‹ Les contes de la famille (volume 2)Chapitre 13 sur 22 · LA DOCTRINE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE CHRETIENNE

Nous avons vu les inconvénients de l'enseignement

dirigé par un homme marié, naturellement plus occupé

de sa famille que des autres familles, et de ses enfants

que des enfants des autres.

Mais s'il existait une réunion d'hommes débarrassés

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des soins de la famille par le célibat, des soins de l'ambition par une pauvreté volontaire, des inquiétudes de tout genre par une obéissance absolue, retenus dans la morale la plus pure par des sentiments religieux, uniquement voués à leurs devoirs, s'en occupant jour et nuit, vivant dans la retraite et l'étude, uniformément répandus dans tout le royaume, cherchant partout les enfants du pauvre et leur donnant pour rien leur jeunesse, leurs veilles, leurs travaux et, avec l'instruction nécessaire, les notions capables d'en faire d'honnêtes gens et de bons citoyens, n'est-il pas vrai qu'on ne saurait rêver rien de plus parfait en fait d'institution primaire ?

Eh bien ! ce corps existe, nous l'avons sous les yeux, ce sont les frères de la Doctrine chrétienne : — et quand ces bons frères se hasardent parfois dans la rue, les enfants qu'ils instruisent leur jettent des pierres; et les hommes du peuple, qui leur doivent le peu qu'ils savent, les insultent et menacent de les égorger les jours d'émeute.

Cependant, Messieurs, des hommes qui, de leur plein gré, à la fleur de l'âge, sans aucun but d'avenir, sans espoir d'autre récompense que le mépris et les offenses de la foule, renoncent à tous les plaisirs et se condam-

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nent à l'ombre et au travail pour apprendre tout simplement à lire et à écrire à de pauvres enfants, — voyez, pourtant, cela n'est pas tout à fait sans mérite.

Mais, disent les portiers philosophes, ils ont leur but. Ce sont des intrigants, ils ne visent à rien moins qu'à bouleverser l'État et à s'emparer du pouvoir.

En ce cas il faut avouer que depuis un siècle environ qu'ils furent institués par un héros inconnu qui s'appelait l'abbé de La Salle, ils ne vont pas vite en besogne. La conjuration est longue à mûrir; et, depuis cent ans. ils n'ont rien fait au moins qui puisse trahir leurs projets.

Mais, Messieurs, j'en suis sûr, il n'est jamais entré dans la tête du frère ignorantin le plus ambitieux, de se faire dictateur; non, ils n'ont jamais pu penser que ce fût un moyen de parvenir au pouvoir suprême que de se consumer sur la règle de trois et l'écriture bâtarde ; non, leurs dortoirs ne sont pas bourrés de canons comme une redoute; non, leurs crucifix ne sont pas affilés en poignards; non, leurs écritoires ne sont point des boîtes à cartouches, leur cuisine n'est point un arsenal, leurs poudrières n'ont jamais servi qu'à sécher l'écriture! Demandez aux ouvriers et aux enfants qu'ils instruisent, ils ne les ont jamais vu que lire, compter, faire

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l'aumône et prier Dieu, et ces bons frères ne leur ont jamais parlé que d'en faire autant.

0 vous donc qui avez à peine du pain pour vos enfants, envoyez-les chez les frères de la Doctrine chrétienne; et vous qui êtes plus fortunés, ayez cette certitude que votre aisance vous prive de donner à vos fils l'instruction primaire la plus parfaite.

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