — Le StuUe.
Je n'ai point le dessein de vous dire, jour par jour, heure par heure, ce que faisait mon héroïne dans le pensionnat de la rue de Glichy : la vie d*un enfant en pension se compose de petits bonheurs, de légers chagrins, qui se succèdent avec tant de rapidité , qu'on a peine à suive ses alternatives de joie et de déplaisirs ; c'est une folle récréation, qui fait oublier le travail sérieux de Tétude ; c'est une querelle de jeunes filles pour un ruban, et qu'une partie de volant apaise aussitôt; ce sont des jalousies de classe qui finissent presque toujours à l'entrée du jardin, et qui ne dépassent jamais la porte du réfectoire ; encore faut-il, pour notre orpheline, retrancher beaucoup de ces événemens passagers; Claire n'était ni querelleuse ni jalouse; et comment aurait-elle pu avoir ces vilains défauts, quand les élèves de mademoiselle Duchemin l'accablaient de prévenances et de soins? Claire ne pouvait marcher si quelqu'un ne soutenait ses pas chancelans. Depuis son arrivée au pensionnat , les joyeuses courses sous les arbres de la grande allée avaient cessé; aucune de ses jeunes compa-
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go«s ne Toulait d'un plaisir qae la nouyelle venue ne pouvait partager : les jeux étaient plus calmes ^ les études moins pénibles; la maîtresse de pension avait permis aux plus instruites de ses élèves de donner des leçons à sa petite protégée; c'était une faveur, un moyen de récompenser TappUcatiofi : on voulait être savante, on retenait sa leçon avec plus d'attention pour enseigner à son tour ce qu'on venait d'apprendre. Depuis la chute de Claire, son intelligence était un peu plus paresseuse; mais l'enfant avait toujours beaucoup de bonne volonté : on savait sa fai* blesse, aussi ne la fatiguaitron pas ; une ou deux heures de leçons par jour, et rien de plus. Ses progrès étaient lentà, mais sensibles; au bout de quelques mois, elle avait appris à lire, et commençait même à écrire passablement. Comme il lui était défendu de se promener long4emps> après un tour de jardin les jeunes filles allaient s'asseoir sur U prairie, c'est le nom qu'on avait donné à un tapis de gazon de six pieds carrés environ ; là, Claire racontait les ennuis de rhôpitai, les souffrances dont elle avait été si long-temps le témoin; elle disait comment on mourait autour d'elle, et combien on devient insensible aux cris de la douleur, au spectacle de la mort, quand on ne voit près de soi que des êtres qui souffrent et qui meurent.
Les tristes récits de l'orpheline n'occupaient pas seuls l'heure de la récréation, ses compagnes avaient aussi quet> que chose à raconter : c'était leurs beaux dimanches en famille, les cadeaux du grand-papa, la tendresse de leur mère ; il n'était jamais question que de fêtes et de maison paternelle dans leur histoire. Ces événemens, si communs pour tous les enfans, étaient intéressans et nouveaux pour l'orpheline ; elle n'avait jamais été aimée comme on aimai ses compagnes ; jamais on ne lui avait donné une marque d'intérêt sans qu'elle fût autre chose qu'ua calcul de Té-
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gobme ; aassi ne se lassait-^Ue pas d'entendre le» petites pensionnaires raconter tour à tour les mêmes incidens ; et quand lacouTersation était épuisée, Claire la ranimait par ce9 roots : — Di»-moi encore comment ta maman t'a reçue?... Qu'a-t-elle répondu à cela?... Ahl elle t'a embrassée?... Et que t'a-t-elle dit quand tu l'as quittée?... Elle t'attend dimanche?... Comment , elle vient de t'écrire?... relis-moi sa lettre... Mon Dieu! que tu es donc heureuse d'avoir une maman 1 Mais moi aussi, j'en ai une à présent. Mademoiselle m'a bien dit qu'elle serait absolument comme une mère pour moi... Elle m'aime autant qu'elle tous aime toutes ; ainsi me Toilà presque aussi riche qucYOus.
— Oui, mais maman m'aime encore bien dayantage, reprenait une des pensionnaires.
