L'ASILE
«BeUe amie, dit-il à la fillette, ne pleurez pas ; Je Tais voua mener à Pallael , où ma femme voua recevra bien ; nous avons on lit à vous donner dans une chambre A côté de la nôtre, et demain, si matin que tous foudrei,Toas trourerez votre farine tonte prête. »
ErCDBRRAND d'OisI. — £« Meunier d'Meus, fabUau.
Pauline avait raison quand elle écrivait à ses amis de Guermandes que M. Orbelin n'était plus de la première jeunesse ; il doit avoir bien près de soixante ans. Son teint est blafard, des cheveux gris et rares descendent en boucles sur son front sillonné de rides profondes; ses yeux bleus ne promènent que des regards tristes et doux sur I. 4
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coui qui rentourent ; les sons de sa voix grave et pénétrante vont au coeur. Il est souffrant, et Ton est d'antant plus disposé à le plaindre, que c'est toujours avec un ton de résignation qui brise Tâme que le notaire répond aux personnes qui l'interrogent sur ses souffrances. On sent qu'il y a en lui une peine morale bien autrement douloureuse que les maux physiques qui le retiennent au lit ; mais personne n'a le secret du tourment qui le mine. Une fois son médecin Ta vu pleurer: c'était un soir; madame Orbelin ne pouvait être auprès de son mari : il y. avait bal à la Malmaison. Le docteur voulut profiter de cette circonstance pour arracher un aveu qui importait à la santé de son malade.
— Monsieur Pelletan, lui répondit M. Orbelin, je n'ai pas de confidence à vous faire ; puisque vous avez surpris mes larmes, je ne nierai pas ma faiblesse ; j'ai pleuré comme un enfant qui s'ennuie d'être au lit; je suis chagrin, parce qu'il y a long-temps que je souffre : voilà tout ce que je peux vous dire.
Le savant docteur n'en demanda pas davantage; il jugea , à l'altération des traits du notaire pendant ces paroles, qu'il y avait chez lui une résolution bien arrêtée de ne pas avouer la cause de son mal. Insister, c'eût été faire souffrir inutilement le malade; pourquoi fouiller dans une blessure, quand on n'a plus l'espoir d'en extraire la balle qui a frappé mortellement?
Depuis cette soirée, M. Pelletau désespéra de rendre la santé au mari de Pauline, mais il ne continua pas moins de lui donner des soins.
Au moment où la mère Hersant arrive chez Orbelin, celui-ci se prépare à se lever; la bonne vieille s'assied près de son lit et lui demande sa Pauline, qu*elle a hâte d'embrasser. Le notaire sourit avec amertume. — Parlez-
moi* de Tos chagrins, luiMit-il en soupirant; noos ayons le temps de causer ensemble ; il ne fait pas encore jour chez ma femme , sans cela elle serait déjà yenae savoir de mes nouvelles; à moins pourtant qu'elle ne m'oublie encore aujourd'hui. — Vous oublier! oh ! mon cher monsieur, ça n'est pas possible !,.. vous, qui avez Taîr si bon !... si respectable!... — D'ailleurs, reprend-il, le spectacle d*un vieux mari qui souffre n'a rien de bien attrayant pour une jeune femme. Comme je sais Pauline très-impres^ sionnable, je ne peux pas lui en vouloir de ce qu'elle ménage sa sensibilité. — Il régne une dérision si poignante dans ce semblant d'excuses, que le véritable sens de ses paroles n'échappe pas même à la grossière intelligence de Maurice.
— Non d'un... ! s'écrie-t-il, ce n'est pas madame Maurice qui s'avi^rait de dormir jusqu'à des onze heures, midi, quand je suis sur le flanc pour une maladie quelconque ; et pourtant on ne peut pas dire qu'elle me goberge, celle-là.
Le vieux notaire sort avec peine du lit son bras faible et décharné, et l'étend vers le voituriisr, pour l'inviter à modérer sa colère. Maurice se pince les lèvres et se tait.
