‹ Les contes de la famille (volume 2)Chapitre 16 sur 22 · LES PROFESSEURS · texte numérisé non relu

LES PROFESSEURS

Il n'ya rien à direcontre l'Université, sinon que c'est un corps qui a'esl pas un corps, que ses professeurs, libres, ambitieux, chargés de famille, s'occupent naturellement i[r leur fortune, de leur avancement, vont dans le monde et s'embarrassent eu même temps de toutes sortes de spéculations littéraires et politiques, qu'ils vendent leur

parolecomme ils vondraienl de l'huile el do la cassonade: qu'ils se soucient de leurs importantes fonctions comme d'un chef destitué ; qu'ils vont parler deux heures par jour en classe avec autant de dégoût que les élèves en ont à les écouter; que sur cent écoliers qu'ils amassent, et dont ils savent à peine les noms, ils n'en daignent surveiller que quatre ou cinq, et qu'au lieu de cent jeunes gens bien élevés ils forment une demi-douzaine de petits pédants qu'ils détournent de leur direction et dont le plus fort ne pourra faire peut-être un avocat honnête et médiocre.

Aussi j'estime l'Université à peu près autant qu'un corps enseignant de bonzes et de marabouts, car elle ne fait guère davantage pour l'éducation, les progrès, le repos des générations présentes et des sociétés avenir.

11 faut lui rendre pourtant cette justice qu'elle a essayé d'améliorer l'instruction. On employait autrefois huit ou dix ans à faire ses études, et l'on savait h peine un peu de latin et de grec; mais cela suffisait pour entrer dans quelque étude spéciale et l'on avait appris à apprendre. L'Université a voulu qu'on apprit durant ces mêmes huit ans un peu d'italien, d'allemand, d'anglais, de mathématiques, d'histoire naturelle, d'histoire, etc. ; il en est résulté que les élèves sauront beaucoup moins de latin cl

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de grec, et pas un mot d'anglais, d'italien, d'histoire naturelle, etc.

Les effets déjà sont frappants, kn homme du métier nous disait que les élèves médiocres des anciennes classes étaient des# sujets rares, et qu'avant dix ans on ne saurait plus rien en France. 11 n'y a qu'à voir, la main sur la conscience, ce qu'on sait déjà maintenant.

11 y a des gens, il est vrai, qui disent qu'il n'est pas nécessaire d'apprendre le latin et le grec : de quoi n'en peut-on dire autant ? Il n'y a rien à répondre à ces genslà, mais qu'ils prennent l'aune et la truelle.

L'n des plus grands abus de la librairie, à qui l'on en reproche tant, fleurit dans la littérature universitaire : je veux dire ces éditions nouvelles des plus vieux classiques qu'on rafraîchit d'un avant-propos ou de quelques notes, et que les professeurs, d'intelligence avec les libraires parce qu'ils y trouvent leur compte les uns et. les autres, forcent leurs élèves d'acheter tous les ans. Les Racines grecques sont les mêmes depuis deux cents ans : il ne se liasse pas d'année scolaire qu'un professeur n'y colle son nom et n'en écoule forcément une édition à son profit. Il n'est point de faiseurs d'almanachs, de libraires de pacotille, et d'écrivains faméliques, qui aient tenté rien de pareil.

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