— Davantage! disait en soupirant la petite Claire; alors je ne sais pas comment ça peut être, mais je voudrais bien le savoir, ajoutait-elle intérieurement, et elle regardait toutes ses compagnes avec un œil d'envie !... pas de cette basse envie qui tend à déposséder quelqu'un d'un bien ; mais Claire devait avoir une mère... elle était quelque part... morte peut-être? — Et voilà ce qui causait sa douleur quand l'entretien roulait sur les caresses maternelles ; l'orpheline souffrait beaucoup alors, et cependant elle prenait plaisir à revenir sur un sujet qui lui causait toujours des regrets et des soupirs.
Finissons-en avec le ménage de la place Saint-Michel. Monsieur et madame Briolet se trouvèrent à la porte de l'hospice le jour où Claire fut conduite à la pension de la rue de Clichy; ils accompagnèrent l'enfant; mademoi selle Duchemin les fit déjeuner, et quand ils furent honnêtement rassasiés, la maîtresse de pension les congédia poli' ment avec un gracieux : Au revoir I Celait un adieu
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qu'elle leur adressait. Le surlendemain, quand l'outreuse se présenta à la porte du pensionnat , le portier lui dit qu'on ne pouvait voir personne pendant les jours d'études. Le dimanche suivant elle revint encore; on lui dit que Glaire était sortie avec les jeunes filles de sa classe. Enfin, à une troisième visite, on la congédia définitivement.
— Mademoiselle , dit le portier, m'a défendu de vous laisser entrer , vous auriez bien dû vous en apercevoir ; mais puisqu'il faut tout vous dire , apprenez que j'ai pour consigne de vous fermer la porte toutefois et quand vous TOUS présenterez.
Le portier, sévère observateur des ordres qu'il recevait, poQin la porte sur le nez de madame Briolet, sans s'embarrasser des cris de celle-ci, ni des injures qu'elle le chargeait de reporter à sa maîtresse. Quand l'ouvreuse eut bien crié, elle se tut, et retourna sur ses pas, elle entra dans le premier cabaret qu'elle trouva sur son chemin: elle avait soif... Eu buvant, elle se consola sans doute ; car depuis ce jour on n'en entendit plus parler au pensionnat. On doit présumer que le chagrin de M. Briolet ne dura pas assez long- temps pour altérer autre chose que son gosier ; il élait pour le moins aussi philosophe que son épouse^ et ne se faisait pas faute, non plus qu'elle, de consolations. Gloire à Dieu sur cette terre d'épreuves l s'il nous envoie des chagrins, il mûrit nos vendanges.
L'article du journal avait produit l'effet que mademoiselle Duchemiu attendait ; l'attention s'était dirigée sur son pensionnat ; on parlait de sa bonne action dans les salons de la Chaussée-4'Antin et dans l'arrière-boutique du marchand de la rue Saint-Denis.
— C'est à cette excellente institutrice que nous devrions coufier réducalion de notre iille, disait-on chez le boutiquier. — Nous ne saurions remettre en de meilleures mains
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l'espoir de notre famille, répétail-on chez le banquier ; et jusqu'à la jeune héritière d'un grand nom, que Ton parlait d'envoyer au pensionnat de la ruedeClicby, ne fût-ce que pour lui inspirer de beaux et nobles sentimens. Une semaine ne se passait pas sans qu'on vit descendre à la porte de mademoiselle Duchemin, d'un fiacre ou d'une voiture à panneaux armoriés, une élève nouvelle pour la protectrice de Claire. Ce qui surtout attirait tous les regards sur cette maison d'éducation, c'était quand, le dimanche, on voyait aux Tuileries ou sur les boulevarts , cette longue file de jeunes pensionnaires, mises uniformément, et que suivait l'orpheline du Châtelet. Elle marchait toujours seule ; c'était l'ordre de la maîtresse : prospectus vivant, elle n'avait pas besoin de se nommer pour entendre dire autour d'elle : — Voilà le pensionnat de mademoiselle Duchemin qui passe. — On le reconnaissait aisément à l'enseigne : Claire boitait!