— Au moins, mon bon monsieur, dile»-moi où je pourrai trouver cette pauvre Thérèse, ajoute la mère Hersant; j'ai de si bonnes nouvelles à lui annoncer ! — Vous allez la voir. — Orbelin sonne ; un domestique entre. — Savezvous où est Thérèse? — Chez madame. — Ma femme est donc éveillée ? — Oui, monsieur, il parait même qu'elle reçoit ce matin, car j'ai vu entrer la calèche de M. Gustave. — C'est bon, André, interrompit-il ; je ne vous demande pas que vous me rapportiez ce qui se passe chez madame; si vous croyez vous faire bien venir de moi en l'espionnant, vous vous trompez, mon ami. Qu'il ne vous
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arrive plus de me raconter ce que je ne m'inquiète pas de savoir, ou nous serons forcés de nous séparer. Allez chercher Thérèse.
drbelin s'efforce de paraître calme après s'être livré à ce mouvement d'humeur ; mais on comprend, à sa voix émue, à ses paroles qui s'échappent péniblement de sa bouche, qu'un poids énorme pèse sur sa poitrine. — Ces malheureux domestiques, continue-t-il, on dirait qu'ils ont besoin de se venger sur notre repos du sort qui les a condamnés à nous servir... Cet André, il prend plaisir à me tourmenter... ma femme a toujours tort avec lui... Parce qu'il ne sait pas qu'elle me confie à l'avance ce qu'elle veut faire... le nom des personnes qui doivent venir la voir.., il s'imagine que dans mon ménage on* se cache de moi. Je ne peux pourtant pas l'admettre en tiers dans les confidences que Pauline me fait tous les jours... Avez-vous vu son rire malin quand il m'a dit que madame allait recevoir une visite, indifférente pourtant? Parce qu'il y a des étrangers ici, il serait bien aise que l'on pût croire que je sui^ malheureux en ménage... Je le chasserai... U y 9 vingt ans qu'il me sert... N'importe, je le chasserai!...
La mère Hersant éprouve un serrement de cœur en l'écoutant parler ainsi. Maurice, les bras croisés, la bouche béante, le regarde se donner toutes les peines du monde pour leur persuader qu'il est le plus heureux des époux. Mais M. Orbelin est interrompu dans ses récriminations contre André par l'arrivée de Thérèse. Celle-ci court embrasser sa mère. — Vous permettez, n'est-ce pas, mon bon monsieur ? dit la vieille en serrant sa fille dans ses bras. — Orbelin fait de la lête un signe affîrmalif. — - Tu as pleuré, mon enfant? ajoute la mère Hersant en regardant les paupières humides et les yeux rouges de Thérèse.
Celle-ci reste un moment embarrassée , puis répond : — C'était bien naturel, vous n'arriviez pas! — Dame I on ne va pas vite, dans nos charrettes. Mais console-toi, ma fille, tu vas être tout-à-l'heure plus heureuse que tu ne pouvais l'espérer. — Heureuse ! répète Thérèse en soupirant. Dites donc que je serai tranquille sur votre sort ; mais sur celui de Philippe I mais mon pauvre maril... — Soyez donc tranquille, il se porte bien , réplique Maurice avec un faux air malin. — Comment savez-vous cela ? demande vivement la jeune femme. — Je l'avons vu> mam'selle Thérèse. — Vraiment! — Et tu vas^le voir aussi, mon enfant! ajoute la mère.
Thérèse reste un moment comme anéantie par l'excès de la joie ; puis elle court vers la porte en s'écriant : — Où est-il? où est-il? — Elle pleure, elle suffoque, elle se débat entre les mains de ceux qui veulent la retenir.