Quelques mois de bonheur avaient hâté la convalescence de l'orpheline, ranimé son teint, et ramené l'enjouement dans son regard ; elle était, depuis son arrivée chez mademoiselle Duchemin, l'objet de l'affection générale; mais à la fin de belles et riches demoiselles apportèrent leur fierté d'enfant gâté dans le pensionnat; quand une seule des premières amies de Claire eut compris qu'on pouvait impunément dédaigner l'enfant trouvé , et que toutes celles qui lai montraient de l'amitié devaient être enveloppées dans le mépris que l'orpheline inspirait à de nobles élèves ; dès ce moment , dis-je , les jeunes filles pensèrent à l'inégalité qui existait entre leur condition et celle de Claire ; on mit moins d'empressement à causer et à se promener avec la boiteuse ; ensuite on trouva ridicule de passer son temps à lui donner des leçons : chacune avait bien assez de ses propres devoirs; les plus fidèles
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'résistèrent encore quelques jours à la tentation de l'abandonner toui-à-fait; mais il arriva qu'un dimanche toute la pension fut conviée à un grand goûter d'en fans dam l'hôtel du vicomte de''*'', père de l'une des nouvelles élèves de mademoiselle Duchemin ; toute la pension, disje, excepté Glaire; elle avait bien l'habitude de rester seule auprès de sa maîtresse quand les parens appelaient chez eux ses compagnes d'études, mais ce n'était pas, cooame au jour du goûter, une exclusion injurieuse qui l'obligeait à demeurer seule. Glaire avait le cœur bien gros en regardant partir ses jeunes amies; quand elles furent toutes sorties de la maison, quand elle entendit rouler les voitures qui les emmenaient chez la belle et dédaigneuse pensionnaire, l'orpheline alla se cacher au fond du jardin et pleura. Mademoiselle Duchemin elle-même avait été blessée de ce mépris qu'on affectait pour sa pro* tégée ; mais la fille du vicomte payait une pension considérable ; elle avait valu à sa maîtresse de nouvelles élèves, il fallait bien respecter ses antipathies et flatter ses préférences. D'ailleurs, la vicomtesse, sa mère, avait dit à mademoiselle Duchemin :
— Je vous confie un enfant charmant , qui a les meilleures dispositions et le caractère le plus facile quand on ne la contrarie pas; j'ai renvoyé plus de dix. domestiques pour elle , parce qu'ils ne cédaient pas à ses volontés : je vous préviens donc que la nature a tout fait pour que ma fille soit un sujet très-remarquable ; ainsi il n'y a qu'à suivra ses progrès , elle en fera d'étonnans si vous savez vous faire aimer d'elle. Dans le cas où l'une serait mécontente de l'autre, je me verrais forcée de vous reprendre mon enfant; je n'ai que celle-là... elle aura un jour cent mille livres de rentes; je dois donc tout faire pour la i 37
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conserver. N*oubliei pas surtout ^*elle est très-nerveuse, et que ia moindre contrariété la met dans un état affreux.
Ce n'est pas après de telles recommandations que Vinstitutrice se serait avisée de faire observer à sa noble pensionnaire combien il était cruel d'ezdure l'orpheline de ses parties de plaisir.
Claire pleurait donc amèrement dans le jardin lorsque sa bienfaitrice vint à elle.
— Gonsole^toi 9 mon enfant ; il faut t'attendre dans le monde i quelques humiliations de ce genre-4à... personne n en est exempt , puisque chacun peut se trouver fnHsaè tous les jours par un plus puissant que soi. Il n'y a qu'une chose qui puisse nous consoler d'un semblable malheur: c'est l'éducation; grâce à ses bienfaits, nous possédons en nous l'estime de notre juste valeur... Qu'knporte si tes amies t'abandonnent? je ne t'abandonnerai pasr moi; tu resteras iei tant que tu voudras... et sois sûre que celles qui t'humilient aujourd'hui seront bien humiliées à leur tour quand elles te verront , à la prochaine distribution des prix, recueillir les couronnes que tu auras méritées.
Le tendre baiser q^i accompagna ces mets suffit pour calmer le cuisant chagrin de l'orpheline. L'assurance qu'elle venait de recevoir d'être couronnée à la distribution des prix doubla son eourage; elle lai$sa ses compagnes jouer aux jeux que préfirait mademoiselle la vicomtesse, et suivre comme de petits courtisans l'héritière de cent mille livres de rentes ) il n'y eut plus pour Claire ni récréations ni dimanches, jusqu'au jour désiré , où ses progrès devaient être si bien récompensés, où son amourpropre blessé allait enfin obtenir une vengeance éclatante.
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Claire avait raison d'espérer ; mademoisellcL Duchemin ne faisait jamais nne promesse sans la tenir religieusement. Le jour de la distribution arriva. La classe, métamorphosée en salle de spectacle, pouvait h peine contenir la foule de parens qui s'intéressaient au succès des jeunes élèves : les mères étaient tremblantes d'anxiété; on lisait dans leurs yeux l'espoir et la crainte; toutes souriaient I leur enfant Dans tous ces regards d'amour, il n'y en avai t pas un seul pour Torpheline. Glaire entendit sans jalousie nommer d'abord mademoiselle Amélie D* * * pour le premier prix de lecture. — C'est juste, dit-elle, on prétend que je lis moins bien qu'elle. — Il y eutun murmure de satisfaction ; des bravos retentirent dans la salle. Glaire cessa de trouver qu'il était juste de couronner sa rivale. Le nom de la fille du vicomte fut proclamé une seconde fois. Claire, surprise, regarda mademoiselle Duchemin, qui embrassait la noble élève et lui donnait une nouvelle couronne ; au troisième prix, un antre nom fut appelé ; mais ce n'était pas encore celui de Claire ; un quatrième appel fut doux au cœur de la vicomtesse; on couronnait encore sa fille. — Elle va* donc tout emporter? se dit Tenfant, qui craignit à la fin de se voir oubliée. La riche pension* naire avait son compte de couronnes. On appela successi- Tcment toutes les autres; un ou deux accessits tombèrent sur l'orpheline comme par mégarde : il ne restait plus qu'à distribuer le prix de sagesse. L'héritière du vicomte fut encore nommée au bruit des applaudissemens ; alors Claire ne put retenir ses larmes; mais quel enthousiasme éclata dans la salle quand on vit la pensionnaire tant de fois couronnée s'avancer vers l'orpheline et lui poser cette dernière couronne sur la tète, en disant : — Tu là mérites mieux que moi!
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Quel beau trait! c'est sublime! on se pâmait d'enthousiasme; le ficomte essuyait une larme d'attendrissement. — Cette enfant-là aura donc toutes les vertus ! s'écria-t-il ; et la vicomtesse se. trouva mal, et mademoiselle Amélie devint pourpre de plaisir; enfin, jusqu'à la maîtresse de pension qui parut stupéfaite d'admiration, comme si cette scène touchante n'avait pas été arrangée la veille entre la vicomtesse et sa fille, pour causer une douce surprise au père d'Amélie. — Vous donnerez tant de couronnes à ma fille, avait dit la mère; j'ai promis à M. le vicomte qu'elle les obtiendrait, il lesluifautabsolument donc; si vous pouvez faire davantage, je n'en serai pas fâchée; mais enfin il faut que tous les parens soient contens, et je ne prétends pas faire dire qu'il y a eu une préférence pour Amélie, quoiqu'elle le mérite bien. Comme il serait adroit de terminer la cérémonie par quelque chose à effet, vous ré • serverez un prix sans importance pour votre protégée; c'est Amélie qui le lui donnera en disant : — Tu' le mérites mieux que moi... Rappelle-toi bien ces mots-là, mon enfant. — Mademoiselle Duchemin, qui ne s'attendait pas à recevoir cet ordre, voulut parler de la promesse qu'elle avait faite à Claire, des efforts inouïs de l'enfant pour mériter les couronnes. — Voulez-vous que je désoblige monsieur le vicomte, et que je retire ma fille d'entre vos mains? — Cette réponse suffit pour imposer silence à la maîtresse de pension. La comédie fut préparée pour le lendemain, et la vicomtesse sortit en emportant la promesse de mademoiselle Duchemin,
La seule couronne qui fut décernée à Claire, elle ne la dut même pas à la justice de sa maîtresse; l'orpheline sentait cela ; aussi, loin de sauter au cou d'Amélie, comme on avait espéré qu'elle le ferait, Claire arracha brusque-
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ment le prix des mains de sa généreuse rivale, et se remit à pleurer. Personne, heureusement, ne faisait attention à elle ; c'était Amélie, c'était la fille du vicomte qui était rhèrolde de la fête; on la porta en triomphe à ses'parens, qui lui tendaient les bras. Chacun remercia mademoiselle Duchemin du drame touchant dont elle l'avait rendu spectateur; on la félicita sur les beaux sentimens qu'elle savait inspirer à ses élèves > et les jeunes filles partirent . avec leurs mères : les vacances allaient commencer.