— Vous allez faire une sottise ! crie Maurice. — Malheureuse enfant! veux-tu bien rester là! dit la vieille mère, qui comprend l'excès de son délire, mais qui tremble qu'une imprudence ne les perde tous. Orbelin s'est levé sur son séant; il a recueilli toutes ses forces pour dominer de la voix les sanglots et les cris. Thérèse parvient enfin à se calmer ; mais elle répète toujours : — Où est Philippe? Pour Dieu! dites-moi où il est! — Vous le saurez quand vous serez raisonnable , ma chère enfant. — Monsieur, vous le voyez, je suis tranquille à présent , dit Thérèse en piétinant d'impatience; mais c'est mon mari!... c'est ce que j'aime le plus au monde!... Je le croyais perdu pour moi... Je l'ai tant pleuré!... C'est pitié que de me faire languir comme cela ; je veux le voir, ou je croirai que vous voulez tous me tromper, que vous voulez me faire mourir. Je vous le demande à genoux; que je le voie! Je vous promets, s'il le faut, de ne pas lui
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parler, de retenir mes cris, mes larmes. Mais, encore uue fois, ne me faites pas tant de mal ! Je veux le voir !
— Il faut la satisfaire , dit M. Orbelin, à la condition, cependant, qu'elle ne dira plus un mot qui puisse nous compromettre; car nous sommes entourés d'espions. Il suffirait. d'une imprudence poUr détruire tout ce que je veux faire pour vous. — Thérèse se précipite sur la main de son maître, qu'elle mouille de ses pleurs. — Je vous jure de me taire , ajoute-t-elle d'une voix étranglée par l'émotion.
Maurice conduit la jeune femme vers la fenêtre; elle parcourt d'un œil inquiet l'étendue de la rue , puis se tourne avec une expression de douleur vers le voiturier :
— £b bien! je ne le vois pas! — Là, en face, assis sur le limonier de la charrette... Ce paysan, c^est lui !
— Lui? Philippe!
Des éclairs de joie brillent dans les yeux de Thérèse ; elle fixe un regard d'amour sur le paysan qu'on vient de lui montrer; puis elle reprend tristement : — Mon Dieu ! pourquoi baisse-t-il donc la tête?... Vous avez raison, ce doit être lui, mon cœur me le dit. Mais qu'il regarde donc par ici I Vous ne l'avez donc pas prévenu que je viendrais là? Chutl je crois qu'il va se retourner de ce côté... Ah! il a regardé! s'écrie-t-elle. Et elle se retient à l'espagnolette de la croisée, car elle a senti ses genoux plier et le cœur lui faillir.
— Il faut quitter cette fenêtre et m'écouter, dit M. Orbelin, qui vient de passer sa robe de chambre et de se jeter dans son grand fauteuil. — Je vous entendrai bien d'ici, monsieur, répond Thérèse sans détacher ses regards de la fenêtre. Soyez sûr que je vous écouterai ; mais laissezmoi là! j'y suis bien ! Et elle essuie avec la main la vitre que sou souffle a ternie. — Allons , je vous le permets ,
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ma petite ; mais vous ignorez , Thérèse , qu'il y a plus que jamais du danger pour votre mari à être reconnu et arrêté. Tout For du monde maintenant ne le sauverait pas ; il faut donc agir avec beaucoup de prudence, si vous voulez le conserver. — Je ferai tout ce que vous ordonnerezy monsieur; vous pouvez compter sur moi. — Ce que je TOUS recommanderai surtout , c'est le silence. Malgré l'amitié que ma femme vous témoigne, il faut vous garder de lui apprendre que vous avez revu Philippe, non pas que je méconnaisse assez le bon cœur de Pauline pour croire qu'elle ne partagerait pas votre joie ; mais elle est légère, inconsidérée ; un mot indiscret, échappé dans un moment d'irréflexion, peut faire le plus grand tort à notre réfractaire. Vous savez qu'il vient ici des personnes, ajouta-t-il avec un soupir, des personnes devant lesquelles il ne serait pas prudent de parler de Philippe. Il est donc bien convenu entre nous que madame ne saura rien.
Maurice approuva, et les deux femmes promirent^ Orbelin reprit :
— Rien ne sera changé à nos premiers arrangemens ; vous, Thérèse, vous resterez auprès de Pauline, et votre mère ira habiter ma petite propriété de la rue de Courcelles. Elle n'y sera pas seule ; Philippe, qui va aujour d'hui même y conduire quelques meubles, ne sortira plus de celte maison. — Et pourrai-je aller voir ma mère? demanda Thérèse. — Oui ; rarement d'abord, car il ne faut éveiller aucun soupçon ; mais quand votre mari sera un peu plus oublié, vous pourrez aller le visiter plus souvent. Dans sa retraite, il s'occupera de quelques légers ouvrages de menuiserie , puisqu'il connaît un peu ce métier-là. Comme il ne me sera pas possible, avant un an peut-être, de conduire ma femme au bal ou de l'accompagner en
soirée, j'irai quelquefois au milieu de vous jouir de Taspect d'uD ménage heureux ! Ce sera une consolation pour moi. Voilà qui est bien arrêté. Thérèse, n'oubliez pas que le sort de votre mari dépend de votre discrétion.
£lle jura de nouveau que personne ne connattrait jamais, par elle, la retraite de son époux.
Comme le notaire terminait sa recommandation, la calèche du colonel Gustave, qui sortait de la porte cochère, roula dans la rue et s'éloigna. Ofbelin parut éproaver une secousse douloureuse. — N'est'-ce pas madame qui sort? demandait* il en fronçant le sourcil. Thérèse répondit en balbutiant: — Jfe crois que c'est elle... Mais oui, je reconnais sou chapeau rose. — Le mari de Pauline pencha son front sur sa main ; înaîs comme il craignait que son mouvement ne fût surpris, il releva la tête, et ajouta : — C'est juste , elle m'avait dit hier soir qu'elle sortirait vers midi... Vous l'avez habillée de bonne heure? Thérèse. — Monsieur, dit-elle naïvement, je n'ai pas habillé madame aujourd'hui. — Au fait, c'est possible ; elle sait si bien se servir elle-même I dit le notaire. Ces dernières paroles furent prononcées avec un calme forcé. Des yeux plus clairvoyans, des esprits moins préoccupés que ne Tétaient ceux de Thérèse et de sa mère, auraient su comprendre à ce regard morne, aux muscles de ce visage si fortement contractés, à ces poings qui se fermaient convulsivement, qu'un violent combat se livrait dans l'âme du vieux notaire, et que toute sa force de raison avait peine à triompher de la colère.
11 quitta son fauteuil : — Mes amis, reprit-il, comme il ne serait pas plus prudent de faire monter le réfractaire dans cette maison que de l'exposer plus long-temps aux regards des passans, vous allez vous disposer à partir pour la rue de Courcelles... Thérèse, vous resterez ici. Je sais
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qtt*il est cruel pour yous de voir partir votre mari sans avoir pu lui parler; mais sa sûreté exige encore ce sacrifice... Mère Hersant, vous monterez dans ma voiture ; je me sens la force de me faire conduire jusqu'à votre nouveau domicile. Maurice , descendez à votre charrette , partez avant nous, afin que nous arrivions en même temps.
Ce fut par des larmes de reconnaissance que la bonne vieille et sa bru répondirent aux bontés de M. Orbelin. 11 leur prit la main à tputes deux d'un air attendri. — N'estce pas que je ne suis pas un méchant homme, dit-il, et que ceux qui ne m'aiment pas ont bien tort?
Maurice lui-même était ému par ces paroles.
— Sacré dieu oui ! on a bien tort ! car vous êtes ce qu'on appelle un boo enfant. Quand bien même vous ne m'auriez pas promis vingt francs pour mon voyage, je l'aurais fait avec le même plaisir. — C'est juste, il faut que je vous paie, ajouta le notaire ; et il mit une pièce d'or dans la main du voiturier. — Ce n'est pas pour vous demander mon argent que j'ai dit cela, monsieur Orbelin ; mais du moment que ça vous fait plaisir de me le donner tout de suite, je ne me permettrai pas de le refuser.