Dès que la maîtresse de pension se vit seule avec l'orpheline, elle essaya de la consoler par de douces paroles ; mais l'enfant était blessée au cœur.
— J'ai pourtant bien veillé , disait-elle à l'institutrice avec un ton de reproche ; tous les jours, quand les autres allaient jouer, j'étais là, devant ma table, à travailler, à faire mes devoirs ; vous étiez contente, vous me .disiez toujours: Tu seras la première. Et puis rienl... Ditesmoi, bien vrai, est-ce que je ne méritais pas autant de prix qu'Amélie? — Si fait, mon enfant! plus encore; mais... — Et on ne me les a pas donnés à moi ! mais pourquoi donc cela?... Vous me dites que le seul moyen de ne pas être méprisée, humiliée par mes compagnes , c'est de foire des progrès, c'est de m'élever au-dessus d'elles à force de travail? Je me rends malade pour y parvenir, et puis quand j'ai bien passé des nuits... bien souffert... car je n'ai pas dit que je souffrais... on m'aurait forcée de quitter mes études, et je ne voulais pas perdre un jour^ — Pauvre enfant! si j'avais su... tant de courage! — C'était bien le moins, n'est-ce pas, de me récompenser un peu? Mais pas du tout, il faut que tous les prix soient pour les autres; on ne me laisse que celui dont on ne veut pas. — Sois raisonnable, ma chère amie, cela nie t'empêche pas
d'être la première à mes yeui[... Tu ignores qu'il faut quelquefois faire violence à son ccenr ; mais ne prends pas de chagrin, tu n'as pas besoin d'avoir des couronnes pour me persuader que tu es instruite, ne le sais-je pas bien sans cela? — Alors, les autres n'en ont pas besoin plus que moi. — Au contraire, il leur en faut à elles. — Et pourquoi cela? — Cela ùit tant de plaisir à leurs mères!
Claire regarda fixement mademoiselle Duchemin, puis elle reprit d'une voix étranglée : «»- C'est juste , et moi je n'ai pas de mère l
Tout son corps frissonna, ses dents claquèrent ; une fièvre violente se déclara subitement, la maîtresse de pension porta l'enfant dans son lit. A compter de ce jour, Glaire ne dit plus un mot; c'était par un signe de tète qu'elle répondait au médecin ; et quand il lui demandait où elle se sentait mal, l'orpheline portait la main à son front. Étaitce un travail forcé? était-ce le désespoir qui éteignait de jour en jour une existence de si peu d'années, mais déjà si remplie? On ne le sut pas.
Après six semaines, les élèves rentrèrent au pensionnat. Après six semaines, Claire expira sans adresser un mot d'adieu à ses compagnes.
Mademoiselle Duchemin voulut au moins que les derniers devoirs qu'elle allait rendre à l'orpheline prouvassent toute la sincérité de son attachement pour l'enfant. Le lendemain de la mort de Claire, dès six heures du matin, la maison fut tendue de grands draps blancs à franges d'argent ; la porte-cochère avait été métamorphosée en autel dont les parois étaient couvertes de larmes ; un dais couronnait le cénotaphe où reposait le corps de l'orpheline, et de chaque côté du cercueil six jeunes filles voilées, qu'on
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relevait d'heure en heure comme des sentinelles, récitaient les prières des morts à la lueur tremblante des cierges qui brûlaient dans leurs grands chandeliers d'argent. L'exposition dura jusqu'à deux'heures de l'après-midi; de tous les quartiers environnans, on venait admirer ce touchant spectacle.
C'était un bel hommage rendu à la mémoire de Forpheline.
C'était encore une enseigne pour le pensionnat.
FIN DE l'enseigne*
tToilà rbonoeor d'one femme en boonet maint.
ALKIAHOai Dotal.— La Jeunês*» di Riekêtim,