Orbelin sonna André, pour que celui-ci vint l'habiller, et fit mettre les chevaux à la voiture. Maurice et les deux femmes descendirent. Thérèse se mourait d'envie de voir son mari, ne fût-ce qu'une minute ; de lui dire un mot, d'entendre sa voix.
— Ce serait, disait-elle, du bonheur pour huit jours ; on ne peut pas me le refuser, je l'ai acheté par assez de soupirs et de larmes.
Maurice chercha un moment dans sa tête comment on pourrait ménager aux jeunes époux cette entrevue d'un instant. «
— Monsieur Orbelin, dit-il, ne veut pas que votre mari
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entre ici. Encore , si vous aviez quelque chose à porter dans ma charrette, j'irais avant vous pour avertir Philippe, et il se tiendrait sur ses gardes , afin de ne pas faire trop de folies en vous voyant. — Thérèse réfléchit pendant quelques secondes, et reprit : — Mais si je vous apportais deux ou trois cravates pour vous, une robe que madame vient de me donner, et dont je peux disposer en faveur de votre femme? — Eh bien! mais voilà tout ce qu'il faudrait;* je ne voulais qu'un prétexte^ et celui-là en vaut bien un autre, cousine Thérèse. C'est dit, je vas avertir ce pauvre garçon.
Tandis que la mère Hersant attendait dans l'antichambre que le notaire fût habillé, Thérèse monta à sa mansarde ; elle fit un petit paquet des cravates et de la robe promise au voiturier; celui*«i était retourné auprès de sa charrette.
La femme du réfractaire pouvait à peine se soutenir en redescendant l'escalier; tout son corps frissonnait de joie^ les battemens précipités de son cœur coupaient sa respiration, et ses jambes tremblantes avaient peine à la porter ; elle allait revoir son mari I ce pauvre conscrit, voué à la mort depuis huit mois, et qui n'était réfractaire que parce qu'elle lui avait dit : — Si tu m'aimes, cache-toi ; si tu veux que je meure , sois soldat ; car je ne survivrai pas; au jour où j'apprendrai qu'on t'a conduit à ton régiment!
Thérèse fut plus d'une fois obligée de s'arrêter sur ]e& marches avant de pouvoir gagner la rue. Enfin elle fit na effort sur elle-même, composa soii visage, assura son pas,, et alla droit à la voiture de Maurice.
— Voilà, dit-elle d'une voix presque éteinte, un paquet
que vous avez oublié, cousin. Et elle s'approcha de Phi-
«lippe, qui n'était pas moins ému qu'elle. Leurs mains se
rencontrèrent; ils tressaillirent tous deux. Bien qu'étran-
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gèrs, isolés, au milieu de cette foule dMndividus qui passait indifférente auprès du réfractaire et de sa femme» il leur semblait que tous les regards s'arrêtaient sur eux, qu*on devinait leur embarras, et que chaque bras allait se lever pour saisir le coupable. Ils craignaient de s'adresser une parole, un coup d'œil. Cependant Thérèse profita du moment où la rue lui parut à peu près déserte , pour dire à son mari : — Pauvre ami!... je le vois bien, tu as souffert... mais pas plus que moi. — Bonne Thérèse!... je suis heureux maintenant, puisque j'ai pu te revoir. — Allons , il n'y a personne aux fenêtres ni dans les environs, reprit Mauriee, embrasse ta femme, Philippe, et en route. ^ Les jeunes époux ne se le firent pas dire deux fois; ce fut une étreinte violente comme une convulsion, un baiser rapide comme la foudre; leurs âmes se confondirent un moment, puis les deux ép6ux se séparèrent, et la charrette se mit en marche.
Quelques instans a]Nrès le départ de Philippe et du voiturier, M. Orbelin monta en voilure avec la mère Her* sant. Tant que dura l'absence du notaire, Thérèse éprouva une inquiétude mortelle ; mais au retour de son maître tous ses chagrins s'effacèrent de sa mémoire, car elle apprit que le réfractaire était arrivé sans accident dans l'asile que le mari de Pauline lui avait si généreusement ménagé.
48 LES GOKTRS K>E L'aTKLIBR.